Né vers 1922. Cadre local du Henan devenu dirigeant provincial (1965) puis, après la Révolution culturelle, membre du B.P. du P.C.C. depuis 1969, premier commissaire politique de la région militaire de Pékin (1974) et vice-premier ministre (1975). Il perd son commissariat en novembre 1978, et son siège au B.P. en février 1980.

Voici l’un des dirigeants chinois les plus mal connus. On ignore tout de l’origine et des premières années de Ji Dengkui. Les photographies officielles et les impressions des diplomates ne contredisent pas les récits des réfugiés selon lesquels il serait né vers 1922. Selon les mêmes sources, après avoir achevé des études secondaires, Ji aurait servi, à des postes mineurs, dans la guérilla communiste des monts Taihang pendant la guerre anti-japonaise, et aurait alors connu Liu Jianxun (劉建熏).
En tout cas, c’est en 1954 qu’à notre connaissance le nom de Ji Dengkui est cité pour la première fois dans la presse nationale. Alors premier secrétaire de la préfecture de Xuchang (Henan), Ji est impliqué dans un scandale local monté en épingle par la propagande : on l’accuse d’avoir laissé arrêter, par « bureaucratisme », un cadre du district de Yancheng, Wang Chaojun, faussement accusé de graves crimes par des supérieurs dont il avait osé dénoncer la corruption en 1952. L’innocence de Wang n’est établie que lentement en 1953 à cause de l’obstruction des dirigeants locaux mais, en juillet 1954, Ji Dengkui est puni d’un avertissement. Il est également très probable que Ji Dengkui a été éclaboussé par un autre scandale survenu dans sa préfecture en 1953, 1’« affaire Wen Xianglan (文香蘭) ».
On perd ensuite sa trace pendant près de trois ans. Selon certaines sources il aurait fait un séjour dans une école supérieure du Parti. En tout cas, la disgrâce — si disgrâce il y a eu — a peu duré : dès le printemps 1957, on le retrouve à la direction de la grande usine de matériel minier de Luoyang et, en octobre 1959, il devient premier secrétaire de l’importante préfecture de Luoyang. La presse nationale accorde une certaine publicité à l’action énergique qu’il déploie contre les calamités. Ji Dengkui applique aussi avec vigueur les premières mesures de libéralisation rurale, cela au risque d’être vivement critiqué par Wu Zhipu, le premier secrétaire de la province.
L’arrivée au Henan d’un nouveau premier secrétaire, Liu Jianxun (劉建熏), qui lui voue manifestement une grande confiance, explique en partie l’ascension de Ji Dengkui dans l’appareil provincial : il devient en 1965 secrétaire adjoint du comité du Parti du Henan. Pendant la Révolution culturelle, il soutient constamment le jeu opportuniste et compliqué de son supérieur. Dans l’été 1966, il rédige lui-même un « dazibao » de soutien aux rebelles. Au printemps 1967, en l’absence de Liu Jianxun, il défend la Commune du 7 février contre les violents assauts des organisations rivales manipulées par les militaires de la province. Quand Liu rentre dans la province, Ji l’aide dans son entreprise d’apaisement et de remise en ordre politiques. Il devient en janvier 1968 vice-président du comité révolutionnaire du Henan et occupe en fait alors la troisième place dans la hiérarchie provinciale.
A l’époque du IXe congrès du P.C.C., son ascension s’accélère soudain. Il est non seulement élu au C.C. mais aussi promu directement membre suppléant du B.P. (avril 1969). L’apparition au premier plan de ce dirigeant pratiquement inconnu reste difficile à expliquer. Les succès de la région spéciale de Luoyang dans la campagne de simplification administrative (1968-1969) doivent être certes pris en compte. Mais cette ascension n’aurait pas été possible si, d’une façon que nous ignorons, Ji Dengkui n’avait su se ménager la confiance des plus hauts dirigeants centraux : Mao Tse-tung (毛澤東), qu’il avait rencontré dans l’été 1967, ainsi que Jiang Qing (江青) et Zhou Enlai (周恩來), lesquels étaient peut-être désireux de contrebalancer l’influence des partisans de Lin Biao (林彪) au B.P. en y introduisant un dirigeant encore jeune et contraint à la fidélité par sa propre obscurité.
Quoi qu’il en soit, tout en restant sous l’autorité nominale de Liu Jianxun au Henan (où il demeure secrétaire du Parti de 1971 à 1977), Ji Dengkui s’est de plus en plus consacré à des tâches centrales mal connues mais plus politiques qu’administratives. Sans doute s’est-il fait apprécier car, après avoir participé au groupe d’enquête du C.C. sur Lin Biao, il a accédé à partir de 1973 au véritable premier rang en devenant successivement : membre à part entière du B.P. (août 1973), premier commissaire politique de la très importante région militaire de Pékin (janvier 1974) et le cinquième des vice-premiers ministres élus par la 4e A.N.P. (janvier 1975). Son ascension ressemble fort à celle de Hua Guofeng (華囯鋒), (qui est le 6e des vice-premiers ministres). Le deuxième retour au pouvoir de Deng Xiaoping (鄧小平), après la chute de la « bande des quatre » (voir Jiang Qing), devait inévitablement la remettre en cause, d’autant que Ji n’était pas protégé, comme Hua, par l’importance de sa fonction.
Le rôle qu’il a joué en 1975, notamment à l’époque des incidents de Hangzhou (il accompagne alors Deng Xiaoping au Zhejiang) est encore mal connu et non dépourvu d’ambiguïté. De même, en 1976, on ignore son degré de participation à la répression des manifestations favorables à Deng en avril. Toujours est-il que son sort a été lié à celui des plus hauts responsables de Pékin à l’automne 1978. Après la destitution de Wu De (吳德)) et la mise à l’écart de Chen Xilian (陳錫聯), son supérieur direct, Ji Dengkui a perdu le commissariat politique de la région militaire (novembre 1978), puis son siège au B.P. à l’issue du 5e plénum du XIe C.C. (février 1980). Mais il aurait conservé sa place au C.C. jusqu’en 1982.

SOURCES : Outre WWCC, voir : Henan ribao (Quotidien du Henan), 1956-1968. — Issues and Studies, n° 10, octobre 1977. — Qi Yi (Les Sept arts), n° 4, février 1977 : biographie par Si Mabufang. — RMRB, 1964 et 1971-1978. — Xinhua yuebao (Le Mensuel de la Chine nouvelle), novembre 1954.

Jean-Luc Domenach

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