JIAO Yulu

Par Jean-Luc Domenach

Né en 1922 au Shandong ; mort en 1963 à son poste de premier secrétaire du P.C.C. de Lankaoxian (Henan). Il a depuis été célébré comme le « bon secrétaire » rural.

Issu d’une famille de paysans pauvres, Jiao Yulu a été coolie puis a travaillé vers 1938 en Mandchourie, sans doute dans une mine japonaise. Entre 1943 et 1945, il a vécu comme valet de ferme à Suqianxian, au Jiangsu. Ce district est libéré dès 1945 par les communistes et Jiao rejoint leurs rangs en 1946. De 1947 à 1951, il participe, sans doute comme cadre, à l’application de la réforme agraire au Henan, province où il s’établit. De 1953 à 1962, il travaille dans une usine de Luoyang.
En 1962, il est de ces cadres que les autorités provinciales envoient dans les campagnes qu’atteint une effroyable crise. Après quelques mois à Weishixian, Jiao est nommé premier secrétaire du comité du Parti de Lankaoxian, dans la région administrative de Kaifeng. Ce district, que Mao Tse-tung (毛澤東) avait visité en 1952, était célèbre pour ses calamités naturelles, particulièrement les inondations du Fleuve Jaune et de forts vents de sable. Les grands travaux désordonnés de 1958-1959 et l’épuisement des paysans y avaient affaibli les défenses collectives et accru le danger de salinisation des sols. En 1962, sur un total d’environ 60 000 hectares cultivés, 14 800 avaient été inondés, 13 333 hectares de blé couchés par le vent et 9 333 atteints par la salinisation. La production céréalière était tombée en dessous du plus bas niveau historique, la famine menaçait.
En quinze mois, Jiao Yulu rétablit la situation. Après avoir lui-même conduit une enquête sur les causes des calamités, il mobilise la population dans des travaux hydrauliques mieux adaptés aux conditions locales. Il fait amender les sols salins, planter des rideaux d’arbres et fixer des dunes de sable. Surtout, Jiao repense la lutte contre les inondations non plus seulement à partir du principe de rétention mais d’évacuation des eaux, ce qui permet d’assécher les marécages et de limiter la salinisation. Payant de sa personne aux côtés de paysans qui luttent pour leur survie, Jiao s’épuise à la tâche et meurt d’un cancer en 1963. Dès 1964, la situation céréalière du xian est rétablie. Depuis lors, une légende savamment construite s’est emparée du personnage de Jiao Yulu, louant le « bon secrétaire » pour sa participation aux tâches manuelles et ses capacités de mobilisation, donnant en modèle son sacrifice à la révolution mais aussi, parfois, l’adaptation réaliste d’une stratégie hydraulique aux conditions locales.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article182312, notice JIAO Yulu par Jean-Luc Domenach, version mise en ligne le 2 novembre 2016, dernière modification le 2 novembre 2016.

Par Jean-Luc Domenach

SOURCES : Parmi de nombreux articles de presse, on se référera notamment à la revue Dili Zhishi, 1966, n° 2, p. 50-55 et au RMRB, 7 février 1966.

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