Né à Pékin en 1899 ; mort à Pékin en 1966. Écrivain réaliste rallié aux communistes, qu’il sert après 1949. Violemment pris à parti au commencement de la Révolution culturelle (c’est alors qu’il meurt mystérieusement). Réhabilité en 1977.

D’origine mandchoue, Lao She naît le 3 février 1899 à Pékin. Son père, garde au Palais Impérial, meurt l’année suivante en défendant la Cité Interdite contre les troupes alliées lors de la révolte des Boxeurs. Entré en 1912 au lycée n° 3 de Pékin, il est obligé de le quitter (à cause de la situation financière de sa famille) pour entrer à l’École normale. Une fois diplômé, il devient directeur d’une petite école primaire à l’âge de dix-sept ans. Envoyé en tournée d’inspection en province, il est ensuite promu conseiller pédagogique. En 1919, il est secrétaire de la Société d’Éducation de Pékin. En 1922, il enseigne à l’école secondaire Nankai de Tientsin. Recommandé par le professeur Evans, il obtient un poste de lecteur de chinois à l’Université de Londres où il arrive en 1924. Influencé par certains romanciers occidentaux, notamment Dickens, il écrit La philosophie de Lao Zhang, son premier roman, qui paraît en feuilleton à partir de juillet 1926 dans Xiaoshuo Yuebao (Le Mensuel du roman : voir Mao Dun (矛盾)). Il écrit encore deux romans publiés par la même revue avant de quitter l’Angleterre en 1929. Après un voyage en Europe et un séjour à Singapour, il rentre en Chine en 1930 et épouse le peintre Hu Jieqing. Jusqu’en 1937, il ne quittera pas le Shandong, enseignant d’abord à l’Université Qilu de Jinan, puis à l’Université de Qingdao. Il produira pendant ces quelques années une très grande partie de son œuvre, recueils de nouvelles et romans, notamment : La cité des chats, fable martienne burlesque ; Divorce (1933), sur la vie sentimentale d’un petit bureaucrate ; La vie de Niu Tianci, sur l’itinéraire social d’un jeune citadin et le célèbre Xiangzi le chameau, sur la déchéance tragique d’un tireur de pousse-pousse, qui paraît en feuilleton de septembre 1936 à mai 1937 et sera plus tard adapté à l’écran, ainsi qu’un essai sur la création littéraire : Lao niu po che (Le vieux buffle et la charrette abîmée). Sa profonde connaissance du peuple de Pékin et de son dialecte, son art de mêler l’émotion et l’humour font du Lao She de cette époque l’un des plus grands romanciers chinois en langue parlée, sinon le plus grand.
Lao She quitte le Shandong à la fin de l’année 1937 pour se rendre à Hankou où il est élu le 27 mars 1938 principal responsable de l’Association nationale de résistance des milieux littéraires et artistiques (Zhonghua quanguo wenyijie kangdi xiehui). C’est paradoxalement le fait de s’être tenu jusque-là à l’écart de la politique et des querelles littéraires (voir Lu Xun (魯迅) et Zhou Yang (周揚)) qui permit à Lao She d’obtenir ce poste de responsabilité à un moment où il fallait unir le plus de forces possible face à l’ennemi japonais. Pendant la guerre, il réside à Chungking, où il publie des œuvres de propagande, notamment de petites pièces de théâtre. Il commence sa trilogie Quatre générations sous un même toit, fresque patriotique sur l’occupation à Pékin, qui paraîtra de 1946 à 1950.
En 1946, il part aux États-Unis où « Le Pousse-pousse » est devenu un best-seller dans une traduction anglaise agrémentée d’un « happy end ». Ce n’est qu’à la fin de l’année 1949 qu’il rentre en Chine. Le maire de Pékin lui confère en 1951 le titre d’Écrivain du Peuple ; on lui confie des postes de responsabilité dans le domaine littéraire : président de l’Association des Lettres de Pékin, vice-président de la Fédération pan-chinoise des écrivains et artistes et rédacteur en chef de Beijing wenyi (Littérature et arts de Pékin).
Jusqu’à la Révolution culturelle, il se distingue par son obéissance envers le Parti, participe activement aux différentes campagnes de critique ainsi qu’au lancement du Grand Bond en avant. Son abondante production, essentiellement théâtrale, qui est loin d’égaler celle d’avant la Révolution, fait de lui l’auteur le plus prolifique de la vieille génération. Ses pièces exaltent les transformations de la société (notamment : La Vendeuse ; Le Bataillon de choc de la jeunesse ; Les Retrouvailles ; La Maison de thé...). Il s’intéresse également au théâtre pour enfants, comme en témoignent Le Bateau trésor et Le Conducteur de grenouilles. Lao She se montre toujours aussi patriote dans le roman qu’il consacre à la guerre de Corée (Une hauteur inconnue qui devint célèbre), mais il enrichit son œuvre de plusieurs travaux critiques, tels que Recueil d’une étoile porte- bonheur ou A propos de la littérature, de la langue et autres sujets.
Après le déclenchement de la Révolution culturelle, ses responsabilités politiques lui vaudront d’être persécuté par les Gardes rouges, qui le torturent et l’humilient le 23 août 1966. Il existe deux versions officielles de sa mort, survenue probablement le 24 août. Suivant l’une, il se serait suicidé (en se noyant dans le lac Taiping au nord de Pékin). D’après l’autre, il aurait été tué et retrouvé ensuite près de ce lac. Lao She a été réhabilité dans un article de la revue Renmin Wenxue (Littérature populaire) d’octobre 1977. Sa mort est attribuée à la « Bande des Quatre » (voir Jiang Qing (江青)).

ŒUVRE : Les œuvres principales d’une production abondante sont : Lao Zhang de zhexue (La philosophie de Lao Zhang), 1926. — Mao cheng ji (La cité des chats), 1932 ; traduction française, Paris, Presses Orientalistes de France, 1981. — Lihun (Divorce), 1933, traduction anglaise : The Quest for Love of Lao Lee, New York, 1948. — Lao niu po che (Le Vieux buffle et la charrette abîmée), 1935, traduction française et commentaire par Paul Bady : Lao niu po che, Essai autocritique sur le roman et l’humour, P.U.F., 1974. — Luotuo Xiangzi (Xiangzi le chameau), 1936 ; traduction anglaise : Rickshaw Boy, New York, 1945 ; traduction française par François Cheng : Le Pousse-pousse, Laffont, 1973. — Wuming gaodi youle ming (Une hauteur inconnue qui devint célèbre), Pékin, 1967. — Lun wenxue yuyan ji qita (A propos de la littérature, de la langue et autres sujets), Pékin, 1964. — Des Œuvres choisies (Chuanzuo xuanji), comprenant les pièces les plus connues et Xiangzi le chameau, ont été éditées à Pékin en 1978.

SOURCES : Outre BH, voir : Bady (1974). — Hsia, C.T. (1961). — Hu Jinquan in Mingbao yuekan, n° 96-106. — Lin Manshu et al. (1976). — Schyns (1966). — Slupski (1966). — Valette-Hemery (1970). — Vohra (1974). — Zhongguo wenxuejia cidian (Dictionnaire des écrivains chinois) (1978).

Michel Bonnin et Guilhem Fabre

Version imprimable de cet article Version imprimable