Né en 1906 (ou 1908) au Jiangxi. Secrétaire du comité du Parti du Sichuan (1952-1965) puis premier secrétaire du bureau de Chine du Sud-Ouest (1961-1967), également membre du B.P. (1958-1966), a opposé une vive résistance à la Révolution culturelle avant d’être démis en juin 1967-A retrouvé en août 1973 une place au C.C. et en janvier 1975 une vice-présidence du comité permanent de l’A.N.P.

Li Jingquan présente l’originalité d’avoir bénéficié, à partir d’une base de pouvoir provinciale, d’une promotion au Centre particulièrement rapide (voir aussi Tao Zhu (陶鑄)) et d’avoir par son obstruction compromis le développement de la Révolution culturelle au Sichuan. La première partie de sa carrière, précoce mais obscure, lui a probablement permis de tisser des liens personnels à l’institut du mouvement paysan où travaillait également Mao Tse-tung (毛澤東) ; au Jiangxi où il a dirigé un régiment de gardes (1931) ; lors de la Longue Marche où, derrière Zhu De (朱德) et Liu Bocheng (劉伯承), il a choisi de bifurquer pour suivre Zhang Guotao (張囯燾) et non Mao ; pendant la guerre anti-japonaise et la guerre civile, où il a servi presque constamment sous He Long (賀龍) dans le Nord-Ouest, concourant finalement à la prise du Sichuan par l’armée Liu Bocheng-Deng Xiaoping (鄧小平). Il ne devait pas quitter cette province jusqu’en 1967.
En moins de neuf ans, à partir de 1949, ce commissaire politique apprécié par ses chefs mais encore bien peu connu s’est frayé un chemin jusqu’au B.P. du P.C.C. Jusqu’en 1952, Li préside la commission de contrôle de Chengdu, la capitale provinciale, et dirige l’un des quatre secteurs du Sichuan, le secteur occidental ; il se fait apprécier de son supérieur, Deng Xiaoping, commissaire politique de la grande région militaire du Sud-Ouest. Ses qualités personnelles sont désormais reconnues : Li Jingquan devient en 1952 gouverneur, secrétaire du Parti et commissaire politique du Sichuan. Il en sera désigné premier secrétaire en 1956.
Très vite, ses relations à Pékin, son action locale à la fois énergique et pragmatique ainsi que le poids économique du Sichuan (dont les excédents céréaliers sont indispensables au reste du pays) lui permettent d’acquérir une stature nationale. Le VIIIe congrès du P.C.C. le nomme au C.C. (septembre 1956). Dans un important discours prononcé à Chengdu en mars 1958, Mao félicite Li Jingquan de n’avoir pas forcé l’achèvement de la coopérativisation des campagnes du Sichuan avant 1957 (ce que pourtant les Gardes rouges lui reprocheront plus tard) et donne en modèle cette souplesse dans l’application ; il fait plus que probablement allusion à Li quand, deux jours plus tard, il annonce qu’en Chine comme en U.R.S.S. « les camarades qui travaillent dans les provinces viendront tôt ou tard au Centre » (Schram, op. cit., p. 96-124). De fait, lors de la deuxième session du VIIIe congrès (mai 1958), Li devient directement membre de plein droit du B.P. en même temps qu’un autre dirigeant régional, Ke Qingshi (柯慶施).
Dans les années suivantes, le premier secrétaire du Sichuan confirme son rôle national et élargit sa domination régionale. On le remarque à Pékin à l’occasion de chaque réunion importante. En janvier 1965, il deviendra vice-président du comité permanent de l’assemblée nationale. Ses relations semblent avoir été particulièrement étroites avec les principaux dirigeants de l’appareil central : Liu Shaoqi (劉少奇), Deng Xiaoping (chez qui il descendait quand il se rendait à Pékin) et Peng Zhen (彭真). Il les accompagne d’ailleurs à l’importante conférence des 81 partis de Moscou (novembre-décembre 1960). Quand ils rétablissent les bureaux régionaux pour renforcer leur contrôle sur le pays et sans doute aussi leur propre pouvoir, Li prend naturellement la tête du bureau du Sud-Ouest, qui couvre les provinces du Sichuan, Guizhou, Yunnan et probablement le Tibet. Il y place ses hommes et impose une autorité absolue (voir Liu Jieting (劉結挺)). Il tient bien en mains l’armée aussi puisqu’il est commissaire politique (au moins depuis 1964) de la région militaire de Chengdu. La politique économique qu’il a appliquée dans les années postérieures au Grand Bond en avant, bien qu’elle ait été vivement critiquée pendant la Révolution culturelle, semble avoir au total peu différé de celle que le Centre, avec la caution de Mao, préconisait alors : assouplissement des contraintes sociales car « il est trop tôt pour établir des communes populaires » ; productivisme prudent (« Donner la prééminence à la politique ? Non, nous devons donner la prééminence aux engrais. Les engrais peuvent résoudre les problèmes. » Et, s’adressant à des ouvriers : « si vous pouvez augmenter la production, alors seulement vous pourrez être mieux payés »). Cette politique semble d’ailleurs avoir été assez efficace. C’est probablement dans les domaines militaire et culturel que Li s’est le plus écarté du nouvel esprit militant que Mao et Lin Biao (林彪) ont essayé d’insuffler au pays à partir de l’automne 1962 : en retardant et limitant la prise en main de la milice par l’A.P.L., en insistant sur la qualité de la formation de l’élite étudiante, en montrant de l’indifférence devant les campagnes sur le « front culturel » et en diffusant plus activement les œuvres de Liu Shaoqi et Peng Zhen que celles de Mao, Li Jingquan s’est incontestablement rangé du côté de l’appareil central du Parti. On dira pendant la Révolution culturelle que « la poignée de hauts responsables du Parti qui suivaient la voie capitaliste n’avaient qu’à péter et Li Jingquan prenait cela pour un décret impérial ».
Autant que ces affiliations personnelles, son sens du Parti et son souci des problèmes économiques expliquent la méfiance de Li Jingquan pour l’interprétation maoïste du mouvement d’éducation socialiste et de la Révolution culturelle. Après avoir étroitement canalisé le premier sous son autorité, il réduit d’abord la seconde à une campagne de critique à l’intérieur des milieux universitaires et journalistiques puis contrôle le mouvement estudiantin à l’aide de ses « équipes de travail ». Cette attitude lui vaut sans doute de perdre sa place au B.P. en août 1966 et d’être pris à partie par Mao en octobre. Mais, à la différence d’autres responsables provinciaux plus timorés ou moins puissants, il ne se résigne pas. Son opposition habile et au besoin violente à l’insurrection organisée de Pékin contre le pouvoir local en place va faire du Sichuan la province la plus troublée pendant la Révolution culturelle et justifier sa réputation traditionnelle de « première province de l’Empire à se rebeller, dernière à se laisser pacifier ». S’appuyant sur son appareil civil et militaire, Li oppose ses propres « organisations de masse » aux groupes maoïstes divisés entre eux ; il ne se résigne que très lentement à abandonner quelques comparses. Le Centre hésite d’abord à réduire cette résistance par une attaque frontale. Du Yunnan, où il se retranche en janvier 1967, Li Jingquan organise une « terreur blanche » que Pékin doit cautionner pendant un temps (février-mars 1967). C’est seulement en avril 1967 que le Centre se décide à régler le problème du Sichuan. Li Jingquan est destitué en juin 1967, mais les troubles dureront encore un an (voir Liu Jieting (劉結挺)).
Sa rébellion pendant la Révolution culturelle confère une valeur symbolique au retour à la surface de l’ancien patron du Sichuan en août 1973. Élu membre du C.C. par le Xe congrès du P.C.C., Li est également redevenu en janvier 1975 vice-président du comité permanent de l’A.N.P. Mais il n’exerce qu’une activité de figuration en Chine et à l’étranger, et s’efface lors de la seconde chute de Deng Xiaoping en 1976. Ses vieux ennemis Liu Jieting et Zhang Xiting ont alors relevé la tête et plongé le Sichuan dans de nouveaux troubles. Li Jingquan est réapparu dans l’entourage de Deng après la « rentrée » de ce dernier en 1977. Il n’est sans doute pas étranger aux « meetings de lutte » auxquels ses vieux ennemis du Sichuan ont été soumis, après le rétablissement de l’ordre, à l’automne 1977 (et notamment à l’organisation d’une « séance » très animée à Chengdu dix ans jour pour jour après celle à laquelle ils l’avaient soumis en septembre 1967...). Mais il n’a pas repris de fonctions provinciales, et n’occupe que des postes secondaires (membre du C.C. et vice-président du comité permanent de l’A.N.P. depuis 1978).

SOURCES : outre KC et WWCC, voir : Elmore in Papers on China, vol. 22 B, décembre 1969. — Geronimi (1973). — Mathews in Vogel (1971). — Voir aussi Schram (1974).

Jean-Luc Domenach

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