Né au Hunan vers 1900 ; fusillé par le G.M.D. à Canton le 27 avril 1927. Jeune intellectuel marxiste devenu animateur du mouvement ouvrier révolutionnaire à Shanghai, puis à Canton.

Li Qihan est présenté dans une brochure éditée à Pékin pour le 30e anniversaire de sa mort comme le « premier membre du P.C.C. emprisonné pour le mouvement ouvrier chinois ». Ses aptitudes à se mettre en rapport avec le prolétariat le plus misérable de Shanghai font de lui un bon exemple de ce que les communistes ont coutume d’appeler un « homme de masse ».
L’étudiant Li Qihan est très tôt attiré par les idées nouvelles diffusées par le mouvement du 4 mai 1919. Lié à divers intellectuels et étudiants shanghaïens, tels que Peng Shuzhi (彭述之), Luo Yinong (羅亦農) et Ren Bishi (任弼時), il adhère à la Ligue des Jeunesses socialistes fondée en août 1920 par Chen Duxiu (陳獨秀) et Zhang Tailei (張太雷) et étudie à l’École des Langues étrangères, destinée à préparer les jeunes révolutionnaires à un séjour en U.R.S.S. (voir Yang Mingzhai (楊明齋)). En 1921, Li Qihan est membre du comité pour le mouvement ouvrier à Shanghai et consacre ses efforts à faire fonctionner une école ouvrière ; celle-ci est établie au printemps 1921 dans le faubourg de Xiaoshadu au milieu des cotonnières de l’ouest de Shanghai. On y dispense un enseignement général qui débouche sur une formation politique marxiste. Dès 1920, Li Qihan et Yuan Dashi (袁大石), son condisciple à l’École des Langues étrangères, sont allés interviewer les ouvriers shanghaïens et ont publié les résultats de leur enquête dans Laodong Jie (Le Monde du travail) publié par Li Hanjun (李漢俊). Très rapidement Li Qihan découvre que la classe ouvrière la plus misérable de Shanghai, celle notamment des usines de tabac chinoises (la firme Nanyang) et anglaises (B.A.T.), ainsi que celle des filatures de soie de Zhabei et de Pudong, est encadrée par un réseau archaïque et traditionnel de sociétés secrètes comme la puissante Bande Verte (voir Zhu Xuefan (朱學範)). Il décide d’adhérer à la Bande Verte afin de pénétrer plus aisément au sein de la classe ouvrière. Il y parvient grâce à la recommandation d’une des ouvrières de son école de Xiaoshadu. Son habileté et sans doute aussi son statut social de « lettré » font de lui un important dirigeant de cette société secrète.
Les premiers résultats de cette activité sont rapides : Li Qihan et Li Henglin organisent le 1er mai 1921 une célébration de cet anniversaire jusque-là sans signification en Chine, en compagnie du petit industriel Tong Lizhang, président de la Société amicale des ouvriers et marchands. Une manifestation de rue a lieu à Zhabei. Par ailleurs quand, en août 1920 le P.C.C. organise sous la responsabilité de Zhang Guotao (張囯燾) un Secrétariat du travail, Li Qihan en devient l’animateur à Shanghai et prend la direction de l’organe du secrétariat, Laodong Zhoukan (l’Hebdomadaire du travail), où écrivent notamment Deng Zhongxia (鄧中夏) et Luo Zhanglong (羅章龍). Lors d’une des premières entreprises du Secrétariat — une grève des ouvriers de l’usine de tabac B.A.T. en août 1921 — Li Qihan se révèle fort précieux grâce à ses rapports avec la Bande Verte. En effet, l’un des principaux contremaîtres chinois s’opposant au mouvement était membre lui aussi de la Bande Verte. Son autorité chancela du fait de l’affiliation de Li Qihan. Dans le local du Secrétariat du travail, près de la crique de Suzhou, Li Qihan réunit tantôt quelques ouvriers imprimeurs essayant de fonder un syndicat, tantôt un public plus nombreux venu écouter des discours commémorant l’assassinat de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg (en janvier 1922). Lors de la grève des marins de Hong Kong, qui débute en janvier 1922 (voir Lin Weimin (林偉民)), Li Qihan organise à Shanghai avec le vieux marin Qian Xiaoyu, président d’une guilde de marins (la Guilde Junan), un comité de soutien dont la tâche est d’empêcher le recrutement de briseurs de grève parmi les chômeurs, notamment parmi les Russes blancs réfugiés à Shanghai. A la fin du mois de janvier, Li Qihan est même appréhendé par la police pour avoir entrepris une démarche en ce sens auprès d’une firme chinoise de recrutement de main- d’œuvre. Il célèbre le 1er mai 1922, comme en 1921, avec Tong Lizhang : mais c’est la dernière fois que l’on rencontre côte à côte le militant communiste et le partisan de la collaboration de classe. Le même mois, Li Qihan se rend à Canton où il participe au premier Congrès du travail. De retour à Shanghai, il est arrêté en juin. Les autorités de la Concession internationale le remettent en septembre aux autorités chinoises et il demeure emprisonné jusqu’en 1924 tandis que Yuan Dashi et, à partir de 1924, Liu Hua (劉華), prennent sa relève. Il devient membre en 1925 du comité du C.C. du P.C.C. responsable du mouvement ouvrier à Shanghai et il est délégué du syndicat des ouvriers du coton de Shanghai au second Congrès chinois du travail le 1er mai 1925 à Canton. Il est élu au comité exécutif du Syndicat général pan-chinois créé à cette occasion et devient le directeur de son Département d’organisation sous le nom de Li Sen. Il est réélu aux mêmes responsabilités un an plus tard en mai 1926 lors du IIIe Congrès du travail. Depuis 1925 il milite constamment à Canton. C’est là qu’après le coup de force de Chiang Kai-shek à Shanghai, le 12 avril 1927, il est arrêté lors du « nettoyage » anticommuniste de la ville qui débute le 15 et fusillé le 27.

SOURCES : Chang Kuo-t’ao (Zhang Guotao), I (1971). — Chesneaux (1962). — Wang Jianmin, I (1961), p. 32. — Wilbur (1983). — Zhongguo gongren (L’ouvrier chinois), 27 avril 1957.

Alain Roux

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