Né en 1905 ou 1907 au Hubei. Guérillero devenu après la Libération l’un des grands commis du régime communiste. Vice-premier ministre depuis 1954, membre du B.P. depuis 1956, il est devenu après la chute des « Quatre » l’un des principaux dirigeants et, en 1983 le président de la République populaire de Chine.

Lequel de ses visiteurs innombrables peut imaginer que ce haut fonctionnaire aimable et précis est né dans une famille misérable, qu’il a vécu de longues et difficiles années dans la guérilla ? La popularité de Li Xiannian dans la Chine d’après la chute de la « Bande des Quatre » ne trompe pas : il est l’un des derniers « grands anciens » du P.C.C.
Son enfance a été dure. Quand il naît dans une famille miséreuse du Hubei, son père vient de mourir et sa mère doit se remarier. Il n’ira pas à l’école et connaîtra la situation humiliante d’apprenti charpentier chez un riche marchand d’huile. Li se joint à l’Expédition du Nord quand elle atteint sa province (1926) puis s’engage dans la guérilla communiste locale. Il y fait très vite preuve de ses multiples qualités et contribue grandement à l’établissement du Soviet d’Eyuwan (Hubei, Henan, Anhui), dirigé par Zhang Guotao (張囯燾) et Xu Xiangqian (徐向前), qui était, en 1931, le second en importance après celui du Jiangxi. Lorsqu’à la fin de 1932 il faut se replier sur le Sichuan septentrional, Li se trouve commissaire politique d’un des cinq détachements de la 4e Armée de front. Son attitude lors de la dispute historique de Maoergai entre Zhang Guotao et Mao Tse-tung (毛澤東) (voir Zhang Guotao)) est difficile à évaluer. D’une part certains rapportent que Li aurait pris le parti de Mao (lequel a déclaré plus tard : « parmi les cadres militaires de la 4e Armée de front qui ne sont pas suspects d’avoir suivi la ligne Zhang Guotao, il y a seulement les camarades Xu Xiangqian et Li Xiannian »). Mais d’autre part, tout comme Zhu De (朱德) et Liu Bocheng (劉伯承) il n’a pas suivi Mao et n’a rejoint le Shenxi qu’en 1937, par le Xinjiang, après des péripéties meurtrières et mal connues.
En tout cas, contrairement à d’autres dirigeants historiques qui ont accompli la Longue Marche, Li ne s’installe pas dans les quartiers généraux de Yan’an : déjà, ce n’est pas un « politique ». Dès l’automne 1938, il repart animer la résistance anti-japonaise dans son ancienne zone de guérilla. Ses troupes (en principe 22 000 hommes) font partie de la 4e Armée nouvelle, l’armée communiste qui opère dans le Centre-Est (voir Ye Ting (葉挺)), mais elles pratiquent une stratégie active et autonome aux confins du Hubei, de l’Anhui et du Henan, et contrôlent environ 300 000 km2. Lors de son élection au C.C. par le VIIe congrès du P.C.C. en juin 1945, Li combat à la tête de ses troupes. En effet, après la reddition des Japonais, les escarmouches se multiplient. Défait par les Nationalistes en octobre 1945, Li doit même battre en retraite et disperser ses forces. Il accomplira la guerre civile dans les rangs de l’armée Liu Bocheng et reprendra finalement le Hubei avec celle de Lin Biao (林彪) en mars 1949.
Alors s’ouvre dans la carrière de Li Xiannian une courte période de transition. Jusqu’en 1954, il exerce surtout des fonctions de dirigeant provincial et régional : gouverneur et secrétaire du Parti du Hubei ; membre puis vice-président (octobre 1952) du gouvernement de la région du Centre-sud, donc encore sous les ordres de Lin Biao. Cependant, il se spécialise de plus en plus dans les affaires économiques. Et, quand en 1954 les grandes régions sont supprimées, on l’appelle à Pékin pour occuper des postes économiques de première importance dans le gouvernement que dirige Zhou Enlai (周恩來) : ministre des Finances, vice-président du Comité économique et financier (sous Chen Yun (陳雲)) puis vice-premier ministre (septembre) et même chef du cinquième Bureau du Conseil des affaires d’État, qui domine tout le secteur financier et commercial (octobre 1954). Il deviendra en 1962 vice-président de la Commission du plan (sous Li Fuchun (李富春)). A cette ascension dans la bureaucratie d’État en correspond une autre dans l’appareil du Parti. Li Xiannian est élu au B.P. à l’issue du VIIIe congrès du P.C.C. (septembre 1956) et entre à son secrétariat en mai 1958. Ses principales activités, cependant, sont gouvernementales. L’ancien guérillero est devenu un grand commis qui se signale par de longs rapports techniques. Il s’identifie à ses fonctions au point de risquer la défaveur : la purge du haut fonctionnaire Wang Han, un de ses anciens officiers, accusé de s’être opposé aux orientations économiques nouvelles adoptées à l’aube du Grand Bond en avant, visait sans doute également Li Xiannian (décembre 1957). Cet avertissement a été entendu : en 1958, Li manifesta un enthousiasme de commande pour la ligne des Trois drapeaux rouges. Mais il parlait toujours en technicien, en financier, et cela suffisait à refroidir bien des ardeurs. Il semble avoir cherché (ô combien prudemment) à rationaliser ou à limiter les innovations des années 1958-1959. Lui-même reconnaîtra plus tard en face des Gardes rouges à la fois son sens professionnel et son opportunisme prudent : (lors du plénum de Lushan) « le premier jour, j’ai d’abord manifesté mon accord avec les vues de Peng Dehuai (彭德懷) mais ensuite, dès le second jour, je m’y suis opposé ». En tout cas, il joue un rôle notable dans la relance plus pragmatique de l’économie qui suit l’échec du Grand Bond. Ses compétences s’étendent aux relations commerciales avec l’étranger : il signe pour la Chine dix-neuf accords entre janvier 1959 et novembre 1962.
Ce technicien devait inévitablement être critiqué pendant la Révolution culturelle. Ainsi, en avril 1967, 3 000 « rebelles » tinrent meeting contre lui. L’étonnant est pourtant qu’à l’inverse d’autres économistes plus titrés que lui comme Chen Yun et Li Fuchun, Li Xiannian n’ait rien perdu, bien au contraire, de son pouvoir. Sa compétence et son expérience de l’administration faisaient sans doute de lui un homme utile. La protection de Zhou Enlai a dû se révéler précieuse. On peut aussi penser qu’il conservait des amitiés dans l’armée que dirigeait alors Lin Biao. Quoi qu’il en soit, les IXe (avril 1969) et Xe congrès (août 1973) l’ont réélu au B.P. du P.C.C. Pendant la période indécise et heurtée qui s’est écoulée jusqu’à la chute des « Quatre » (octobre 1976), Li Xiannian n’a jamais fait partie du noyau des plus hauts dirigeants du Parti. Mais il a joué, à l’intérieur du gouvernement, un véritable rôle de chef d’orchestre, tout en réservant la plus importante part de son activité au contrôle de l’économie.
Il aura sans doute fallu que les troubles économiques et sociaux, que les incertitudes politiques nés du double décès de Zhou Enlai et de Mao inquiètent ce technicien de haute volée pour que, sur le tard, il risque sa carrière : Li Xiannian semble avoir nettement pris parti pour Hua Guofeng (華囯鋒), qu’il avait connu dès l’époque du Grand Bond, et contre les « Quatre », en octobre 1976. Leur chute fut pour lui l’occasion d’une nouvelle ascension dans la hiérarchie du régime. Élu vice-président du C. C. à l’issue du XIe congrès du P.C.C. (août 1977), il devint alors le quatrième personnage du régime grâce à la démaoïsation menée par Deng Xiaoping (鄧小平), reconstitua l’appareil gouvernemental et déploya une activité considérable en faveur du développement des échanges extérieurs et de la rationalisation de l’économie chinoise. Mais les solutions qu’il appliquait durent apparaître trop modérées à Deng Xiaoping : à partir de la troisième session du XIe C.C. (décembre 1978), celui-ci a confié à Chen Yun et Zhao Ziyang (趙紫陽) la haute main sur l’économie en éliminant peu à peu les partisans de Hua Guofeng.
Progressivement, cependant, cette éclipse a cessé. En effet, les difficultés du rééquilibrage économique et l’essoufflement du réformisme ont remis au goût du jour certaines des solutions classiques prônées par Li Xiannian (à l’exception du domaine rural). Il est possible que Li Xiannian ait profité de certains désaccords entre Zhao Ziyang et Hu Yaobang pour faire prévaloir quelques-unes de ses thèses et maintenir son rang dans la hiérarchie du P.C.C. En tout cas, à l’issue du XIIe congrès du P.C.C., Li Xiannian a été réélu au comité permanent du B.P. Bien que les postes de président et de vice-président du C.C. aient été supprimés, il figurait encore parmi les six dirigeants les plus importants du régime communiste chinois. Surtout, la première session de la sixième A.N.P. a élu Li Xiannian au poste de président de la République qui avait été détenu autrefois par Mao Tse-tung puis par Liu Shaoqi (劉少奇). Rétablir ce poste, c’était une fois encore, et sur un point essentiel (on l’avait vu à l’époque de l’affaire Lin Biao), abandonner la tradition maoïste : c’est sans doute en partie pour cette raison que Deng Xiaoping l’a confié à l’un des derniers survivants politiques de la Révolution culturelle. Il se peut aussi que l’on ait cherché à écarter Li Xiannian des affaires du Parti, ou au moins à l’amadouer (voir Hu Yaobang (胡燿邦)). Cette promotion donne cependant un éclat remarquable à la fin de carrière de ce commissaire politique devenu haut fonctionnaire.

ŒUVRE : Li Xiannian ne semble avoir écrit ni ouvrages, ni poèmes. Mais les articles et les rapports qu’il a publiés après 1949 sont innombrables. Leur tonalité générale est très technicienne. Cf. pour les années du Grand Bond en avant RMRB, 17 octobre 1958, Hongqi, 1958 n° 10, 1959 n° 2 et 1960 n° 1, ainsi que sa contribution au volume Dix grandes années (1959).

SOURCES : Outre KC, voir : Ching Ping et Bloodworth (1973). — Issues and Studies, vol. VI, n° 4. — Leys (1971). — MacFarquhar (1974 et 1983). — RMRB, 1976-1983. — Schurmann (1970).

Jean-Luc Domenach

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