LIU Changsheng 劉長勝

Par Alain Roux

Né en 1904 au Shandong ; mort le 20 janvier 1967. Dirigeant syndical d’origine ouvrière qui a longtemps vécu et milité en U.R.S.S. Vice-président de la Fédération pan-chinoise des syndicats et de la Fédération syndicale mondiale (F.S.M.) avant d’être violemment critiqué au début de la Révolution culturelle.

Liu Changsheng est le fils d’un paysan pauvre du Shandong dont la famille a émigré en Mandchourie à la fin du XIX » siècle. Après trois courtes années d’études primaires, il commence à travailler dès 1917 dans une maison de thé de Dairen. Son oncle le fait venir vers 1920 à Vladivostok. Jusqu’en 1935 il y exerce principalement le métier de docker : adhérent du syndicat local des ouvriers du transport, il suit les cours du soir d’une école soviétique. Depuis 1924 il est membre de la Ligue des Jeunesses socialistes et depuis 1928 du P.C.C. II participe avec passion à l’effort entrepris par les autorités soviétiques pour éduquer les 100 000 ouvriers chinois de la « province maritime », écrit dans la Voie ouvrière, journal édité en chinois, anime des universités ouvrières sur le modèle des rabfac (universités ouvrières créées à cette époque en U.R.S.S.), s’occupe de transcription phonétique du chinois avec Qu Qiubai (瞿秋白), Wu Yuzhang (吳玉章) et Xu Zhizhen.
En 1936, il retourne en Chine comme militant clandestin du P.C.C. Responsable à Yan’an du bureau du Syndicat général pan-chinois pour le Nord-Ouest, il anime, en fait, durant toute la guerre sino-japonaise, l’appareil clandestin du P.C.C. à Shanghai, assurant la liaison entre cette ville et les régions proches contrôlées par la 4e Armée nouvelle (voir Xiang Ying (項英)). Il est depuis 1938 responsable du P.C.C. pour le Jiangsu et depuis 1942 chef du bureau de recherche politique (de renseignement) du P.C.C. Pour la Chine de l’Est. Il est aussi directeur du Département politique d’une division de la 4e Armée nouvelle. L’ensemble de ses responsabilités constitue un tout parfaitement cohérent : le mouvement ouvrier révolutionnaire est étroitement subordonné aux exigences de la lutte armée animée par le P.C.C. Les succès de Liu Changsheng dans ses diverses missions lui valent d’être élu au C.C. comme membre suppléant lors du VIIe congrès en avril 1945. Il continue à militer à Shanghai où il dirige le comité du Parti pour Shanghai et anime le mouvement ouvrier fort actif dans cette ville en 1945-1946. Il est élu lors du VIe congrès des syndicats (à Harbin en août 1948) au bureau exécutif de la centrale syndicale réorganisée. Jusqu’en 1953 il semble opérer, toujours à Shanghai, un glissement vers des responsabilités plus politiques : il est troisième secrétaire du P.C.C. pour cette ville et joue un rôle essentiel lors de la campagne des « cinq antis » (wufan) en décembre 1951. Il conserve néanmoins d’importantes responsabilités syndicales, présidant la fédération régionale et municipale des syndicats et dirigeant le syndicat des dockers. Au VIIe congrès des syndicats chinois, en mai 1953, il est élu vice-président de la Fédération pan-chinoise des syndicats.
Mais à partir de sa participation en octobre 1952 à une délégation à Moscou dirigée par Liu Shaoqi (劉少奇), il a déjà entamé la partie internationale de sa carrière, sa connaissance du russe et du monde soviétique jouant un rôle certain dans ses nouvelles attributions. Il devient en effet un dirigeant du mouvement syndical international, secrétaire de la F.S.M. en mai 1953, puis vice-président en 1957. Désormais il va très souvent à l’étranger, tantôt représentant le P.C.C. à des congrès de partis communistes européens (en Tchécoslovaquie en 1954 et en Italie en décembre 1957), tantôt — et de préférence — à la tête de délégations syndicales (ainsi lors du XXXe congrès de la C.G.T. française en 1955). A partir de la mi-novembre 1956 il participe avec Peng Zhen (彭真) à une grande tournée dans certains pays socialistes d’Europe : il est élu membre de plein droit du C.C. du P.C.C. lors du VIIIe congrès en septembre 1956, car ses voyages à l’étranger sont devenus progressivement plus politiques que syndicaux. En décembre 1959, il est au Chili au congrès de la Centrale unifiée des travailleurs (C.U.T.). En octobre 1960 il est en Australie. Nommé à la même date président de l’Association d’amitié des peuples de Chine et d’Afrique, il parcourt en 1960 la Guinée, le Mali, le Ghana, le Niger, la Haute Volta, le Sénégal, le Togo, le Dahomey. De plus en plus, il contribue à animer la polémique sino-soviétique : les dirigeants de la G.T. française présents en juin 1960 à la réunion de l’exécutif de la F.S.M. tenue à Pékin se rappellent ses interventions passionnées en pleine nuit dans leurs chambres d’hôtel. Il est alors l’un des détracteurs les plus acharnés de la politique de détente prônée par Nikita Khrouchtchev et se heurte aux responsables soviétiques lors des rencontres de la F.S.M. à Moscou en 1962, à Prague en 1963. Parallèlement il devient le second responsable de la centrale syndicale chinoise que préside depuis 1958 Liu Ningyi (劉寧一). Ses étroits rapports avec Liu Shaoqi depuis 1936 le mettent dans une position difficile lors de la Révolution culturelle. Il meurt le janvier 1967, alors que beaucoup de ses amis, dirigeants centraux des syndicats, étaient soumis aux véhémentes critiques des Gardes rouges.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article182741, notice LIU Changsheng 劉長勝 par Alain Roux, version mise en ligne le 15 novembre 2016, dernière modification le 15 novembre 2016.

Par Alain Roux

SOURCES : Outre KC, interview par Alain Roux de René Duhamel, secrétaire de la C.G.T., responsable des relations internationales.

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