Né le 7 juin 1890 à Angers (Maine-et-Loire), mort le 24 décembre 1978 à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine) ; chauffeur de taxi ; secrétaire de la CGTU (1922) ; membre du Comité directeur du Parti communiste en 1924.

Le père de Paul Cadeau exerçait la profession de roulier à Angers. Selon le témoignage de Georges Thomas, militant syndicaliste de l’Indre, Paul Cadeau, employé quincaillier, aurait fréquenté les milieux anarchistes « fédéralistes » avant la Première Guerre mondiale et conservé des sympathies pour les thèses libertaires jusqu’à son séjour dans l’Indre de 1919 à 1921.
Nous ignorons les raisons de sa présence en Bas-Berry au lendemain de l’Armistice. Il collabora au Progrès social, journal socialiste puis communiste départemental, de novembre 1919 à mai 1921. Mais ce fut à l’action syndicale qu’il consacra l’essentiel de son énergie. Secrétaire de l’Union départementale des syndicats du 5 juin 1920 au 21 mai 1921, de la Bourse du Travail de Châteauroux et des Comités syndicalistes révolutionnaires de l’Indre en novembre 1920, il représenta le Bas-Berry au congrès des syndicats minoritaires du Centre-Ouest à Limoges (Haute-Vienne) le 11 septembre 1920. Lors de la scission syndicale de décembre 1921, les créateurs de la CGTU le désignèrent avec Henri Toti et Labrousse au secrétariat provisoire qui dirigea l’organisation jusqu’au congrès de Saint-Étienne (25 juin-1er juillet 1922). Il s’occupa de la trésorerie. Cadeau appartenait encore au courant favorable à l’indépendance syndicale, aussi, après la désignation d’une commission exécutive et d’un bureau (dont il était écarté) composés en majorité de communistes, fut-il chargé de déclarer, au nom de la minorité, que le syndicalisme était en danger : « La minorité reste dans la CGTU pour y défendre le syndicalisme menacé par les politiciens dont les formules creuses viennent de triompher. Vous nous trouverez en face de vous à chaque occasion et nous irons dans vos réunions politiques pour appeler les travailleurs au secours du syndicalisme » (G. Lefranc, Le Mouvement syndical sous la Troisième république, p. 261). Il refusa cependant de rejoindre le Comité de défense syndicaliste crée par Pierre Besnard en juin 1922.
Paul Cadeau avait quitté l’Indre vers 1921, peut-être pour travailler comme chauffeur de taxi à Paris. Son revirement politique fut brusque et sans réserve. Le porte-parole de la minorité devint en un an un des plus fougueux défenseurs de la politique syndicale du Parti communiste. Au congrès communiste national de Lyon (20-24 janvier 1924), il critiqua une partie de la résolution présentée par Pierre Monatte (« jamais le Parti ne se substituera aux syndicats dans l’action »). Selon Cadeau : « le Parti doit conserver son droit de critique et en user lorsque les syndicats engagent des actions qui pourraient entraîner les communistes à des aventures. » Il donna lecture de la résolution sur la commission syndicale centrale. Il s’installa à Chaumont (Haute-Marne), en mars 1923, comme délégué régional du Parti communiste chargé de la direction de l’Égalité, organe des Fédérations de la Haute-Marne et de Meurthe-et-Moselle (et semble-t-il de la Meuse). Il vint, en octobre 1923, habiter à Nancy (Meurthe-et-Moselle), où avait été transférée l’administration de l’Égalité fusionnée avec l’Étincelle. Cadeau portait alors le titre de secrétaire de l’Interfédération de l’Est qui devint, en cours d’année, celui de délégué de la 10e région (Côte-d’Or, Haute-Saône, Vosges, Meurthe-et-Moselle, Meuse, Ardennes, Marne, Haute-Marne, Aube). Il se confond vraisemblablement avec Cadot dont le Socialiste ardennais signalait les activités de propagandiste communiste dans les Ardennes en février et juin 1923. Il quitta Nancy vers le 31 juillet 1924.
Le congrès de Lyon l’avait élu au Comité directeur du Parti communiste. Il aurait siégé au Bureau politique (du moins assistait-il aux réunions) et appartenu au secrétariat comme intérimaire pendant le Ve congrès mondial (juin-juillet 1924). Bénéficiant de l’appui de la direction Treint, dont il partageait la volonté de réorganisation du Parti sur des bases bolcheviques, il déclara à la conférence des secrétaires fédéraux des 21-22 septembre 1924 que Monatte*, Alfred Rosmer et Victor Delagarde étaient déjà « presque en dehors du Parti », annonçant ainsi sa volonté d’exclure les adversaires de la bolchevisation organisationnelle. Dans une lettre du 3 septembre 1924, le secrétariat du PC annonça à la Fédération communiste du Nord l’envoi de Paul Cadeau : « Le Comité directeur, soucieux de consolider la base prolétarienne du Parti a jugé utile de déployer un gros effort d’organisation dans les départements du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme  » Le délégué politique de la direction du Parti assistait aux réunions des instances régionales comme à celles du Bureau politique pour guider et contrôler la réorganisation sur la base des cellules d’entreprises (Arch. G. Jerram). Cependant « son mandat ne saurait être assimilé à celui des anciens délégués régionaux » car il ne participe pas personnellement à l’agitation et à la propagande, ses fonctions se limitant au contrôle politique (I.M.Th, bobine 64). Plusieurs témoignages concordent pour présenter l’action de Cadeau comme malhabile et autoritaire : Florimond Bonte affirme qu’il agissait en autocrate mais la direction régionale ne tenait pas compte de ses avis (témoignage recueilli par Jacques Girault) ; dans une interview, Arthur Ramette parle de ses « méthodes très brutales » qui furent combattues entre autres par [Maurice Thorez-24000] (Arch. Ph. Robrieux) et Fernand Grenier raconte comment à son retour du service militaire ce « petit homme d’un aspect sévère et distant » lui demanda de suivre les cours de l’École centrale du Parti. Comme le jeune militant demandait quelques jours de réflexion Cadeau répondit : « Fini de rire dans le Parti, maintenant ! Discipline, discipline ! Je t’inscris ! » (Ce bonheur-là, p. 65). Cadeau fut rappelé en septembre 1925. Le congrès de Clichy (17-23 janvier 1925) l’avait élu au Comité central. Le Bureau politique le chargea du rapport sur la guerre du Maroc au congrès de Lille contre la guerre, du 13 juillet 1925. Le 17 septembre, le BP lui confia la fonction de secrétaire adjoint chargé de l’administration, en remplacement de H. Barré*. Il demanda à être relevé de cette charge le 21 novembre 1925. Cadeau participa aux travaux du congrès national de Lille (20-26 juin 1926) mais fut écarté du Comité central malgré l’augmentation de ses membres de quarante-et-un à quatre-vingt-un et la présence des amis de Treint* (exclu du CC le 9 novembre 1927).
Paul Cadeau se consacra alors au Secours rouge international (SRI). Le congrès de juillet 1926 l’élut secrétaire à la propagande et à l’agitation. Dès février 1927, les Cahiers du Bolchevisme le dénoncèrent comme oppositionnel. En juin de la même année, il défendit sans succès les positions zinoviévistes, avec Léon Girault, Claude Calzan, François Sauvage, à la deuxième conférence de la région parisienne puis, en novembre 1927, il signa un appel au XVe congrès du Parti communiste russe pour la réintégration des oppositionnels et l’instauration d’un véritable centralisme démocratique. À quelle date quitta-t-il le Parti communiste ? La presse communiste ne semble pas avoir signalé son exclusion. Il dut abandonner le PC entre 1928 et 1930.
Un rapport de police du 14 septembre 1929 le signalait militant du syndicat unitaire des cochers-chauffeurs et animateur avec Galland du « Groupe de redressement syndicaliste communiste » (Arch. Nat. F7/13832). Son nom apparut en novembre 1930 sur la liste des signataires du Manifeste des 22 pour l’unité syndicale (voir Baptiste Bour* et Maurice Chambelland*) et parmi les participants de la conférence minoritaire parisienne réunie à la Bourse du Travail les 30 novembre et 14 décembre 1930. Sa fiche de police le dit gérant du journal Front commun en 1934 ; il ne peut s’agir que du journal frontiste de Gaston Bergery.
Nous perdons sa trace jusqu’au début de l’Occupation allemande. Il était alors directeur du personnel de l’Imprimerie centrale de presse, 66, rue Jean-Jacques Rousseau (IIe arr.) du 16 octobre 1940 à la fin de 1942. Il était directeur de l’organisation technique du Cri du Peuple, organe du PPF, qui comprenait 54 employés,Lèbre en étant le directeur politique. En cette qualité, il a révoqué cinq ouvriers et ouvrières soupçonnés d’appartenir à des groupements anti-allemands (considérés comme prosoviétiques, anglophiles et gaullistes). Il dirigea le journal intérieur du journal du PPF, le Trait d’Union fin 1941. Il aurait été mis à la porte fin 1942, pour avoir traité Lèbre de "hobereau".
Il travailla ensuite au Comité ouvrier de secours immédiat (COSI) et comme rédacteur au Cri du Peuple, quotidien du Parti populaire français (PPF). Cadeau assurait le secrétariat de la branche Livre-Papier de la Fédération nationale du groupement corporatif français lié au PPF (Arch. J. Maitron). Il fut arrêté le 20 septembre 1944 à la demande du Comité de Libération de Clichy.
Il bénéficia d’attestation d’Auguste Bastière, communiste, qui se disait résistant de Conflans-Sainte-Honorine. Selon ce dernier, Cadeau le renseignait depuis 1942. Selon le pasteur Joussellin, il se convertit au christianisme. Celui-ci lui aurait confié la direction d’une colonie d’une cinquantaine de réfugiés à Gouvieux (Oise) officiellement protestants, en fait comprenant 20 israélites dont plusieurs étaient recherchés. Cette colonie fut fondue ensuite avec une autre fonctionnant à Capy. Un autre pasteur témoignait aussi en sa faveur, affirmant, comme Bastière, qu’il l’aurait informé qu’un maquis de la Côte-d’Or à Precy-sur-Thil découvert par les Allemands était menacé d’anéantissement. Informé à temps, celui-ci pu se disperser, évitant la destruction selon ses défenseurs.
La Cour de justice de la Seine le condamna le 31 mai 1945 à deux ans de prison et à la dégradation nationale à vie pour « actes nuisibles à la Défense nationale ». Il bénéficia de la loi d’amnistie du 6 août 1953.
En 1949, il représentait le syndicat Force ouvrière dans les différentes commissions professionnelles de chauffeurs de taxi.
R. Hagnauer, traçant le portrait des signataires du Manifeste des 22, porta sur Paul Cadeau un jugement sévère : « une curieuse figure dont les complexes s’exprimaient dans la surcompensation des certitudes successives et contradictoires. Il fut en 1922 de la portion qui voulait coiffer PC et CGTU d’un casque anarchiste - deux ans plus tard il sévissait parmi les plus farouches bolchevisateurs du Parti communiste. Nous le retrouvions en 1930, toujours aussi serein, maître de sa parole, partisan de l’unité syndicale contre les consignes staliniennes. J’ai appris, quinze ans plus tard, qu’il était devenu zélateur évangéliste » (La Révolution prolétarienne, décembre 1978).
Veuf, remarié puis divorcé, Paul Cadeau avait une fille.

SOURCES : Arch. Nat. F7/12991, F7/13002 (29 juin 1923), F7/13030 (14 janvier 1924), F7/13090, F7/13092, F7/13094, F7/13586, F7/13832 (14 septembre 1929), Z/6/3321, dossier AMN 4019. — Arch. Dép. Meurthe-et-Moselle, 1 M 641. — Arch. J. Maitron. — Arch. G. Jerram, Institut d’histoire sociale. — I.M.Th., bobines 64, 96, 97, 98 (Arch. Dép. Seine-Saint-Denis). — Bulletin communiste, 23 mai 1924. — Cahiers du Bolchevisme, 5 décembre 1924, 28 février 1927, 15 juillet 1927. — Contre le Courant, 2 décembre 1927. — La Révolution prolétarienne, juillet 1926, décembre 1978. — L’Exploité, 29 octobre 1932. — Le Socialiste ardennais, février et décembre 1923. — L’Égalité, 1923. — Journal du Peuple, 23 juin 1923. — Les Archives Monatte, op. cit., p. 432. — Notes de Jacques Girault. — Renseignements recueillis par Georges Thomas sur les activités de P. Cadeau dans l’Indre. — État civil d’Angers.

Jean Maitron, Claude Pennetier, Gilles Morin

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