MOSCH Hans [alias "Der Stadtrat"]

Par André Balent

Né le 2 juin 1901 à Oederan (Saxe, Allemagne), assassiné par des Waffen SS de la division Brandenburg le 30 mai 1944 à Cassagnas (Lozère) ; apprenti boulanger puis « fonctionnaire » (permanent ) du KPD ; militant du KPD (Parti communiste d’Allemagne) ; conseiller municipal d’Oederan sous la République de Weimar ; volontaire des Brigades internationales en Espagne ; résistant en France : KPD clandestin, AS (Brigade Montaigne, maquis Bir Hakeim).

Mont-de-Marsan (Landes), mai 1936. Repas de communistes allemands.
Mont-de-Marsan (Landes), mai 1936. Repas de communistes allemands.
Hans Mosch est en chemise blanche. Anton Lindner* est désigné par une croix. Cliché affiché sur un panneau près de la ferme de Galabertès (Lozère). Photographié (mars 2016) et recadré par André Balent.

Hans Mosch naquit dans une petite ville saxonne, dans la région de Chemnitz, près de l’Erzgebirge (Monts Métallifères). Apprenti boulanger, il milita dans les rangs du KPD dont il devint un « fonctionnaire » (permanent) local. Il fut élu, sous la République de Weimar, conseiller municipal d’Oederan ce qui lui valut, plus tard, dans le milieux d’antinazis allemands et autrichiens, résistants dans les Cévennes, dans les années 1943-1944, le pseudonyme de Der Stadtsrat (Le conseil municipal [d’une ville]). Il dut plonger dans la clandestinité et, ensuite, se réfugier dans un autre pays (sa ville était située à proximité de la frontière avec la Tchécoslovaquie). En 1936 (avant juillet), il résidait dans le Midi de la France. Il fut l’un des volontaires allemands des Brigades internationales.

Pendant la guerre civile espagnole, il acquit une grande expérience militaire qui fut mise à profit dans les maquis cévenols. Pendant la guerre d’Espagne, il avait noué des liens avec Otto Kühne* et, surtout, avec le Bavarois Anton Lindner qu’il avait connu en France, dans l’exil, avant la guerre d’Espagne : ils furent tous deux photographiés lors d’un repas rassemblant des antifascistes allemands et leurs familles à Mont-de-Marsan (Landes) en mai 1936. Il se peut que tous deux partirent au même moment combattre en Espagne.

De retour en France, après la Retirada (janvier-février 1939), nous ignorons où il fut interné dans les Pyrénées-Orientales. Comme beaucoup de brigadistes étrangers rentrés en France en février 1939, Ii fut assez rapidement transféré au camp de Gurs (Basses-Pyrénées/ Pyrénées-Atlantiques. En 1940, il dut intégrer une CTE (compagnie de travailleurs étrangers). Par la suite, après l’armistice, il devint membre d’un GTE (Groupement de travailleurs étrangers). Membre du GTE de Crest (Drôme), il était affecté, en 1942, à la ferme des Béranger à Plan-de-Baix (Drôme), commune du sud du Vercors. Ses camarades se souvenaient qu’il confectionnait des gâteaux succulents. Il dut rentrer dans la clandestinité après l’occupation de la zone sud par la Wehrmacht.

Fin 1943-début 1944, il rejoignit le groupe d’anti-nazis allemands en Lozère (Voir Lindner Anton). Proche d’Otto Kühne* qui était un des responsables des Allemands du KPD résidant dans la zone sud, Mosch fut chargé de former un groupe franc qui serait le bras armé du comité « Allemagne libre » que Kühne* projetait de former. Parlant assez bien le français, il fut chargé de sillonner la région et de retrouver ses compatriotes isolés (Allemands et Autrichiens), anciens membres de GTE ayant dû enter en clandestinité GTE ou appartenant à un maquis français. Dans cette tâche, il fut assisté par Christian Robens (un Rhénan, né en 1906) et Paul Huber, un Bavarois.

Il rejoignit le col des Loupiès près de la Fare (Lozère), au début de 1944, la Brigade Montaigne, maquis AS formé par François Rouan* — exclu du PC pour trotskisme, chargé de former un maquis par André Pavelet alias « Villars », responsable du service des maquis pour les MUR de la R3 — rassemblant pour l’essentiel des étrangers, en majorité des Allemands et des Autrichiens. En effet, la direction clandestine du KPD à Lyon avait décidé de regrouper ses militants dans le maquis AS Montaigne. Le groupe Montaigne fut rejoint par un autre groupe de l’AS formé par le communiste lozérien Louis Veylet qui avait pris en charge, avec l’AS lozérienne, le groupe des Allemands du GTE de Chanac (Lozère) passés dans la clandestinité à la fin de 1942, pour la plupart des communistes dirigés par Otto Kühne* ancien député du KPD au Reichstag. Cette option était conforme avec les instructions de la direction du KPD de Lyon. Mosch achemina vers les Cévennes lozériennes et la brigade Montaigne les Allemands et Autrichiens avec qui il entrait en contact. Il empruntait d’abord les itinéraires ferroviaires, le trajet terminal, jusqu’au col de Jalcreste (Lozère) étant effectué par le chemin de fer à voie étroite des CFD (Chemins de fer départementaux) de Sainte-Cécile-d’Andorge (Gard) à Florac (Lozère). Le parcours final se faisait à pied dans la montagne. C’est ainsi qu’un groupe de six « bûcherons » formé dans la région de Séderon (Drôme) rejoignit la Lozère. Il était aussi en contact avec la résistante lozérienne Anna Rousseau, professeur au collège de Mende et germanophone. Celle-ci faisait la liaison entre l’AS lozérienne et les Allemands antifascistes des Cévennes.

La présence épisodique de Mosch, expert en armes et spécialiste des combats de guérilla, fut très appréciée par les maquisards du groupe Montaigne. Il continua son instruction militaire auprès de nouveaux maquisards lorsque, en mars, ces combattants durent se déplacer vers un autre cantonnement, au Galabertès, ferme inoccupée et isolée de la commune de Saint-Germain-de-Calberte (Lozère). La brigade « Montaigne » effectua sa jonction avec le maquis Bir Hakeim (Voir Capel Jean alias commandant Barot) installé dans la ferme de la Picharlarié (commune de Moissac-Vallée-Française (Lozère). Rouan* se plaça sous l’autorité de Capel. Le 7 avril, puis, surtout le 12, les maquisards de la Picharlalié et du Galabertès affrontèrent la Wehrmacht (le 12 avril, les SS de la 9. Panzer Hohenstaufen). Hans Mosch participa au deuxième combat. Avec son ami Kühne*, il manifesta à cette occasion, son désaccord avec la stratégie militaire de Capel qu’il jugeait risquée et aventureuse. Ayant réussi à quitter la Picharlarié avec un groupe de maquisards français, il réussit à se replier jusqu’au Marchet puis jusqu’au regroupement du Plan de Fontmort.

Le 17 avril, il se retrouva au lieu-dit La Baraque avec Otto Kühne, bien décidé à quitter le maquis Bir Hakeim, Rouan* et Capel. Il ne put convaincre Max Frank qui se trouvait au château de Fons avec Bir Hakeim de quitter ce groupe car les armes avaient été fournies aux maquisards étrangers par son commandant , Capel. L’accord auquel aboutirent Kühne* et Capel, après discussions se traduisit par le détachement d’étrangers, en majorité des Allemands à Bir Hakeim. Ces derniers participèrent à une expédition dans l’Hérault. Le 22 mai, Kühne* demanda à Mosch de joindre ce groupe au château des Fons à leur retour de l’Hérault afin qu’ils quittent définitivement Bir Hakeim et intègrent les FTP-MOI. Max Frank émit des objections. Mosch revint le 26 mai au cantonnement de Kühne* qui le renvoya aux Fons avec un ordre de ralliement aux FTP-MOI. Mais il quand il arriva aux Fons, Bir Hakeim avait quitté le lieux avec le détachement allemand et étranger pour s’installer à l’hôtel du Fangas au mont Aigoual où un Autrichien Kurt Frisch, des FTP-MOI tenta une ultime négociation afin de provoquer, en vain, leur départ de Bir Hakeim

Le 30 mai, Hans Mosch se rendait à la ferme du Magistavol (commune de Cassagnas, Lozère) chez des paysans amis, les Servière. Cette maison était un point de chute pour les agents de liaison. Anna Rousseau y venait régulièrement, entre deux missions. Mais, ce jour-là, elle était absente. Mosch arrivait afin de joindre Paul Huber et Anna Rousseau. Vers 13 heures, alors que Huber étaient attablés avec les Servière pour le repas, des faux maquisards demandèrent à le voir. Huber s’était caché dans sa chambre. Les « maquisards » demandaient à le voir afin qu’il s’en allât avec eux. Ayant reconnu parmi eux un Espagnol, Zurita, qui avait été à Bir Hakeim, il accepta de partir avec ces hommes.
Ces faux maquisards étaient des Waffen SS français de la compagnie de « Brandebourg », cantonnés à Alès (Gard). Près du Rocher Pointu, à proximité du Magistavol, ils abattirent Hans Mosch qui se méfiait de ces individus et qui s’enfuyait. Mosch se rendait chez les Servière. On ignore si les « maquisards » le tuèrent avant ou après leur rencontre avec Huber à la ferme des Servière. Le rapport de la gendarmerie qui a constaté le décès indiqua que Mosch reçut deux balles tirées à bout portant, l’une qui traversa le thorax, l’autre dans la tête, près de l’os zygomatique. Le corps de Hans Mosch fut transporté sur une charrette tirée par un mulet afin d’être inhumé au cimetière de Cassagnas.

Chaque année, à Cassagnas, a lieu une cérémonie commémorative qui célèbre la mémoire de Hans Mosch. Son nom est gravé sur le monument aux morts de Cassagnas . Il figure aussi sur le monument de Moissac-Vallée-Française (Lozère) qui regroupe une liste non exhaustive de noms de combattants de plusieurs nationalités, surtout français et allemands (trente et un noms pour ces derniers).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article183555, notice MOSCH Hans [alias "Der Stadtrat"] par André Balent, version mise en ligne le 17 août 2016, dernière modification le 18 mars 2018.

Par André Balent

Mont-de-Marsan (Landes), mai 1936. Repas de communistes allemands.
Mont-de-Marsan (Landes), mai 1936. Repas de communistes allemands.
Hans Mosch est en chemise blanche. Anton Lindner* est désigné par une croix. Cliché affiché sur un panneau près de la ferme de Galabertès (Lozère). Photographié (mars 2016) et recadré par André Balent.
Hans Mosch au camp de Gurs (Basses-Pyrénées), 1939 ou 1940
Hans Mosch au camp de Gurs (Basses-Pyrénées), 1939 ou 1940
Extrait de Éveline & Yvan Brès, op. cit., 1987. Reproduction et recadrage André Balent.

SOURCES : Éveline & Yvan Brès, Un maquis d’antifascistes allemands en France (1942-1944), Montpellier, les Presses du Languedoc/Max Chaleil éditeur, 1987, 348 p. [pp. 118, 130, 157, 158, 173, 187, 204, 221, 258-260, 264, 268, 281,334. — Patrick Martin, La Résistance dans le département de la Drôme, 1940-1944, thèse Université Paris IV Sorbonne, 2001, base de données noms. — Dora Schaul (témoignages rassemblés par), Résistance-Erinnerungen deutscher Antifascisten, Berlin, Dietz, 1973, pp. 195-106 [souvent cités dans le livre d’Éveline et Yvan Brès, 1987, cf . ci-dessus]. — Association pour des études sur la Résistance intérieure (AERI), Association départementale des Anciens de la Résistance de Lozère, ANACR Lozère, La Résistance en Lozère, CDROM , accompagné d’un livret, 27 p., Paris, 2006. Institut für Marxismus-Leninismus, Berlin, témoignages dactylographiés d’Allemands, résistants en Lozère et dans le Gard, utilisés et cités par Éveline et Yvan Brès, op. cit., 1987. — Des indésirables, pages 386-388. — MemorialGenWeb, consulté le 29 novembre 2016. ]. — Notes de Robert Serre.

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