WARCHOLAK Michel

Par Paul Boulland

Né le 9 septembre 1933 à Paris (Xe arr.), mort le 14 février 2016 à Stains (Seine-Saint-Denis) ; ouvrier d’État (chaudronnier) ; syndicaliste CGT, secrétaire général de l’Union syndicale des travailleurs de l’État de région parisienne (1958-1964), secrétaire général de la Fédération CGT des Travailleurs de l’État (1964-1975), membre de la commission exécutive (1969-1992) et du bureau confédéral (1975-1992) de la CGT, responsable du secteur organisation ; militant communiste, membre du comité central du PCF (1976-1996).

Son père, Jacques Warcholak, ouvrier métallurgiste né le 16 mars 1905 à Wroblik (Pologne), était militant de la CGT et du Parti communiste. Il participa à la Résistance. Sa mère, Joana, née Gerlak à Wroblik le 28 novembre 1913, sans profession, mourut alors que Michel Warcholak n’avait que sept ans, en 1940, au cours d’un séjour auprès de ses parents, dans la Lorraine annexée par l’Allemagne nazie. Michel Warcholak grandit dans la région parisienne, entre Villetaneuse (Seine-et-Oise, Seine-Saint-Denis), Épinay-sur-Seine (Seine-et-Oise, Seine-Saint-Denis) et Garges-Lès-Gonesse (Seine-et-Oise, Val-d’Oise). Titulaire du certificat d’études primaires, il se présenta au concours des écoles d’apprentissage du Ministère des Armées. Reçu, il effectua trois années d’apprentissage, en internat, et obtint le diplôme de chaudronnier. À dix-sept ans, il intégra un établissement de la Défense nationale, le centre d’essai de Chalais-Meudon (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine) puis travailla au Centre d’essai des propulseurs (CEP) à Saclay (Seine-et-Oise, Essonne) où il devint ensuite chaudronnier formateur. Dès son entrée dans la vie professionnelle, en 1950, il adhéra à la CGT et au Parti communiste.

Les premiers engagements syndicaux de Michel Warcholak furent contre les « abattements d’âge » qui imposaient une réduction de salaire aux jeunes ouvriers de moins de dix-huit ans. Très vite, il intégra la commission de la jeunesse de son syndicat et entra en relation avec les militants d’autres établissements ainsi qu’avec les responsables de la Fédération des Travailleurs de l’État (FNTE). En 1952, à seulement dix-neuf ans, il entra au bureau national de la fédération, comme représentant des jeunes syndiqués. En 1954, il fut appelé sous les drapeaux mais, durant son séjour de vingt-quatre mois au service militaire, ses responsabilités syndicales lui furent maintenues. À son retour, il reprit ses activités militantes et fut plus particulièrement chargé de l’Union syndicale des travailleurs de l’État de région parisienne, dont il assura la direction, devenant permanent à compter du 1er octobre 1958. En 1964, il fut élu secrétaire général de la Fédération CGT des Travailleurs de l’État dont il assura donc la direction au cours du mouvement social de mai-juin 1968. À l’issue des négociations de Grenelle, il encouragea les salariés, notamment les personnels des arsenaux, à poursuivre la grève. Rétrospectivement, il considérait que le mouvement avait permis trois acquis essentiels pour les travailleurs de l’État : une importante augmentation de salaire, la conquête de nouveaux droits syndicaux, avec la reconnaissance du syndicat sur le lieu de travail, et enfin la réintégration de nombreux militants révoqués au cours des deux décennies précédentes. En 1969, lors du XXXVIIe congrès de la CGT (Vitry, novembre 1969), il fut élu à la commission exécutive confédérale et participa à ce titre aux activités de la commission organisation de la confédération.

À l’occasion du XXXIXe congrès de la CGT (Le Bourget, juin 1975), Michel Warcholak intégra le bureau confédéral de la CGT. Selon son témoignage, Georges Séguy, secrétaire général, lui aurait indiqué à cette époque qu’après une douzaine d’année à la tête de la FNTE, il était temps pour lui de prendre de nouvelles responsabilités. Michel Warcholak devint secrétaire à l’organisation de la CGT, succédant à Marcel Caille désormais responsable du secteur juridique, et il fut lui-même remplacé à la tête de la FNTE par Henri Berry. Peu après, il fut également appelé à d’importantes fonctions au sein du PCF. Adhérent depuis 1950, Michel Warcholak n’avait eu jusque là que des responsabilités à la base, en tant que secrétaire de cellule. Il avait toutefois suivi une école fédérale peu après son adhésion, en 1951, et comme dirigeant syndical, il suivit l’école centrale d’un mois du PCF, en 1961. En 1976, à l’occasion du XXIIe congrès du PCF (L’île-Saint-Denis, février 1976), il fut élu au comité central, comme suppléant. Devenu membre titulaire, il conserva ce mandat jusqu’en 1996. En tant qu’élu au comité central, il fut notamment chargé de suivre la fédération communiste de la Manche, où il siégea au comité fédéral.

En 1975, Michel Warcholak prit en charge le secteur organisation de la CGT alors que celle-ci subissait les premiers contrecoups d’un renversement du contexte social et politique. Aux lendemains des mobilisations de mai-juin 1968, la confédération avait en effet connu un important essor de ses effectifs, avec environ 300 000 nouvelles adhésions. Mais, au milieu des années 1970, la tendance était en train de s’inverser. Le travail de Michel Warcholak fut donc placé sous le signe du « renforcement » de la CGT, notamment autour de l’objectif des trois millions d’adhérents, fixé pour l’année 1976. En 1978, lors du congrès de Grenoble, il appuya l’orientation imprimée par le secrétaire général Georges Séguy, marquée par une volonté d’ouverture mais aussi de relancer une démarche revendicative qui ne soit plus exclusivement soumise aux objectifs de la victoire de l’Union de la gauche. Dans ce contexte, Michel Warcholak fut à l’origine de la proposition, soutenue par Séguy, de campagnes de syndicalisation commune avec la CFDT. Toutefois, il se retrouva rapidement sur les positions critiques portées par Henri Krasucki. Dès lors, Michel Warcholak s’acquit durablement la réputation d’un « dur », porte-parole du Parti communiste au sein de la CGT, y compris ensuite face à Henri Krasucki. Ainsi, lors du comité central du PCF des 20 et 21 mai 1985, Michel Warcholak fit partie, avec René Le Guen et Louis Viannet*, des dirigeants venus du syndicalisme qui reprochèrent à Henri Krasucki les positions trop modérées de la CGT à l’égard du gouvernement socialiste.

Il est indéniable que Michel Warcholak fut, tout au long de sa vie militante, un syndicaliste communiste, attaché aux orientations de son parti. Ainsi, en 1988, il afficha son soutien au candidat du PCF, André Lajoinie, lors de l’élection présidentielle. Au sein de la CGT, il incarna de fait une culture organisationnelle et militante centraliste et volontariste, que l’on associe spontanément à ses engagements politiques. Pour autant, ce positionnement doit aussi être envisagé dans le contexte de ses responsabilités syndicales elles-mêmes, face aux problématiques qu’affrontait alors la CGT — recul des effectifs et de la syndicalisation, transformations du monde salarié, contre-offensive sociale et crise économique, etc. À partir de l’analyse des évolutions économiques et sociales, Michel Warcholak plaida par exemple pour un rôle accru des unions locales, dont le nombre augmenta à partir de la fin des années 1970. Dès 1976, son secteur contribua à l’organisation des « rencontres nationales des unions locales », qui devinrent un rendez-vous régulier dans les années 1980. En 1986, à l’occasion de la cinquième édition, son rapport insistait sur l’importance des UL, véritable « recours » face aux difficultés de la CGT selon lui. Or, ces efforts rencontrèrent aussi les réticences de ceux qui y voyaient une remise en cause du rôle historiquement dévolu aux unions départementales et aux fédérations au sein de la confédération.

Sous sa responsabilité, le secteur organisation se dota également de nouveaux outils visant à prendre la mesure de la crise syndicale et à en contrer les effets. Ainsi, il développa un service chargé de suivre les élections professionnelles, de centraliser et d’analyser leurs résultats. De même, en encourageant l’étude des effectifs, de leur évolution et de leur géographie, il plaida pour l’identification des « déserts syndicaux » et pour la lutte contre l’instabilité des adhésions. Mais, à travers ces diverses initiatives, le secteur organisation jouait rôle croissant, au point d’être perçu comme la constitution d’un véritable « État dans l’État ». Ainsi, ses attributions extensives se situaient à la frontière d’autres secteurs confédéraux, comme par exemple celui de la politique financière pour ce qui concernait la gestion des cotisations. Elles entraient même régulièrement en concurrence directe d’autres secteurs, comme celui de la « politique des cadres », sous la responsabilité d’André Allamy. Enfin, le secteur organisation jouait un rôle décisif dans la mise en place des directions départementales, fédérales et confédérales de la CGT, intervenant donc très directement dans leur équilibre politique, dans un contexte de tensions internes, notamment entre communistes et non communistes. Entre 1975 et 1982, en tant que membre du bureau confédéral, Michel Warcholak fut également chargé de suivre la Fédération des Finances, en conflit avec l’Union générale des fédérations de Fonctionnaires (UGFF) et contestant les orientations de la confédération (voir notamment les notices de Pierre Jévodan et René Bidouze). Dès 1975, il fut également chargé de la mise en place des comités régionaux de la CGT, qui restèrent sous sa responsabilité jusqu’en 1985.

Lors du Comité confédéral national des 11-14 juin 1991, alors qu’il s’apprêtait à quitter ses fonctions de secrétaire général, Henri Krasucki présenta un rapport qui dressait le bilan critique de la dernière décennie. Il stigmatisait notamment les dirigeants qui « se considèrent encore mission dans la CGT. Gardiens d’une orthodoxie, entre guillemets, étrangère à la CGT. » La formule ne manqua pas d’être comprise comme une pique adressée, entre autres, à Michel Warcholak. Dans la perspective du XLIVe congrès de la CGT (Montreuil, janvier 1992) ce dernier s’était déclaré « en capacité de faire encore un mandat », mais cette hypothèse ne reçut pas le soutien de la majorité du bureau confédéral sortant. Michel Warcholak annonça donc son retrait à la commission exécutive. Il continua d’adhérer à la CGT jusqu’à son décès, mais en 2015, il n’était plus adhérent du PCF.

Le 31 décembre 1954, Michel Warcholak avait épousé Lydie Brunel, née en 1932, secrétaire, fille d’un artisan tourneur qui fut conseiller municipal et premier adjoint communiste de Garges-lès-Gonnesse. Ils s’établirent alors à Stains, où ils résidèrent jusqu’à leur décès. Lydie Warcholak fut militante du Parti communiste et, à sa mort en avril 2012, elle faisait partie des vétérans du PCF. Le couple eut un fils et une fille.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article183596, notice WARCHOLAK Michel par Paul Boulland, version mise en ligne le 7 septembre 2016, dernière modification le 7 septembre 2016.

Par Paul Boulland

SOURCES : Arch. IHS CGT. — Arch. du Comité national du PCF. — Le Monde. — L’Humanité. — D. Labbé, La CGT : organisation et audience, 1945-1995. Documents, IEP de Grenoble, 1995. — G. Quenel, Étude sur l’entrée en double appartenance dans les directions du PCF et de la CGT de 1981 à 2001. Entretiens avec les intéressés, janvier 2012. — IHS CGT, notice biographique établie par Jeanine Marest (17 décembre 2015). — État civil.

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