Né en 1902 à Bao’an (Shenxi) ; tué en 1936. Organisateur avec Gao Gang de la guérilla rurale dans le Shenxi et co-fondateur de la « base » où les fuyards de la Longue Marche trouvèrent refuge en 1936. Depuis l’élimination de Gao Gang (en 1954), les historiens du P.C.C. tendent à lui attribuer — indûment — tous les mérites de la guérilla rurale en Chine du Nord.

Ce fils de paysans moyens subit au cours de ses études secondaires l’influence de Wei Hechu, ancien collègue de Li Dazhao (李大釗), qui le fit adhérer aux Jeunesses socialistes en 1924 et au P.C.C. l’année suivante. Il quitta alors sa province natale pour entrer à l’Académie militaire de Huangpu (Whampoa) (voir Blücher). En 1926, Feng Yuxiang, maître du Shenxi, ayant choisi de s’allier à Moscou et au G.M.D. contre les seigneurs de la guerre du Nord-Est et du Centre, les nationalistes lui fournirent un certain nombre de conseillers politiques et militaires. Liu devint ainsi chef de la section politique de la 4e Armée de route de la Guominjun (l’Armée de Feng, dite Armée nationale). Il fut en même temps nommé à l’Académie militaire et politique Zhongshan, où il eut pour collègue Deng Xiaoping (鄧小平) et pour élève Gao Gang (高崗). Comme son modèle à Huangpu, l’Académie Zhongshan ne tarda pas à passer sous l’influence des communistes, ce qui entraîna une violente réaction de la part de Feng, qui rompit avec le G.M.D. de gauche à l’été 1927. Liu Zhidan et Gao Gang furent chassés de l’Académie en même temps qu’une cinquantaine de cadres. Ils se mirent aussitôt à rassembler une petite troupe de « partisans » afin d’organiser la résistance. Au sud du Yangzi, de nombreux dirigeants paysans faisaient une découverte identique : celle de la guérilla rurale. Mais Liu et Gao Gang étaient encore plus isolés qu’un Mao Tse-tung (毛澤東), qu’un Xu Haidong (徐海東) ou qu’un Fang Zhimin (方志敏). En avril 1928, Liu, assisté de Gao Gang, prit la tête d’un soulèvement dans les deux xian de Wei Nan et Hua Xin, à l’est de Xi’an : Feng Yuxiang eut rapidement raison du demi-millier de paysans et de soldats qu’ils avaient mobilisés. Le soulèvement de Wei-Hua est considéré comme le point de départ de la guérilla rurale en Chine du Nord.
Après avoir fait retraite en direction du nord-ouest, Liu Zhidan et Gao Gang parvinrent à renverser le secrétaire du comité spécial du P.C.C. pour le Shenxi septentrional, opposé à la stratégie des soulèvements armés. Avec leurs maigres forces basées dans le xian de Bao’an, ils lancèrent plusieurs attaques en direction de la région centrale du Shenxi, cherchant moins à vaincre l’ennemi qu’à le harceler et à gagner le soutien des paysans : c’était, la réussite en moins, la « guerre révolutionnaire » telle que la pratiquaient Mao Tse-tung et Zhu De (朱德) dans le Jiangxi. Liu Zhidan et Gao Gang cherchèrent souvent à opérer dans des régions différentes, mais l’insuccès de la guérilla les contraignit à réunir leurs forces pour faire face aux contre-offensives ennemies. Liu bénéficiait d’un atout non négligeable car, membre de la société secrète des Aînés et des Anciens (Gelaohui) — l’une des forces politiques les plus influentes dans le Shenxi d’après 1911 —, il disposait non seulement d’un réseau parallèle d’information et de protection, mais d’un accès direct aux villages, beaucoup plus efficace auprès des paysans que la propagande communiste. En juillet 1936, lors de son célèbre appel aux Gelaohui, Mao Tse-tung ne se fit pas faute de mentionner le précédent et l’exemple de Liu Zhidan (sur ce rôle des sociétés secrètes, voir Lou Baixun (婁白循), dans le contexte du Henan).
A la suite de l’invasion japonaise en Mandchourie (1931), Liu Zhidan mit sur pied une « Armée alliée anti-impérialiste du Nord-Ouest » ; Gao Gang était son commissaire politique. A la fin de l’année suivante, l’Armée anti-impérialiste devint la 26e Armée rouge, tandis que s’esquissait une « base rouge » dans le centre du Shenxi. Liu Zhidan y fut de nouveau vaincu et trouva refuge auprès de Gao Gang qui s’était séparé de la 26e Armée et avait regagné le nord de la province. Les deux hommes réorganisèrent la 26e Armée, forte maintenant de plus de mille hommes, qu’ils mirent sous les ordres du Comité révolutionnaire de la région-frontière Shenxi-Gansu, constitué par Xi Zhongxun (février 1934). Liu Zhidan dirigeait le comité militaire. En janvier 1935, le premier congrès du soviet du Shenxi septentrional décida la création, à Anding, d’un gouvernement soviétique « provisoire », dirigé par Ma Mingfan : Liu Zhidan et Gao Gang furent nommés à la vice-présidence de son comité militaire. Une grande opération en direction du Gansu échoua mais Liu et Gao Gang réussirent à arrêter « au-delà des portes » les offensives montées par Nankin en 1934 et 1935 : le soviet faisait ainsi la preuve de sa solidité et c’est une base déjà bien organisée et militairement sûre qu’atteignirent, en septembre 1935, les premiers éléments de l’Armée rouge au terme de la Longue Marche.
Avant de mourir au combat au printemps 1936, Liu Zhidan (ainsi que Gao Gang) fit l’expérience amère des « cadres locaux » dépossédés par les « cadres venus de l’extérieur ». En août 1935, à peine arrivés au Q.G. de la base du Shanbei (Shenxi-Nord), des membres « avancés » du C.C. firent emprisonner les dirigeants locaux pour « déviationnisme ». Épisode mystérieux (mais assez fréquent : voir dans des circonstances différentes, le cas de Fang Fang au Guangdong), rapidement (et heureusement) dénoué par l’arrivée de Mao Tse-tung. Après la disparition de Liu Zhidan, Gao Gang sut exploiter le ressentiment suscité par la maladresse de ces nouveaux venus qui s’étaient comportés comme des parvenus. Bao’an, xian natal de Liu, fut rebaptisé Zhidan xian par ses nouveaux maîtres : geste de propagande ou bien hommage du maoïsme « éternel » à l’un de ses meilleurs praticiens ?

SOURCES : Outre KC, voir les études de Mark Selden sur la guérilla paysanne et la création du pouvoir soviétique en Chine du Nord (citées à Gao Gang). — Dong Junlun, Liu Zhidan de gushi (Histoire de Liu Zhidan), 1955, est un récit hagiographique déformé et enflé par la nécessité de noircir Gao après sa destitution.

Yves Chevrier et Jacques Manent

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