Né à Taichang (Jiangsu) en 1908. Dirigeant du puissant Syndicat des postiers qui est, après avril 1927, l’une des bases principales du G-M.D. en milieu ouvrier.

Lu Jingshi fait ses études au Collège juridique de Shanghai où il se lie d’amitié avec Zhu Xuefan (朱學範). Il entre à la Poste centrale de Shanghai comme employé de deuxième classe. Il aide Zhu Xuefan à mettre sur pied le Syndicat des postiers de Shanghai qui compte 1 500 adhérents à la fin de l’année 1926. Ce syndicat suit d’abord une orientation modérée, ses dirigeants étant proches du G.M.D. Lu Jingshi devient secrétaire national du Syndicat général pan-chinois des postiers dont Zhu Xuefan est secrétaire général et qui tient son premier congrès à Wuhan en mars 1927. A la même époque, le Syndicat des postiers de Shanghai se radicalise et les uniformes verts des postiers sont nombreux lors des combats qui se déroulent pendant les insurrections ouvrières de février et de mars 1927. Mais l’événement décisif pour la carrière de Lu Jingshi est d’avoir été distingué, ainsi que Zhu Xuefan, par le nouveau maître des bas-fonds de Shanghai, le chef de la Bande Verte (qing bang), Du Yuesheng (voir Zhu Xuefan).
Après quelques mois d’incertitude consécutifs au 12 avril 1927, Lu Jingshi reparaît au premier plan parmi les responsables des syndicats « réorganisés » par les soins du G.M.D. et des groupes terroristes de droite. Dès le printemps 1928, il est à nouveau à la tête du Syndicat des postiers de Shanghai, duquel les militants communistes ou supposés tels ont été éliminés. Dans l’ambiance trouble des luttes pour le pouvoir au sein du G.M.D., Lu Jingshi semble jouer un rôle complexe qui le met en rapport avec les « réorganisateurs » groupés autour de Wang Jingwei (汪精衛) et de Chen Gongbo (陳公博). Peut-être cette attitude traduit-elle aussi la volonté de Du Yuesheng de mettre Shanghai à l’abri d’un contrôle trop étroit par Nankin ? En outre, le Syndicat des postiers, comme les six autres « grands syndicats » de Shanghai (voir Chen Peide (陳培德)), héritiers de syndicats où l’influence communiste en 1926-1927 avait été forte, doit manifester une certaine combativité afin de maintenir son influence parmi les ouvriers. Toujours est-il que le 2 octobre 1928 éclate une grève des postiers de Shanghai, massivement suivie et immédiatement soutenue par les plus importants syndicats de la grande cité. Elle est brisée par l’armée et la police dès le 5 octobre, Nankin prêtant main-forte aux autorités de la Concession internationale. Lu Jingshi doit aller négocier le 15 octobre à Nankin : on menace de l’exclure du G.M.D., ce qui lui vaut des commentaires ironiques dans le journal clandestin des syndicats rouges, Zhongguo gongren (L’Ouvrier chinois). Il parvient néanmoins à obtenir une faible augmentation de salaires pour les postiers et reprend sa carrière avec assurance.
Le 1er mai 1929, il est un des quinze dirigeants syndicaux choisis par Nankin pour mettre sur pied un « comité préparatoire pour un syndicat général de Shanghai ». Le 1er juillet 1929, le comité exécutif dudit comité est nommé : Lu Jingshi en est membre. Désormais, ses rapports avec le Bureau des affaires sociales de la municipalité du Grand Shanghai et son principal responsable, Pan Gongchan (membre de la « clique du C.C. »), sont fort étroits : il est devenu l’une des figures essentielles du G.M.D. local, en même temps qu’un « patron » à l’ombre duquel prospèrent les « labour bosses » liés au nationalisme (voir Zhou Xuexiang). Toujours associé à Zhu Xuefan et appuyé par Du Yuesheng, il demeure pendant toute la période qui précède la guerre sino-japonaise secrétaire national du Syndicat des postiers et responsable du Syndicat général de Shanghai. Aussi devient-il l’un des secrétaires nationaux de l’Association chinoise du travail créée en 1935 par Zhu Xuefan.
A partir de la guerre sino-japonaise, Lu Jingshi accroît ses activités politiques au plan national tout en consolidant dès la défaite japonaise sa base politico-syndicale shanghaïenne. Sa carrière se déroule sur trois niveaux. Au niveau politique officiel il accumule les responsabilités dès son séjour à Chungking (capitale de guerre du G.M.D.), et les confirme à son retour à Shanghai. Il est ainsi directeur du Département d’organisation et d’éducation du ministère des Affaires sociales et vice-directeur du Bureau du Guomingdang pour le mouvement ouvrier et paysan, où il est le lieutenant de Ma Chaojun (馬超俊). En 1947 il remplace son ancien ami Zhu Xuefan, qui se rapproche des communistes, à la tête de l’Association chinoise du travail. Un deuxième niveau, plus original, apparaît durant la guerre : de journaliste occasionnel du fait de ses responsabilités (ainsi dans les publications du ministère des Affaires sociales : le Shehui gongzuo tongxun (Informations sur les activités sociales) et le Shehui jianshe (Journal de la reconstruction sociale), il devient un patron de la presse shanghaïenne. Il dirige une agence de presse, le Dagong tongxunshe, et lance divers journaux dont, en 1946, le Li Bao. Influent dans les milieux syndicaux, ce quotidien cherche à diffuser parmi les ouvriers une idéologie favorable au régime de Nankin.
Ce modernisme apparent dans les moyens d’intervention de Lu Jingshi ne doit pas occulter le troisième niveau de ses activités : celui, fort traditionnel, des sociétés secrètes. Il est vrai que, sous le Guomindang, sociétés secrètes urbaines et police politique du général Dai Li s’interpénètrent en un ensemble d’une assez fâcheuse modernité... Dès l’automne 1937, Lu Jingshi est l’un des organisateurs des guérillas anti-japonaises dans la région de Pudong mises en place par Du Yuesheng. Le contact n’est jamais tout à fait rompu avec Shanghai durant la guerre et, dès août 1945, Lu Jingshi est à la tête d’une « armée patriotique loyaliste des ouvriers de Shanghai » (Shanghaishi gongren zhongyi jiuguo jun), placée sous les ordres directs de Dai Li. Un des consuls américains, dans un rapport (n° 35) du 4 décembre 1945, y voit « une organisation dont on peut présumer qu’elle a été préparée à résister aux tentatives communistes pour s’emparer de Shanghai ». Par la suite, à partir notamment de la « Société pour le bien-être des ouvriers de Shanghai » (Fulishe) et des diverses institutions d’éducation ouvrière du Guomindang qu’il dirige, Lu Jingshi, d’après le consul britannique Hunt, forme « des agents spéciaux pour contrôler tous les syndicats de Shanghai ». Clôturant un stage de formation de cadres syndicaux en septembre 1947, Lu Jingshi déclare nettement que les tâches des nouveaux diplômés consistent essentiellement à « découvrir et dénoncer les membres du parti réactionnaire ».
En 1947-1948, Lu Jingshi est devenu un des ennemis les plus efficaces des communistes. Aussi Zhu Xuefan le dénonce-t-il du haut de la tribune du congrès du Syndicat général pan-chinois réuni à Harbin en août 1948 comme « le chef des agents du Guomindang traîtres à la classe ouvrière ». La publication pro-communiste clandestine Laogong tongxun (Informations ouvrières) — n° 26 du 31 mars 1949 — consacre sa page 4 tout entière à une biographie extrêmement sévère de Lu Jingshi, quelques semaines seulement avant la libération de Shanghai. Ayant fui à Taiwan, il est en 1952 Président du Syndicat ouvrier de la Chine libre. Il consacre une partie de ses loisirs à préfacer une biographie consacrée à son maître Du Yuesheng.

ŒUVRE : Voir notamment la préface à la biographie de Du Yuesheng (Du Yuesheng zhuan) par Zhang Jungu (Taibei, 1962).

SOURCES : Outre BH (biographie de Chu Hsueh-fan/Zhu Xuefan/), voir : Perleberg (1954). — Roux (1970). — Zhu Xuefan (1948), p. 377. — FO/371/69592, Labor report n° 6 du consul Hunt. — Shanghaishi laogong nianjian (Annuaire du travail de Shanghai, 1948) p. 117 et 118 (biographie officielle et photographie). — Laogong tongxun, n° 26, 31 mars 1949 (consulté aux Archives municipales de Shanghai).

Alain Roux

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