Né à Huizhou, Guangdong, en 1893 ; exécuté par les forces du G.M.D. à Shanghai en 1931. L’un des principaux dirigeants du mouvement paysan dans le Guangdong de 1924 à 1927 avec Peng Pai, qu’il remplace en 1929 à la tête du Département paysan du P.C.C. Membre du C.C. du P.C.C. à partir du Ve congrès, avril-mai 1927.

Comme beaucoup des chefs historiques du mouvement paysan, Luo Qiyuan était fils d’un riche propriétaire foncier. Membre, avec Ruan Xiaoxian (阮嘨仙), de la Ligue de la Jeunesse socialiste (future L.J.C.) du Guangdong dès l’hiver 1920-1921, il fit partie, avec Ruan et Peng Pai (澎湃), du petit noyau d’organisateurs communistes qui tentaient de mobiliser les paysans du Guangdong. Son expérience lui valut, en 1924 et l’année suivante, de diriger l’institut des cadres du mouvement paysan pour les 2e et 5e promotions. En 1925, il organisa le premier congrès de l’Association paysanne provinciale du Guangdong. Successeur de Peng Pai au secrétariat du Département paysan du G.M.D. jusqu’au « coup du mars » 1926 (voir Borodine) qui le contraignit à se réfugier à Haifeng, il prit part au noyautage de l’appareil nationaliste par les communistes. Toutefois, il ne parvient pas mieux que Peng à organiser au sein du G.M.D. un « comité paysan secret » qui eût permis au P.C.C. d’exercer son influence sans encourir les reproches de la droite. En revanche, le trio Peng-Luo-Ruan sut tenir en main la fédération des associations paysannes provinciales. Mais cette réussite organisationnelle à petite échelle ne put empêcher le débordement général consécutif à l’Expédition du Nord à partir de l’automne 1926, ni surtout l’écrasement militaire du mouvement paysan. Confiants dans le pouvoir en principe ami du G.M.D., les devanciers de Mao Tse-tung (毛澤東) avaient omis de doter la stratégie rurale qu’ils mettaient sur pied du nécessaire prolongement militaire. Les crises de 1926-1927 les incitèrent à combler cette lacune, mais ici encore à petite échelle et en ordre dispersé. Tandis que Peng Pai faisait l’expérience complète de la militarisation et de la territorialisation avec la zone soviétique de Hailufeng dans la région de la Rivière de l’Est, Luo dut se contenter d’initiatives plus modestes dans celle de la Rivière du Nord.
Ces initiatives de Luo datent du printemps 1926, époque à laquelle il créa un cours d’entraînement pour l’Armée paysanne à Gugong. Parallèle à celles d’un Li Laogong (李勞工) ou d’un Lin Daowen (林道文), cette tentative se heurta aux mêmes difficultés : Luo dut « confisquer » quelque argent aux temples voisins afin d’acheter des armes. Il put former quelques dizaines d’officiers paysans. Au printemps suivant, son Armée paysanne fut seule à s’opposer à Li Jishen, maître de Canton, en dehors des forces de Hailufeng. En avril 1927, il remplaça Chen Yannian (陳延年)au comité provincial du P.C.C. et prit la tête des milices paysannes de la province tout en s’opposant, comme Peng Pai, à la politique agraire modérée de Borodine lors du Ve congrès du P.C.C. (qui le porta au C.C.). Les milices paysannes furent rapidement décimées. Luo, qui n’avait pu opérer la jonction de ses dernières forces avec celles de Peng Pai, ne réussit à amener en tout et pour tout que cinq cents paysans en renfort aux insurgés de la Commune de Canton (voir Zhang Tailei (張太雷)). S’il n’a pas participé au Soviet de Hailufeng, Luo a défendu et magnifié l’expérience par la plume, en combattant les rumeurs hostiles au soviet, en vantant l’enthousiasme des jeunes et la combativité des paysannes et en demandant l’extension de la révolution agraire à toute la région de la Rivière de l’Est, afin de consolider la base de Haifeng. Au début de l’année 1928, Luo — qui venait d’annoncer publiquement que l’année serait révolutionnaire et « féconde pour la révolution chinoise dirigée par le P.C.C. » — dut abandonner le terrain et se réfugier à Shanghai. En 1929, il prit la succession de Peng au Département paysan du P.C.C. Arrêté en 1931, Luo aurait, selon le trotskyste Wang Fanxi incarcéré avec lui dans la prison de Longhua, abjuré sa foi et trahi avant d’être fusillé.

ŒUVRE : De nombreux articles de Luo Qiyuan, presque tous relatifs au mouvement paysan, ont paru dans Zhongguo nongmin (Le Paysan chinois) n° 1 (janvier 1926), 2 (février 1926), 1 6-7 (juillet 1926) et 9 (novembre 1926) ; Litou zhoubao (Le Soc) (21 juillet 1926, 4 août 1926, 23 septembre 1926, 19 novembre 1926, 15 décembre 1926, 7 janvier 1927) et Bu’erse weike (Le Bolchevik) n° 1/17 (13 février 1928) et 1/18 (20 février 1928).

SOURCES : Outre BH, voir : Galbiati (1981). — Hofheinz (1977). — Wang Fan-hsi (Fanxi) (1980).

Yves Chevrier

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