Né le 27 mai 1896 à Tongxiang, Zhejiang, mort en 1981 ; essayiste et romancier, membre de la Ligue des écrivains de gauche, ancien ministre de la Culture de la R.P.C. et président de l’Association des écrivains chinois.

Mao Dun demeure l’une des figures de proue de la littérature chinoise contemporaine et pour beaucoup l’égal de Lu Xun (魯迅). Son engagement politique est sans équivoque. L’écrivain révolutionnaire a cependant traversé maints orages, ses choix et ses alliances lui ont souvent attiré les foudres du Parti. Cela explique à la fois le prestige dont jouit encore l’auteur de Minuit mais aussi le relatif effacement de sa carrière politique en R.P.C., surtout après 1965.
Shen Yanbing, issu d’un milieu de lettrés modernistes, reçoit à Hangzhou une éducation traditionnelle avant d’entreprendre des études d’ingénieur. En 1918 des difficultés financières le contraignent à quitter l’Université de Nankin pour entrer aux Presses commerciales de Shanghai comme lecteur. Choix déterminant pour le reste de sa carrière car les Presses diffusaient alors les auteurs occidentaux aussi bien que les écrivains chinois les plus marquants de la révolution littéraire. Shen est par ce biais amené à participer au mouvement du 4 mai 1919. Il fonde l’année suivante une Société de recherches littéraires (Wenxue yanjiu hui) qui se donne pour objectif de promouvoir la nouvelle littérature chinoise. Dans le Xiaoshuo yuebao (Mensuel du roman), revue de la Société que dirige Shen, l’accent est systématiquement mis sur la recherche du réalisme : « l’Art pour la vie ». Le choix des modèles — Dickens, Tchékhov, Zola — est à ce titre révélateur. A partir de 1922 l’écrivain s’oriente vers l’action révolutionnaire. Il quitte la direction de la revue pour enseigner à l’Université de Shanghai (Shangda), où il entre en contact avec les cadres du P.C.C (voir Qu Qiubai (瞿秋白)). Sur son adhésion au Parti, contestée par de nombreuses sources, les détails nous manquent. Il semble bien pourtant que comme son frère cadet, Shen Zemin (沈澤民), Shen Yanbing ait franchi ce pas dès cette époque. Il est secrétaire de la section shanghaïenne du Parti (shiwei) avant 1924, date à laquelle Han Baihua (韓白華) le remplace (interview de Peng Shuzhi). L’administration du secrétaire Shen Yanbing aurait laissé à désirer... En 1925, il adhère au G.M.D., et est affecté au Département de la propagande pendant l’Expédition du Nord (Beifa). La rupture du Front uni en avril 1927 le contraint à prendre refuge dans les bas-fonds de Shanghai. Shen Yanbing devient Mao Dun : en chinois, « contradiction ».
C’est dans ce climat que paraît la première œuvre majeure de l’écrivain. La trilogie Shi (Éclipse), composée entre 1927 et 1930, s’inspire de ses expériences pendant la Beifa. Bien reçue par les milieux littéraires et dans le grand public, l’œuvre est cependant critiquée par le P.C.C. pour son hostilité à 1’« esprit prolétarien ». Première polémique entre l’écrivain et le Parti. Le portrait de la société chinoise qu’y brosse Mao Dun met moins en valeur les forces révolutionnaires que la bourgeoisie capitaliste, alors triomphante. Le P.C.C. reproche à Mao Dun son « pessimisme ». Son chef-d’œuvre, Minuit (Ziye), qui paraît en 1933, est l’illustration parfaite de ce débat : une étude à la Zola de la vie à Shanghai pendant la dépression et des luttes entre patrons et syndicats. L’auteur, dans sa préface, regrette de n’avoir su « faire des révolutionnaires les héros de son livre », incapacité qu’il attribue à la censure officielle mais qu’on peut mettre au crédit de sa vision réaliste des faits : que restait-il en effet des forces de la révolution à Shanghai entre 1927 et 1930 ? Tsi-an Hsia op. cit., p. 173) souligne en ce sens la nette supériorité de Minuit sur le roman de Ding Ling (丁玲), Shanghai, Été 1930 qui, dans le même contexte, fait tenir au P.C.C. le haut du pavé.
Entre-temps, en février 1930, Mao Dun est entré à la Ligue des écrivains de gauche fondée par Lu Xun et au sein de laquelle le P.C.C. prend une importance croissante. La polémique littéraire qui oppose Zhou Yang (周揚) au groupe Lu Xun-Mao Dun-Hu Feng (胡風) reprend quelques années plus tard. Deux slogans s’affrontent : « Littérature pour la défense nationale » (Zhou Yang) et « Littérature populaire pour la lutte nationale révolutionnaire » (Hu Feng). Mao Dun, après avoir hésité quelque temps, choisit d’adopter les positions anti-autoritaristes de la seconde ligne. Ce conflit ne devait connaître son véritable dénouement qu’au milieu des années 1950, bien que le forum littéraire de Yan’an, en 1942, ait consacré la victoire de la ligne Zhou Yang. La Guerre de Résistance, Mao Dun la passe comme enseignant à l’Université du Xinjiang, puis à Chungking comme membre du comité de travail culturel dirigé par Guo Moruo (郭沫若). Après la capitulation japonaise, il se consacre aux publications de la Ligue Démocratique. Contraint de se réfugier un moment à Hong Kong après la dissolution de la Ligue par le G.M.D., il est de retour à Pékin en 1949. On le nomme président de l’Association pan-chinoise des travailleurs littéraires et artistiques, devenue en 1953 l’Association des écrivains chinois. II reçoit également la direction du ministère de la Culture, poste qu’il conserve jusqu’en 1964. Député du Shandong à l’A.N.P., actif au sein de diverses organisations de masse, Mao Dun a fréquemment représenté le Comité chinois pour la Paix lors de conférences internationales. L’écrivain n’a rien publié depuis 1949. Attaqué à plusieurs reprises pour « subjectivisme » en 1951 et 1957, il a su toutefois se tirer sans grand dommage de toutes les campagnes de critique, prenant parfois position contre d’anciens compagnons de route, tel Hu Feng en 1955. Après avoir abandonné ses fonctions en 1966, Mao Dun a récupéré en 1973 la vice-présidence de la C.P.C.P.C. qui lui avait été attribuée en 1965. Malgré l’âge, sa position s’est encore élevée : il a retrouvé la présidence de l’Association des écrivains en 1979 et a été nommé président honoraire de la Fédération des milieux littéraires et artistiques ; sa mort (27 mars 1981) a été l’occasion de funérailles imposantes.

ŒUVRE : Les Mao Dun wenji (Œuvres de Mao Dun, Pékin 1958, 8 vol.) rassemblent la totalité des romans, essais et traductions de Shen Yanbing. Romans traduits en français : Les vers à soie du Printemps (Chun can, 1932), Minuit (Ziye, 1933) et L’Arc-en-ciel (1930) (nouvelle traduction, Paris : Acropole, 1981).

SOURCES : Outre BH, voir : Bartke (1981). — Merle Goldman (1967). — C.T. Hsia (1961). — T.A. Hsia (1968) et l’interview de Peng Shuzhi (biographie de Han Baihua).

Jacques Manent

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