Né en 1899 à Zhangzhou (Jiangsu) ; fusillé le 18 juin 1935. Théoricien marxiste, successeur éphémère de Chen Duxiu à la tête du P.C.C. (été 1927-été 1928), responsable è ce titre de la première « déviation de gauche » des annales officielles. Réhabilité en mars 1980 en même temps que Liu Shaoqi et Li Lisan.

Le grand-père de Qu Qiubai avait été gouverneur du Hubei ; opiomane invétéré, contempteur des devoirs publics et des vertus domestiques, son père, réfugié dans l’occultisme taoïste, subsiste en vendant les trésors familiaux ; sa mère, injustement critiquée par le clan, se suicide en 1915. A quinze ans, le jeune Qu interrompt ses études secondaires afin de subvenir aux besoins de ses frères et sœurs. Il trouve refuge chez des cousins puis se rend à Pékin. L’inscription à l’Université (Beida) est de courte durée : il est incapable d’acquitter les droits. Recalé à l’examen de la fonction publique, il est admis en 1917 au Collège de langue russe destiné à former (gratuitement) diplomates et employés pour le service du Chemin de fer de l’Est chinois. Une passion durable pour la littérature et le bouddhisme — l’introspection et la contemplation — s’élève dans son âme tourmentée : elle retarde d’autant son éveil politique. Il n’en subit pas moins l’influence patriotique, révolutionnaire et occidentalisante du mouvement pour la nouvelle culture qui précède le 4 mai 1919 (voir Chen Duxiu (陳獨秀), Li Dazhao (李大釗)). Manifestant dans la rue le jour même du grand événement, il est arrêté et passe trois jours en prison.
Au cours des années suivantes, la destinée et les activités de Qu Qiubai se fondent dans le creuset commun à toute la génération du 4 mai. S’il n’abandonne pas un monde intérieur particulièrement riche et complexe, il conçoit les tragédies de son enfance et de sa famille comme l’écho assourdi d’un drame collectif : celui du déclin chinois. Et comme celles d’un Chen Duxiu et de bien des héros mis en scène par la littérature du 4 mai, ces raisons individuelles précipitent sa radicalisation politique. Animateur d’une revue (Xin Shehui, La Nouvelle société) fondée en novembre 1919, il détermine une évolution socialisante qui aliène bientôt les mécènes (le Y.M.C.A. !) et conduit à l’interdiction de la publication (avril 1920). A cette date, Qu fréquente assidûment le petit cercle des marxistes pékinois réunis autour de Li Dazhao. Zhang Tailei (張太雷), un ancien condisciple avec lequel il se livre au passe-temps favori des illuminés de l’après-quatre mai : reconstruire le monde en y donnant une meilleure place à la Chine, conforte son inclination pour la révolution. Aussi lorsque Qu entreprend de donnera un successeur à Xin Shehui (sans fonds protestants cette fois), choisit-il un titre révolutionnaire et français : L’Humanité. A ce stade, nombre de ses futurs camarades franchissent le cap de l’adhésion au communisme et du militantisme ouvrier. Mais un événement fortuit allonge l’itinéraire de Qu. Engagé par le Chenbao (Le Matin) sur la recommandation (probable) de Li Dazhao, il devient le correspondant à Moscou du grand journal pékinois. Ses nouveaux employeurs lui offrent un traitement annuel de 2 000 dollars (chinois) — à comparer avec les 72 dollars (de même monnaie) qu’il avait gagnés en faisant lai classe à Wuxi : il se laisse tenter...
Qu’un séjour dans la « capitale rouge » au cœur de la révolution bolchevique perturbe une conversion communiste déjà bien engagée à Pékin, c’est là le paradoxe de Qu Qiubai. Car il ne s’agit pas du paradoxe romantique de la désillusion ou de la révélation dégrisante qui allait doucher bien des idéalismes : jouissant du privilège inimaginable de l’expérience alors que tant d’émules du 4 mai doivent se contenter d’admirer et d’imiter à distance sans même avoir la ressource linguistique d’un contact direct avec les textes, Qu n’en retire ni enthousiasme excessif, ni incrédulité. Ce qu’il découvre n’est pas un manque de certitude mais une profusion de certitudes partielles, une incertaine confusion du sentiment : la contradiction qui est sa condition. Remettant en question non pas telle ou telle formule politique mais le rapport au politique de Qu Qiubai lui-même, cette contradiction fait de lui (suivant Tsi-an Hsia, l’excellent biographe des années de jeunesse) le type même du « communiste au cœur tendre », partagé entre une subjectivité exigeante mais excessive, confuse et désabusée, et le monde objectif de la vocation révolutionnaire, plus pauvre mais plus exaltant. Ces deux postulations, Qu les cultive tour à tour pendant les deux années que dure son premier séjour moscovite (fin 1920-décembre 1922). Plus longuement occupé à la quête de son propre moi qu’à s’enquérir de la révolution, il sacrifie à une sorte d’égotisme dolent, jalousement consigné dans deux volumes de souvenirs où les états d’âme l’emportent nettement et régulièrement — comme une houle — sur l’analyse historique et la description des faits.
Certes, Voyage au pays de la faim (Exiang jicheng) et Histoire d’une âme dans la capitale rouge (Chidu xinshi) paient leur dû à l’importance de l’endroit, à la signification de l’événement... et à la rhétorique du 4 mai : Qu se conçoit au centre du monde, au lieu même où les cultures d’Orient et d’Occident s’unissent dans la révolution mondiale. Mais il considère plus volontiers les épreuves physiques et les souffrances morales que lui vaut cette vérité (en même temps qu’à toute la population russe ) — la faim, le froid, la maladie, l’angoisse — comme les étapes initiatiques d’une quête métaphysique : comme un métaphorique voyage « au pays de la faim » spirituelle, qui l’éloigne des certitudes charmantes mais trompeuses du « Pays de la douceur obscure » — la Chine ou l’innocence matricielle [1]. Sans doute Qu avait-il prévu qu’un troisième volet rétablirait l’équilibre en évoquant sur le mode exemplaire le « monde réel » du socialisme soviétique ; mais perdu ou jamais écrit, ce volume « objectif » manquant à la trilogie dénude ce que la pudeur communiste tient d’ordinaire caché. Par la suite, Qu Qiubai tentera d’ensevelir ce cœur palpitant et bavard sous un monceau de textes impersonnels — pamphlets, traductions, essais, manuels, s’efforçant de devenir le militant de pierre sous les traits impassibles duquel le romancier Jiang Guangci (蔣光慈), qui était son ami à Shanghai, l’a dépeint dans le Parti des sans-culottes. Mais c’est au Kyo Gisors de Malraux qu’il ressemble, plus que Zhou Enlai (周恩來), le modèle supposé de Kyo, dont le monde intérieur est demeuré obstinément clos. Ce qui distingue les Qu Qiubai et les Chen Duxiu, c’est l’irrésistible besoin de se livrer. Condamné à mort en 1935, Qu Qiubai explore à nouveau ce no man’s land. Reprenant le thème cher à Tourgueniev des « hommes de trop » (les intellectuels, que leur individualisme isole comme autant de parasites dans la société bourgeoise), thème qu’il avait cultivé dans sa jeunesse, il intitule « Paroles superflues » (ou « de trop » : Duoyu de hua) ces Confessions. Estime-t-il que son engagement lui-même a été superflu (interprétation conventionnelle) ? Ou bien, ruse suprême suivant la lecture d’A. Roux, l’engagement collectif est-il proclamé, au nez et à la barbe des censeurs, comme la seule voie de salut ? Toujours est-il qu’il faut concevoir deux Qu Qiubai : l’écrivain rentré, le révolutionnaire achevé.
Ces débuts et ces détours confinent à la perdition : la Révolution culturelle, qui les a condamnés, ne s’y est pas trompée ! Ils surprendront ceux qui ne retiennent du personnage que l’aventurier « putschiste » et gauchisant naguère dénoncé par l’histoire officielle. Le donquichottisme de 1927 est-il la revanche de l’autre Qu Qiubai sur le révolutionnaire ? L’épisode n’a de romantique que l’apparence. Il trahit plutôt l’inexpérience du professionnel et l’ambition d’un dirigeant que les circonstances ont porté à la tête du parti. Solidaire d’un projet, cette ambition résume toute la carrière de l’homme — et toute la première époque du communisme chinois : transposer en Chine l’expérience de la révolution bolchevique.
Cette carrière commence à Moscou lorsque souffrant et conscient d’être inférieur à son métier de journaliste, Qu Qiubai renonce à travailler pour Chenbao et envisage de rentrer en Chine (septembre 1921). L’Université communiste des travailleurs de l’Orient (voir Peng Shuzhi (彭述之)) l’incite à rester en qualité de professeur de russe et d’interprète. Bien que la tuberculose dévaste son corps amaigri par les privations du terrible hiver 1921-1922, Qu se met à la tâche. Son nouveau métier l’oblige à pénétrer les arcanes du marxisme-léninisme. Pris au jeu, il y gagne une connaissance passable de la doctrine, fondée sur les ouvrages didactiques de N. Boukharine. Cette initiation est assez exceptionnelle dans l’univers fort peu sophistiqué du premier marxisme chinois pour que Qu y ait fait figure de théoricien « éminent ». Après avoir assisté au Ier congrès des Travailleurs de l’Orient (régalant à l’occasion les autres délégués chinois d’un plat de pommes de terre, il leur parle de la « cité de la faim »), il adhère au P.C.C. (en février 1922 suivant la tradition officielle). Ayant quitté Moscou au moment du IVe congrès de l’I.C. (décembre 1922), il rentre en Chine en janvier 1923, laissant derrière lui le seul autre membre du P.C.C. capable de manie-, correctement la langue de Lénine : Peng Shuzhi (彭述之) qui, d’emblée, s’est posé en rival et qui s’acharnera à le faire passer pour un « petit maître », un plagiaire (wenfei, « pilleur de textes »), afin de grandir sa propre stature théorique...
Au cours des années suivantes, la grande œuvre de Qu Qiubai, désormais établi à Shanghai, c’est Shangda, l’Université de Shanghai. Patronnée par le G.M.D. et financée (au moins partiellement) par des subsides nationalistes en provenance de Canton (tout comme l’Université Sun Yat-sen de Moscou), Shangda est fondée en 1923 par les retours de Moscou : à Qu Qiubai se joignent Zhang Tailei, Jiang Guangci et plus tard Peng Shuzhi. Bien que la présidence soit réservée à des Nationalistes en vue (tel Shao Lizi en 1925-1926), le pouvoir effectif appartient aux membres du P.C.C. : Deng Zhongxia (鄧中夏) est le doyen de l’Université, Qu Qiubai dirige la section des Sciences sociales. (Une autre section, littéraire, que Chen Wangdao (陳望道) préside en 1924, rassemble les départements de langues : russe, chinois et anglais où l’écrivain Tian Han (田漢), notamment, s’illustre par des conférences remarquées sur Edgar Poe). Tout en respectant l’équilibre politique et l’orientation patriotique du Front uni, l’Université devient rapidement la première école de cadres communistes établie sur le sol chinois. Jouissant d’un lien privilégié avec les Jeunesses communistes, elle sera l’un des foyers de réflexion sur le problème paysan (voir Yun Daiying (惲代英)). Mais contrairement aux institutions élitistes de Moscou, Shangda (qui dispose d’une école annexe) sait s’ouvrir au-delà du milieu étudiant en formant des militants issus du syndicalisme et des mouvements de masse. Celui du 30 mai 1925 (voir Liu Hua (劉華)) provoque l’intervention de la police. L’Université quitte alors la Concession internationale, et reprend de plus belle. Elle fermera définitivement ses portes après le 12 avril 1927.
Qu rassemble la matière de son enseignement dans des traités fortement teintés de boukharinisme. Mais doctrinaire et pédagogue, il est aussi un dirigeant (membre du comité permanent du C.C.) préoccupé de l’orientation du P.C.C. Par le biais sans doute de Zhang Tailei, secrétaire-interprête de Maring, il est entré dans la coterie de ce dernier, auquel il a prêté main-forte en faveur du Front uni lors du décisif IIIe congrès du P.C.C. (juin 1923). Par la suite, il sera l’un des plus fermes soutiens du Front (avec Li Dazhao, Zhang Tailei et Tan Pingshan (譚平山)). En 1924 il soutient Borodine contre les hésitations de Chen Duxiu, Cai Hesen (蔡和森) et Mao Tse-tung (毛澤東) ; en 1925, il montre que la rencontre entre la stratégie d’union nationale et le mouvement du 30 mai (voir Liu Hua (劉華)) rapproche la révolution chinoise de son modèle russe (1905) en soulevant une puissante dynamique populaire structurée par des alignements de classes. Dès 1923, alors que le communisme chinois des origines et la nouvelle stratégie de Front uni manquaient d’aperçus théoriques et historiques, il avait contribué à forger l’orthodoxie en écrivant pour la revue Qianfeng (L’Avant-garde) deux articles fondamentaux sur le développement du capitalisme en Chine. Comme Rosa Luxemburg et Lénine l’avaient fait pour la Pologne et pour la Russie, il situait la Chine sur l’axe universel du développement économique afin d’assigner à la révolution chinoise ses « tâches objectives » et sa formule sociale. Ce faisant, il rompait avec un éclectisme peu rigoureux, souvent crypto-populiste et moderniste à la fois, issu du 4 mai (voir Cai Hesen, Li Dazhao). Parallèlement, Chen Duxiu donnait les premières analyses de la paysannerie et des classes de la société chinoise, tandis que Maring (sous le pseudonyme de Sun Duo) esquissait les perspectives pratiques de l’alliance P.C.C.-G.M.D. Mais Qianfeng ne survécut pas à sa mission : tirer les conséquences théoriques de la crise ouverte par Maring, ni d’ailleurs au départ de ce dernier. C’est dans les colonnes de Xin Qingnian (La Jeunesse) que Qu Qiubai veille à la bonne tenue du débat théorique sur le Front qui s’ouvre dès 1924 à partir des thèmes, du langage même qu’il a contribué à énoncer en 1923 et qui ne varieront plus guère par la suite, y compris sous la plume de Mao Tse-tung. Il dirige en effet la revue fondée en 1915 par Chen Duxiu (et devenue communiste comme son fondateur en 1920) — poste qui fait de lui l’un des piliers de la presse communiste aux côtés de Cai Hesen (à Xiangdao (Le Guide)) et de Yun Daiying (à Zhongguo qingnian (La Jeunesse chinoise).
En 1925 et 1926, il s’oppose à nouveau aux tentatives « séparatistes » de Chen Duxiu, désormais secondé par Peng Shuzhi, dont Chen a fait son second. Piqué de se voir préférer un intellectuel sans expérience du terrain (d’être rentré en Chine un peu plus d’un an avant Peng donne à l’intellectuel Qu Qiubai de bien mauvaises raisons !), Qu, qui sait s’allier à Zhang Guotuo, demande la mise à l’écart de « Confucius » (Peng Shuzhi) — ce à quoi Chen Duxiu se refuse avec une obstination qui lui vaut d’être taxé de « patriarcal » par Qu : la grande controverse idéologique de 1927 fera rejouer ces affrontements « familiaux » entre Qu, qui a « fait » le P.C.C. du Front uni, et Peng, qui eût voulu « redresser » davantage la ligne du Parti à son retour d’U.R.S.S.
Zhang Guotao nous dit que les insurrections de l’été à l’hiver 1927 (auxquelles Qu Qiubai doit son indignité) furent conçues dans un « grenier de Shanghai ». Il y a là quelque exagération, mais la charge est plus vraie que nature. Intellectuel assigné à des besognes intellectuelles, Qu est un homme de cabinet. L’action ne l’effleure que sur le tard et du bout du doigt. A peine a-t-il le temps de s’y donner avec et après l’insurrection shanghaïenne de mars 1927 (il s’affaire à la préparation des élections au futur conseil municipal de Shanghai : voir Peng Shuzhi (彭述之) et Zhao Shiyan (趙世炎)) qu’un ordre vient : il doit se replier à Wuhan. L’absence d’expérience et de responsabilités explique bien des erreurs ultérieures de Qu. Au printemps 1927, dans la tourmente qui ne va plus tarder à briser le Front uni, elle lui vaut au contraire une liberté que peuvent lui envier les maîtres de l’action et de la décision car elle va faire — contre eux — sa fortune politique.
Chargés par Moscou de conduire la révolution agraire tout en ménageant un G.M.D. de plus en plus hostile à ladite révolution (y compris la gauche nationaliste de Wang Jingwei (汪精衛), avec laquelle les communiste ont formé un gouvernement à Wuhan), les responsables russes et chinois du P.C.C. sont pris dans un piège diabolique auquel nul ne peut échapper sans trahison ni démission. Les uns — Borodine, Tan Pingshan — croient s’y soustraire en composant avec les nationalistes, ce qui sacrifie de facto le mouvement paysan ; d’autres (c’est le cas d’un Chen Duxiu par exemple) en se réfugiant dans une sorte d’abstention ; d’autres encore en exécutant mais en critiquant les ordres que leur donnent les premiers, qu’ sont leurs supérieurs : Mao Tse-tung, Zhang Guotao, Li Lisan (李立三) animent cette faction des mécontents. Mais ceux qui échappent aux servitudes de l’action parce qu’ils ne servent que la rhétorique — les Roy les Cai Hesen, les Qu Qiubai — échappent du même coup à la machin infernale. Épousant le point de vue de Moscou, ils n’ont qu’à se faire l’écho fidèle de la dialectique boukharinienne — dire que le développement d’actions paysannes à la base n’est pas incompatible avec le maintien de l’alliance avec le G.M.D. au sommet, proclamer même que rompre avec le G.M.D. serait abandonner le mouvement paysan à la « bourgeoisie » — pour critiquer l’inaction ou la trahison des exécutants.
C’est ce que fait Qu Qiubai. Comme il le fait mieux et plus fort que les autres (en s’en prenant en particulier à Peng Shuzhi et en imposant contre Peng la publication dans Xiangdao du Rapport de Mao sur le mouvement paysan hunanais, rapport qu’il coiffe d’une introduction élogieuse), il s’impose rapidement à la tête du clan des mécontents. L’a-t-il fait en lorgnant la succession de Chen Duxiu, comme l’en accuse Zhang Guotao aux yeux duquel cet accès de « démagogie dialectique » servait plus une grande soif de pouvoir qu’un projet politique concerté ? Toujours est-il que son voyage au pays de l’orthodoxie est couronné de succès. Le Ve congrès du P.C.C. le nomme au B.P. (avril 1927) ; lorsqu’il s’agit de trouver un successeur à Chen Duxiu après l’effondrement définitif du Front à Wuhan (juillet 1927), Moscou le choisit (sur le conseil de Borodine et de Lominadzé, nouvel envoyé du Kremlin) de préférence à Zhang Guotao, Li Lisan ou Zhou Enlai.
Six ans plus tôt, un « cœur tendre » désormais profondément enseveli s’apprêtait à fuir l’univers bolchevik : le voilà sacré parangon de fermeté par les maîtres de ce même univers, qu’il a fait sien. Consécration furtive, à vrai dire, puisque la conférence extraordinaire du C.C. et du B.P. qui dépose Chen Duxiu en faisant de Qu Qiubai le nouveau secrétaire général du P.C.C se réunit (le 7 août 1927) — sur ordre de Lominadzé — en l’absence de presque tous les membres du B.P. La plupart des dirigeants communistes se trouvent en effet dans la région de Nanchang où vient d’échouer (voir Ye Ting (葉挺) et He Long (賀龍)) la première des « insurrections armées » qui vont prendre la relève du Front uni de l’été à l’hiver 1927. Loin de désavouer cette action au nom du boukharinisme infiniment plus modéré qu’il a défendu au printemps, Qu Qiubai règle une macabre procession : soulèvements paysans de la moisson d’automne (voir Peng Gongda (彭公達)), Commune de Canton (voir Zhang Tailei (張太雷)), soviets de Hailufeng (voir Peng Pai (澎湃)), d’échec en échec la nouvelle stratégie achève de saigner le Parti tout en commençant de le recentrer dans les campagnes.
Condamné dès février 1928 par le 9e plénum du C.E.I.C. (Qu aurait été remplacé par Xiang Zhongfa (向忠發) dès cette date), cet « aventurisme gauchiste » ou « putschisme » procède du gauchissement de la stratégie officielle. Bien que Lominadzé se montre souvent plus mesuré que Qu, les consignes gauchisantes (soviets, radicalisme agraire, guerre de partisans) n’en sont pas moins venues du Kremlin. Leur application, pourtant, relève d’un malentendu. Les dirigeants locaux (Qu, Lominadzé, Heinz Neumann) ont cru à la réalité d’un nouveau « flux révolutionnaire » — à l’« approfondissement » ou radicalisation de la révolution chinoise — alors que Moscou cherchait à masquer la déroute du Front tout en tentant de reconquérir une « base » révolutionnaire, grande ville ou port. A la faveur de cette équivoque et contrairement à la « ligne Li Lisan », le « putschisme » de Qu Qiubai a donc bénéficié de l’aval moscovite. Reste que l’équivoque est levée par Moscou dès que Trotsky est mis à l’écart, et par les « gauchistes » eux-mêmes, qui défendent leur action contre la nouvelle thèse officielle jusqu’à la condamnation sans appel par les VIe congrès du P.C.C. et de l’I.C. (Moscou, juin-juillet 1928).
Cette phalange d’extrême-gauche prétend que la révolution chinoise est permanente (autrement dit : les défaites de 1927 ne nécessitent aucune « pause »), mais qu’une dynamique sociale insuffisante (tant de la part du prolétariat urbain que de la bourgeoisie) doit être relayée (en alliance avec la paysannerie) par un surcroît d’effort « subjectif » : les « insurrections armées », dont Neumann allait donner la théorie dans un ouvrage publié en 1931. Tandis que Lominadzé et Neumann font appel à des notions marginales (mode de production asiatique pour le premier, saut pardessus l’étape capitaliste pour le second) afin d’expliquer l’insuffisance révolutionnaire des classes modernes (voir Lominadzé), Qu Qiubai recourt à une argumentation typiquement boukharinienne. La Chine est sous-développée : la bourgeoisie (et l’État avec elle) ainsi que le prolétariat y sont faibles parce qu’elle appartient à l’« hinterland planétaire », au « village mondial » dont l’impérialisme perpétue l’arriération et la domination sociopolitique du monde paysan la fragmentation. A ces causes premières et générales, Qu ajoute une considération de son cru (apparue dès les analyses de 1923) sur le morcellement militariste et l’émiettement du carcan « féodalo-bureaucratique » propres à la Chine. De là le mariage, nécessaire à ses yeux, entre insurrections armées (wuchuang baodong) et guérilla paysanne localisée dans les districts et les villages aux interstices d’une structure étatique désintégrée. Dès la fin de l’année 1927, alors même que Mao et d’autres (voir Fang Zhimin (方志敏), He Long (賀龍)) établissaient les embryons des premières « bases rurales », il avait soutenu (dans un article publié le 10 décembre dans le Bolchevik) que la révolution ne pourrait commencer par la « prise de la capitale » et qu’il lui faudrait procéder lentement, de manière détournée, à partir d’une « guerre de partisans paysans » conduisant à l’établissement de « bases révolutionnaires » dans les provinces.
Qu Qiubai a-t-il « deviné » l’avenir de la révolution chinoise ? Loin s’en faut. Les résolutions du C.C. qui portent sa marque jusqu’en février 1928 soulignent la nécessité d’une convergence stratégique entre insurrections urbaines et soulèvements ruraux. Tout en reconnaissant que la révolution s’est désormais ancrée au Hunan, au Hubei et au Jiangxi, celles de la mi-janvier déplorent comme un « défaut objectif » le fait que le mouvement paysan tende à « dépasser » le mouvement ouvrier. Les grandes villes, autrement dit, passent encore pour le « pivot » souhaitable de la révolution. C’est dire qu’en regard du maoïsme, le « prophète » du Bolchevik et le camarade Strakhov (pseudonyme de Qu à Moscou) ne différent guère de la nouvelle orthodoxie définie en 1928 : reconnaissance du pan rural de la révolution dans la perspective d’une échéance à plus long terme, l’échéance elle-même demeurant conçue dans un cadre nation centré sur les villes et les foyers de modernisation. Mais cette convergent si frappante entre deux versions (Qu et Moscou) d’un même modèle par opposition à un modèle entièrement autre (Mao) n’estompait pas la divergence apparue depuis février 1928 entre lesdites versions (divergence qui opposera également Li Lisan à Moscou) : celle qui touchait au calendrier de l’échéance, la précipitation marquant le « gauchisme » d’un sceau indélébile. Qu fut d’autant moins excusé qu’il se refusait à reprendre les arguments de la majorité (qui démontraient le caractère « semi-colonial et semi-féodal » de la Chine) tout en utilisant une théorie de droite (dont, l’auteur, Boukharine, était déjà battu en brèche sinon par Staline lui-même du moins par ses lieutenants (voir Mif)) afin d’exonérer un échec d’extrême-gauche. Cette étiquette-là devait coller à Qu Qiubai, qui conserva son siège au B.P. mais fut exclu de la nouvelle direction (voir Li Lisan (李立三)) et retenu à Moscou.
Ce nouveau séjour de deux années (été 1928-été 1930) est nettement plus confortable que le premier, encore que l’hôte de la « capitale rouge » soit passé des limbes en purgatoire : la « cité de la faim » n’est plus ; celle de la peur n’est pas encore née. « Aventuriste gauchiste » soupçonné de se couvrir à droite, Qu ne s’en frotte pas moins aux premières manifestations de l’intolérance stalinienne. Quoiqu’il lui faille subir la présence acrimonieuse d’un Zhang Guotao mal léché (car Zhang aussi est en retenue, sans qu’on lui ait fait la grâce de se tromper sur le terrain en y allant de sa « déviation » personnelle...), c’est surtout avec Mif qu’il a maille à partir. Conseiller de Staline pour les affaires chinoises, le successeur de Radek à la tête de l’Université Sun Yat-sen y fait le beau temps stalinien comme la pluie anti-trotskyste et anti-boukharinienne. L’inimitié d’un tel homme est d’autant plus pesante qu’elle implique la haine mimétique et cafarde de ses nombreux protégés, au premier rang desquels les Vingt-huit Bolcheviks.
En 1929, cet adversaire formidable et maintenant voué comme son maître à la confusion des koulaks et de leurs amis (la chute de Boukharine est consommée au printemps), s’avise que la politique agraire du P.C.C. est indûment modérée : Cai Hesen lui a ouvert les yeux sur ce reste de boukharinisme dans l’espoir de perdre Li Lisan, auquel l’oppose un conflit sans merci. Malgré l’avis contraire de Qu Qiubai (en l’occurrence fort éloigné des positions qu’on prêterait à un doctrinaire d’extrême-gauche...), ordre est donné au P.C.C. de bannir les paysans riches de ses alliances et d’y neutraliser les moyens (7 juin 1929). Le verdict de 1928 — et la tradition historique, encouragée par les mémoires de Zhang Guotao — veulent pourtant que Qu anime l’extrême-gauche contre la « gauche » (mieux vaudrait dire « centre ») stalinienne (conduite par Wang Ming (王明), en qui Mif a enfin trouvé l’homme de sa politique) et la droite modérée (incarnée par Zhang Guotao). Ce qui est certain, c’est que Qu Qiubai est parfaitement isolé. Plus que l’éclectisme de ses théories, l’hostilité de Mif accroît cet isolement au point de lui faire perdre toute influence au sein de la délégation moscovite du B.P.
C’est alors que la crise ouverte par l’échec de la « ligne Li Lisan » impose son retour en Chine (à la suite d’une intervention de Zhou Enlai et sur le conseil probable de Lominadzé) au même titre que celui de Wang Ming. L’adversaire et le poulain de Mif arrivent tous deux à Shanghai en septembre 1930. Nourri des haines moscovites, bientôt grossi des passions que suscite leur opposition sur le terrain, l’affrontement des deux hommes va plonger le C.C. dans l’une des luttes factionnelles les plus graves et les plus ruineuses de son histoire. Grâce à l’appui de Zhou Enlai, Qu Qiubai parvient tout d’abord à s’imposer. De loin, la « ligne Li Lisan » ne l’avait guère indisposé qu’au plan théorique : conformément aux décisions de l’été 1928, ses articles soulignent, contre Li, le recul de la combativité ouvrière, c’est-à-dire de l’échéance révolutionnaire. De près, il s’entend avec Zhou Enlai pour infliger à Li un blâme assez léger : la précipitation est censurée, le principe exonéré (3e plénum du (VIe) C.C., septembre 1930). La modération du tandem Qu-Zhou détermine une guerre ouverte avec Wang Ming et les dirigeants ouvriers de Shanghai (voir He Mengxiong (何夢雄) et Luo Zhanglong (羅章龍)), qui exigent une condamnation plus ferme (en s’affrontant rudement par ailleurs). La mêlée devient si confuse (et Zhou Enlai lui-même si ondoyant) qu’il y aurait quelque abus à dire que Qu Qiubai reprend la direction du P.C.C. à l’automne 1930 (même si, formellement, c’est le cas). Le pouvoir n’est le fait d’aucun des clans shanghaïens jusqu’à ce que l’arrivée de Mif en personne et le départ de Li Lisan pour Moscou (à la fin de l’année) donnent l’avantage à celui de Wang Ming. Tandis que Zhou Enlai parvient à se maintenir dans la nouvelle équipe dirigeante, Qu Qiubai est à nouveau condamné par son ennemi intime qui, cette fois, le chasse du B.P. (4e plénum du C.C., janvier 1931). Moins longtemps heureuse que malheureuse, la fréquentation du pouvoir aura été plus brève (1927-1930) mais plus mouvementée que la vie contemplative (jusqu’à la période du 4 mai) ou que le tranquille magistère à Shangda (1923-1927).
A peine âgé de trente ans, Qu Qiubai est un dirigeant déchu qui doit se mettre en quête d’un nouvel emploi révolutionnaire. Faut-il dire : heureux parti qui remercie des maîtres trentenaires, heureux maîtres qui doivent, au seuil de la maturité, s’inventer un nouveau destin ? La remarque vaut pour la confusion des Gérontes qui ont succédé aux hommes du 4 mai, et parce que nous savons que Qu Qiubai eut la force et le talent d’improviser une seconde carrière. Mais en 1931 ces bonheurs intemporels sont cachés par la tragédie la plus noire. A Shanghai, la crise de l’automne et de l’hiver a décimé le Parti ; des trahisons en cascade y ont rendu la clandestinité plus, périlleuse que jamais. Qu Qiubai échappe de justesse (comme Zhou Enlai) aux conséquences du « retournement » de Gu Shunzhang (顧順章) : Xiang Zhongfa, qui lui avait succédé au secrétariat général, n’a pas cette chance. La tuberculose, dont il est miné depuis ses premiers contacts avec l’hiver russe, le traque d’aussi près que la police du G.M.D. Il ne songe pourtant pas à quitter la ville pour s’abriter au Jiangxi, quoiqu’il soit élu au C.E.C de la République soviétique chinoise et nommé commissaire à l’Éducation (dans le gouvernement présidé par Mao Tse-tung à Ruijin) en novembre 1931. Puisque d’autres édifient le nécessaire pan rural de la révolution, il préfère aider à la reconstruction du pan urbain. Mais il n’en demeure pas moins un intellectuel que sa vocation première rappelle parmi les siens. Le voici donc renouant avec ses amitiés littéraires et veillant à la bonne tenue politique de là Ligue des écrivains de gauche, fondée par Lu Xun (魯迅) — un ami — en mars 1930. La Ligue n’est pas ouvertement communiste, mais’ elle est l’ultime bastion shanghaïen du P.C.C. Qu Qiubai y sera le porte- parole de l’orthodoxie pendant trois ans, jusqu’en décembre 1933.
Prêchant d’exemple (il traduit Plekhanov, Gorki, Lunarcharski) ; encourageant les écrivains à utiliser une langue (putonghua) plus « populaire » que le baihua encore trop littéraire du 4 mai (la simplification et la romanisation du chinois passionnent Qu Qiubai depuis son premier séjour moscovite ; il est l’inspirateur reconnu des maîtres communistes en la, matière, tous ses aînés : Wu Yuzhang (吳玉章), Lin Boqu (林伯渠) et Xu Teli (徐特立), son remplaçant à Ruijin) ; saluant (et sollicitant) l’évolution de Lu Xun, dont il préface les œuvres ; oubliant le libéralisme de son propre cœur (« Dans toute œuvre littéraire là personnalité de l’auteur devrait se révéler d’une manière ou d’une autre », écrivait-il en 1923), il est un commissaire actif et influent que son intransigeance oppose bientôt à Feng Xuefeng (馮雪峰) et aux premiers adversaires du dogmatisme artistique. Toutefois, il ne s’agit que d’une escarmouche : Qu Qiubai part pour Ruijin (où l’appelle le IIe congrès des soviets chinois) sans avoir eu le temps de désespérer les partisans du cœur. Il laisse ce soin à Zhou Yang (周揚), son bouillant second qui sera, lui, le Jdanov de Shanghai puis de la Chine tout entière. [2]
Le IIe congrès des soviets confirme Qu Qiubai dans ses fonctions à Ruijin (janvier 1934). Cette confirmation éclaire sa position politique : suffisamment étranger à Mao Tse-tung (alors en disgrâce), il s’est montré assez discipliné à Shanghai (et s’y est fait oublier assez) pour que les maîtres de l’heure le maintiennent dans un rôle subalterne. Mais elle permet surtout à un homme malade et traqué de se reposer sans indignité. Ministre, mais ministre secondaire d’une révolution qu’il a entrevue sans la forger (comme Mao) ni savoir la capter (comme Zhou Enlai), Qu Qiubai aurait pu se faire oublier une bonne fois dans une seconde carrière d’éducateur. Mais la progression du blocus nationaliste (la Ve campagne d’encerclement a commencé avant même que Qu n’arrive à Ruijin) contraint les assiégés à fuir (octobre 1934). Le commissaire à l’Éducation est trop malade et compte trop peu pour être admis dans les contingents de la Longue Marche. II est inclus dans un petit groupe de dirigeants, éclopés physiques ou politiques pour la plupart (à l’exception de Xiang Ying (項英) et Chen Yi (陳毅), leurs chefs), chargés de tenir l’arrière, ce qu’il fait un temps, à la frontière du Fujian, en compagnie de He Shuheng (何叔衡) et Deng Zihui (鄧子恢). Tombé aux mains des Nationalistes en mars 1935 (le 20), il écrit Paroles superflues en mai et meurt fusillé en juin (le 18).
Ces paroles ne seraient pas superflues quand elles n’auraient fait que jeter Qu Qiubai dans un dernier combat : celui que sa mémoire dut livrer à une postérité jalouse et changeante. Dans un premier temps, l’histoire officielle l’a traité plutôt bien. Ayant œuvré trop tôt pour s’être heurté de front à Mao, Qu n’a blessé que la vérité intemporelle (celle de la « ligne juste »). Au surplus, de Chen Duxiu à Wang Ming en passant par Peng Shuzhi et Zhang Guotao, les deux hommes ont souvent combattu les mêmes adversaires. Aussi la condamnation politique de 1945 (celle du Komintern est alors « rapatriée » sous forme de « première déviation opportuniste de gauche », les deux suivantes étant attribuées à Li Lisan et Wang Ming) n’empêche-t-elle pas le nouveau régime de reconnaître les mérites de l’anti-Chen Duxiu ni, surtout, de révérer un Qu Qiubai conforme à l’image qui s’était imposée à Shanghai dès après l’exécution (grâce à Lu Xun notamment) : celle d’un penseur marxiste, d’un maître du communisme chinois. Au cours des années 1950, cette image suscite un véritable culte mezza voce : les œuvres (expurgées) sont publiées en 1953- 1954, les cendres transférées au cimetière des martyrs en 1955. Les amis, l’épouse de Qu Qiubai (Yang Zhihua (楊之華)) entretiennent régulièrement son souvenir. Le renouveau militant des premières années 1960 atténue ce culte sans l’interrompre, laissant ce soin à la Révolution culturelle qui inaugure un contre-culte : celui du traître. Car, d’une manière caractéristique, on n’exhume pas la déviation politique : c’est au déviant moral qu’on s’en prend, à l’auteur des Paroles superflues, authentifiées pour l’occasion et dénoncées comme un acte de trahison. L’accusation est portée en 1964 par Zhou Enlai lors de l’offensive maoïste contre l’establishment culturel. Dès 1963, en effet, Qi Benyu (慼本禹) avait flétri Li Xiucheng, général Taiping qui, comme Qu mais soixante-dix ans plus tôt, avait écrit des confessions dans sa cellule de condamné à mort. Trois ans plus tard, les Gardes rouges profanent la tombe de Qu ; comme par contamination, ils accusent Yang Zhihua de trahison. Qu Qiubai a trahi parce qu’il était issu de la « grande bourgeoisie bureaucratique », se récrie Zhou Enlai, qui avait beaucoup à faire oublier de ce côté-là et pouvait se féliciter d’avoir toujours gardé un silence de carpe sur ses propres états d’âme. La démaoïsation a renvoyé le pendule historiographique à la position des années 1950 : Qu Qiubai est réhabilité en même temps que Liu Shaoqi (劉少奇) et Li Lisan (printemps 1980). Mao Dun (矛盾), un ami du Shanghai des années 1930, lui aussi échappé à la folie maoïste, mais vivant, célèbre (Hongqi, 19 mars 1980) « l’un des grands dirigeants du parti communiste chinois et un éminent propagateur du marxisme-léninisme en Chine ».

ŒUVRE : L’édition des Œuvres (Qu Qiubai wenji, 4 vol., Pékin 1953-1954) rassemble l’essentiel de la production poétique, littéraire, paralittéraire (traductions) et théorique (les essais sur la romanisation et la simplification de la langue chinoise notamment), à l’exclusion des écrits politiques et de Paroles superflues (Duoyu de hua), dont l’authenticité a toujours été contestée par le P.C.C., hormis pendant la Révolution culturelle. Cette autobiographie a été publiée par la revue nationaliste Yi Jing, vol. II, no. 25 (5 mars 1937) et suivants et par Lu Sima, Qu Qiubai zhuan (Biographie de Qu Qiubai), op. cit. On en trouvera une traduction abrégée in Issues and Studies, vol. IV, no 5, février 1968.
L’analyse du développement économique a été publiée dans Qianfeng (L’Avant-garde) sous le pseudonyme de Qu Weita : « Zhongguo zhi zichan jieji de fazhan » (Le développement de la bourgeoisie chinoise), Qianfeng, no. 1, 1-juillet 1923. - « Diguo zhuyi qinfan Zhongguo zhigezhong fangxing » (Les différentes formes de l’exploitation impérialiste en Chine), ibid.
Période de Shangda : Shehui kexue gailun (Esquisse des sciences sociales), Shanghai, 1924. — Shehui kexue jiangyi (Cours de sociologie), Shanghai, 1924. - « Wusa yundong i zhong de guomm geming yu jieji douzheng » (Révolution nationale et lutte des classes dans le mouvement du 30 mai), Xiangdao, no. 129, 21 septembre 1925. - « Guomin huiyi yu wusa yundong » (Mémoire nationale et mouvement du 30 mai), Xin Qingnian (La nouvelle jeunesse), no. 3, mars 1926.
Crise de 1927-1928 : Zhongguo geming zhi zhenglun wenti (Controverses sur la révolution chinoise), Shanghai, 1927. — Zhongguo geming yu gongchandang (La révolution chinoise et le parti communiste), Moscou (?), 1928. Voir en particulier : « Wuchuang baodong de wenti » (La question des insurrections armées), Buersaiweike (Le Bolchevik), no. 10, 10 décembre 1927. L’intervention de Qu Qiubai-Strakhov devant le VIe congrès de l’I.C. (39e séance) est reproduite in La Correspondance internationale, VIII-77, 1928. — La préface (avril 1927) au Rapport de Mao sur le mouvement paysan hunanais est donnée in Shehui kexue, 1979, n 3.

SOURCES : Les deux études fondamentales sur la vie et l’œuvre de Qu Qiubai son, Li Yu-ning (1967) et Tsi-an Hsia (1968). Voir aussi (outre BH et KC) Lu Sima (1962) et sur l’influence de la littérature russe, Widmer in Merle Goldman (1977). — Sur l’apport du 4 mai, Galik in Asian and African Studies, XII, 1976. - Sur la période de Shangda et l’apport au marxisme chinois : Dirlik (1978) ; Price (1976). - Sur l’influence du modèle russe, Chevrier Extrême-Orient Extrême-Occident, n° 2, 1983. — Sur les rapports du « gauchisme » de l’été 1927 avec la ligne du Komintern : Grigoriev in Ulyanovsky (1979), Thornton 0969) et plus généralement sur la carrière d’opposant et de dirigeant (1927-1930) : Harrison (1972) ; Hsiao Tso-Iiang (1961) et (1970) ; Kim in G.F. Chan (1980) ; North et Eudin (1963) ; Schwartz (1958). — Sur la dernière période shanghaïenne et la collaboration avec Lu Xun : Merle Goldman (1971) et Pickowicz in CQ, n° 70, juin 1977 — Sur les vicissitudes de la postérité : Mao Tse-tung (1955), vol. III ; Li Yu-ning in Fogel et Rowe (1979)
- Voir également la mise en situation historique de Spence (1981) et les témoignages de : Zhang Guodao (Chang Kuo-t’ao), I (1971) et II (1972) Yang Zhihua in Hongqi piaopiao, no. 8, juillet 1958 : Peng Shuzhi in Cadart/Cheng (1983) et biographie de Pang ; Wang Fanxi (Wang Fan-hsi, 1980) ; Li Weihan : souvenirs in RMRB, 14 juillet 1980 et étude in Social Sciences m China, IV-3, 1983 ; le portrait par Jiang Guangci in Pimpaneau (Asie Information, no. 8, juillet-aout-septembre 1966) ; la réhabilitation par Mao Dun in Hongqi (Le Drapeau rouge), 19 mars 1980 et l’interview donnée par Qu Qiubai dans sa prison à Li K’e- ch’ang (Li Kechang) in Guo-wen, vol. XII, n° 26, juillet 1935.

Yves Chevrier

[1Eguo (pays de la faim) est homophone de Eguo (Russie). La « mystique » de Qu s’inspire d’un ouvrage du même titre paru au XVIIIe siècle.

[2Aux yeux de Qu, le 4 mai, phase « démocratique-bourgeoise » et élitiste, n’a produit qu’une fausse forme d’expression populaire. C’est un « 4 mai prolétarien » qu’il appelle de ses vœux, reposant sur la langue parlée dans les grandes villes (les dialectes ruraux lui semblent inadéquats), sur les genres d’expression populaire traditionnels, afin de procéder à une « révolution culturelle par les masses elles-mêmes », autre « pan » de la révolution maoïste qu’il aura pressenti.

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