Né en 1901 dans le Jiangxi. Communiste, vétéran de la 4e Armée nouvelle, puis responsable politique en Chine de l’Est à partir de la guerre civile ; membre du C.C. depuis 1945, dirigeant du Département de l’organisation du C.C. en 1952 ; éliminé en même temps que Gao Gang en 1954-1955.

Si la fièvre explicative qui a suivi l’élimination des Lin Biao (林彪) et des Peng Dehuai (彭德懷) a fourni une ample moisson biographique, Rao Shushi, entré sur la scène de l’Histoire dans une obscurité relative, l’a quittée dans un silence plus total encore. C’est que « l’affaire Gao-Rao » (Gao Gang et Rao Shushi) a plus que toute autre depuis l’affaire Zhang Guotao (張囯燾) menacé l’unité d’un Parti qui sacrifiait encore sans réserve, au milieu des années 1950, à l’illusion mythique du monolithisme. Rao Shushi aurait étudié à l’Université de Shanghai (Shangda, voir Qu Qiubai (瞿秋白)) au début des années 1920, avant d’adhérer au P.C.C. en 1925. Militant ouvrier à Wuhan jusqu’en 1927, il disparaît ensuite à l’étranger — France, États-Unis ou Japon ? — jusqu’au lendemain de l’invasion japonaise (1937). De retour en Chine en 1939, il est affecté à la 4e Armée nouvelle (voir Ye Ting (葉挺)). Après l’« incident » qui oppose les troupes de Ye Ting aux forces nationalistes en janvier 1941 dans le sud du Anhui, Rao devient le subordonné direct de Liu Shaoqi (劉少奇), nouveau commissaire politique (en remplacement de Xiang Ying (項英)) de la 4e Armée (dont Chen Yi (陳毅) prend alors le commandement). Lorsque Liu quitte la 4e Armée en 1942, Rao le remplace. Principal responsable politique en Chine orientale, il entre au C.C. lors du VIIe congrès du P.C.C. (1945). Après un bref séjour à Pékin, où il seconde Ye Jianying (葉劍英)au cours d’ultimes négociations préludant à la guerre civile, il rejoint la Chine de l’Est où opèrent les troupes de Lin Biao, Liu Bocheng (劉伯承) et finalement Chen Yi. Après la victoire communiste, le Parti et le pays sont découpés en cinq grands pro-consulats régionaux : à la tête du Bureau du P.C.C. pour la Chine de l’Est, du comité de Shanghai et du gouvernement régional (seul lui échappe le pouvoir militaire, détenu par Chen Yi), Rao Shushi est le mieux servi des proconsuls, à l’exception de Gao Gang, qui cumule l’ensemble de ces fonctions en Mandchourie.
En 1952, la carrière des deux hommes converge singulièrement, et soudainement : appelés à Pékin (Rao est nommé à la tête du Département de l’organisation du P.C.C.), ils participent à la définition des orientations du premier quinquennat (1953-1957), Rao siégeant au Comité d’État pour la planification que préside Gao Gang. N’est-il pas naturel que les responsables des deux premières régions économiques du pays soient appelés à donner leur avis ? Toujours est-il qu’ils le font en sens contraire de la politique souhaitée par Mao Tse-tung (毛澤東) et défendue, au sein de la commission, par Deng Xiaoping (鄧小平) : ils s’opposent en effet au rééquilibrage industriel en faveur de l’intérieur, voulu par Mao, en préconisant le renforcement des pôles de Mandchourie et de la côte orientale — leurs fiefs. Les deux hommes ont-ils « conspiré » afin d’imposer leurs vues ? Ont-ils utilisé leur « base régionale » à cette fin, en menaçant l’unité politique du pays ? C’est ce dernier aspect qui l’a emporté dans leur condamnation, en masquant les divergences de 1952 sur la stratégie du développement. Accusés à mots couverts en 1954 de s’être taillé des « royaumes indépendants », ils sont publiquement dénoncés et disparaissent en 1955. La fragilité de l’unité nationale recouvrée en 1949 était sans doute le problème le plus brûlant de l’heure. Il se peut dès lors que le hiatus de 1952 — la soudaine « montée à Pékin » de ces deux dirigeants provinciaux — ait été une manœuvre destinée à les tenir de plus près tout en écartant la menace d’éclatement : l’un des fidèles du sérail maoïste — Tan Zhenlin (譚震林) — est alors nommé à la tête de la Chine de l’Est en remplacement de Rao.

SOURCES : Outre KC, voir : Chang (1978). — Thornton (1973).

Yves Chevrier

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