Né en 1916 dans le xian de Taihe, Jiangxi, mort le 21 août 2015 à Pékin à 99 ans. Responsable de la protection de Mao Tse-tung de 1933 à 1976. Admis au B.P. en 1969, Wang joue un rôle déterminant dans la succession de 1976, devient le numéro 5 du Parti en août 1977, mais perd toutes ses fonctions en janvier 1980.

Sorti de l’ombre en 1976 pour devenir l’un des arbitres de la succession de Mao Tse-tung (毛澤東) dont il était le garde prétorien, Wang Dongxing n’a pu que s’effacer devant la montée irrésistible de Deng Xiaoping (鄧小平). Dans l’imagination publique, il est lié surtout (et avec raison) à son œuvre principale : « L’Unité 8341 », puissant régiment d’élite chargé de protéger les dirigeants chinois. C’est son emprise sur cette cohorte prétorienne, ainsi que sur les services de sécurité, qui lui a permis de jouer un rôle déterminant dans la redistribution du pouvoir après la disparition de Mao. Mais son passé et sa fidélité totale à son maître disparu l’ont sans doute disqualifié — comme Hua Guofeng (華囯鋒) — aux yeux de la nouvelle équipe dirigeante.
Né dans une famille de paysans pauvres, orphelin dès l’enfance, Wang Dongxing aurait vécu des années de misère avant de s’engager, vers l’âge de douze ans, dans les Hong xiaogui (les « petits diables rouges », enfants adoptifs de l’Armée rouge). En 1933, après que les communistes se sont établis dans sa province natale, il devient garde du corps de Mao. C’est dans ce rôle qu’il fait la Longue Marche. Depuis lors, sa fidélité et son dévouement au chef du communisme chinois sont passés dans la légende. Non sans raison : en 1947, il organise la fuite de Mao lors de l’offensive du G.M.D. sur Yan’an en lançant une action audacieuse contre les troupes gouvernementales. C’est d’ailleurs à Yan’an, dans les années 1940, qu’il rassemble le noyau de la future Unité 8341.
La progression de Wang Dongxing après 1949 est lente mais sûre. Dès les débuts du nouveau régime, il cumule des fonctions dans les services de sécurité du Parti et de l’État. En octobre 1949, il devient directeur adjoint du secrétariat du Parti. Deux mois plus tard, il est nommé chef adjoint du 8e bureau (chargé de la sécurité politique) du ministère de la Sécurité publique, alors dirigé par l’une de ses futures victimes, Luo Ruiqing (羅瑞卿). En décembre 1955, Wang est nommé vice-ministre de la Sécurité publique et chef du Bureau de sécurité centrale du Parti (organe placé sous l’autorité directe de Mao), tout en conservant le commandement de l’Unité 8341. Ces fonctions — et ces pouvoirs — comprennent aussi la surveillance des autres dirigeants pour le compte de Mao. L’unité 8341 elle-même est chargée de mener des enquêtes socio-économiques pour le compte du Président. Ses membres, recrutés dans tous les xian de la Chine, doivent le tenir constamment informé de la situation locale et du sentiment des « masses » à la base.
C’est pendant le Grand Bond en avant que Wang Dongxing sort pour la première fois de l’ombre et de son rôle habituel de « gorille ». Il devient vice-gouverneur de la province du Jiangxi de 1958 à 1960. De retour à Pékin en décembre 1960, il reprend ses fonctions dans la Sécurité. Il entre, en outre, dans la Commission militaire du P.C.C. Au cours des années qui précèdent la Révolution culturelle, il aurait été les yeux et les oreilles irremplaçables de Mao Tse-tung dans les luttes souterraines qui annoncent les bouleversements de 1966-1969.
L’ascension de Wang Dongxing s’accélère à partir de 1966. Le « petit diable rouge » des Jinggangshan est un « enfant » de la Révolution culturelle tout comme Wang Hongwen (王洪文), ou Ji Dengkui (紀登奎). A l’été 1966, Wang devient directeur du Bureau général du Parti qui traite de tous les renseignements venant de l’extérieur et est chargé de la protection des documents du Parti. Il devient aussi chef du bureau de la sécurité dans la Commission militaire du P.C.C., bureau qui surveille l’armée tout entière et qui étend progressivement ses activités au domaine de la sécurité civile, à mesure que les attaques maoïstes affaiblissent le Parti et l’administration.
Wang Dongxing met ses énormes pouvoirs au service de la ligne maoïste. Travaillant sous les ordres de Kang Sheng (康生), il est responsable de l’arrestation de Luo Ruiqing au printemps 1966 et de Peng Dehuai (彭德懷) plus tard la même année. C’est lui aussi qui est chargé par Kang de mettre sous résidence surveillée Liu Shaoqi (劉少奇), Deng Xiaoping et d’autres dirigeants destitués. A partir de 1967, les dirigeants font appel à son Unité 8341 pour rétablir l’ordre à Pékin. L’occupation par l’Unité 8341 de six usines et des deux universités de la capitale donne l’exemple à des actions militaires du même genre dans tout le pays. A partir de 1968, l’influence et les pouvoirs de Wang Dongxing commencent à dépasser ceux de Xie Fuzhi (謝富治), ministre de la Sécurité publique, bien qu’il faille attendre la mort de son patron, Kang Sheng, en 1975 pour que l’emprise de la sécurité militaire sur le domaine civil devienne totale.
C’est pendant la Révolution culturelle que Wang Dongxing fait sa véritable entrée dans le cercle magique des hauts dirigeants. Élu membre suppléant du B.P. à l’issue du IXe congrès du P.C.C. en 1969, il a, selon toute apparence, accru son importance lors de 1’« affaire Lin Biao (林彪) », encore que son rôle dans la chute du maréchal reste entouré de mystère. Selon certaines rumeurs, il l’aurait abattu de ses propres mains. Toujours est-il que pendant les dix mois qui précèdent la chute de Lin Biao, Wang s’est tenu à l’écart : travaillait-il à la perte de Lin ? Quoi qu’il en soit, il siège à la commission d’enquête ad hoc et est l’un des rédacteurs du rapport présenté au Xe congrès du P.C.C. (1973) sur l’affaire. C’est d’ailleurs, à cette occasion qu’il devient membre de plein droit du B.P., en même temps que Hua Guofeng qui devient son proche partenaire dans le domaine de la sécurité.
Dans la guerre de succession qui se prépare dès le début des années 1970, il semble aux non-initiés que Wang Dongxing, l’homme lige de Mao, se rangera aux côtés du « Groupe de Shanghai » Zhang Chunqiao (張春橋), Yao Wenyuan (姚文元), Wang Hongwen (王洪文) et Jiang Qing (江青)). Celle-ci fit part à Roxane Witke (en 1971) des sentiments « amicaux » qui l’unissaient à Wang.
Pourtant, après la mort de Mao, et à la surprise de tous, Wang prend le parti de Hua Guofeng. L’Unité 8341 arrête la Bande des Quatre sans coup férir le 6 octobre 1976. Il est probable que sans le ralliement de Wang, en même temps que celui de certains chefs militaires (voir Chen Xilian (陳錫聯), Xu Shiyou (許世友), Ye Jianying (葉劍英)), le contre-complot de Hua n’aurait pu prendre de vitesse — et au dépourvu — la Bande des Quatre.
Dans un premier temps, Wang semble avoir fait le bon choix. Au XIe congrès du parti (août 1977), il devient vice-président du P.C.C. au cinquième rang de la hiérarchie. Sa cote est en hausse dans les media chinois. Ses deux bastions, le Bureau général du P.C.C. et l’Unité 8341, font la une du Quotidien du Peuple le 8 septembre 1977.
Pourtant, comme Hua Guofeng et comme les maoïstes « modérés » ou « raisonnables » de la « petite Bande des Quatre », dont il fait partie (voir Wu De (吳德), Ji Dengkui (紀登奎), Chen Xilian (陳錫聯)), Wang Dongxing ne peut s’opposer ni à la démaoïsation ni à la mise à l’écart des hommes du maoïsme. En décembre 1978, à la veille du 3e plénum du (XIe) C.C., des dazibao affichés à Pékin critiquent le style de vie luxueux de Wang Dongxing. Le 5e plénum du C.C. (février 1980) approuve sa « démission » de toutes ses fonctions, ainsi que les « démissions » de ses comparses Wu De, Ji Dengkui et Chen Xilian. Celle de Hua Guofeng attendra encore quelque temps. Wang Dongxing a cependant conservé sa carte du Parti communiste. Le XIIe congrès du P.C.C. l’a même maintenu au C.C., mais de façon humiliante : de tous les membres suppléants élus par le congrès, il obtint le moins de voix — ce que la presse officielle ne manqua pas de mettre en évidence sous prétexte de montrer le caractère démocratique de cette assemblée.

SOURCES : P. Chang in CQ, no. 73, mars 1978. — China News Analysis, no. 1096, 14 octobre 1977. — Issues and studies, vol. XVI, no. 10, octobre 1980. — Jiang Hua in Nanbeiji (Nord-Sud), no. 112, 16 septembre 1979. — Mingbao (Les Lumières), 26-27 juin 1977. — Wanren zazhi (The Popular Weekly), no. 514, septembre 1977.

Noël Castelino

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