Né en 1933 ou 1935 à Changchun (Jilin), mort le 3 août 1992. Jeune ouvrier devenu membre de la « Bande des Quatre », dirigeant de Shanghai pendant la Révolution culturelle et numéro trois du P.C.C. en 1973. Arrêté le 6 octobre 1976, il est condamné à la réclusion à vie le 23 janvier 1981.

Wang Hongwen est l’un de ces hommes que les époques troublées portent soudain au premier plan. Par milliers, le vide créé par la Révolution culturelle a placé d’obscurs « représentants des masses » à des postes de responsabilité, surtout au niveau local ou provincial. Wang Hongwen n’est que le plus spectaculaire de ces « enfants » de la Révolution culturelle, dont sa carrière symbolise le trajet fatal, des moments d’exaltation jusqu’à l’échec final.
Né dans une’ famille paysanne modeste d’une banlieue de Changchun, vieux centre industriel et capitale de la province du Jilin où il fait aussi ses études secondaires, Wang part avec les « volontaires » chinois en Corée pour combattre les troupes américaines en 1950 (ou un peu plus tard s’il était né en 1935 puisqu’en 1950, l’A.P.L. avait déjà porté l’âge minimum des recrues à dix-sept ans). On raconte aujourd’hui qu’il était un soldat fainéant, lâche même, qui aurait cherché (en vain) à entrer dans une troupe de divertissement plutôt que dans une unité de combat. A supposer qu’elle ait correspondu à la réalité, cette attitude ne semble pas lui avoir nui lorsqu’il rentre de Corée avec son unité en 1956. Démobilisé la même année (après avoir suivi un court stage d’officier de réserve à Nankin), il se serait servi de son statut d’ancien combattant pour se faire embaucher comme ouvrier dans le service d’entretien de la filature no. 17 de Shanghai, faisant ainsi son entrée dans les rangs privilégiés de l’aristocratie ouvrière shanghaïenne.
Peu après, Wang se fait élire au comité du Parti dans son atelier, sans pourtant devenir secrétaire de ce comité comme il l’aurait voulu. En 1960, il obtient une nouvelle promotion : il est transféré aux services de sécurité de l’usine. Il est possible qu’en tant que garde de sécurité (et compte tenu de l’importance de son entreprise), Wang ait noué des liens professionnels avec le gong’anju (le bureau de sécurité publique) shanghaïen pendant cette période, mais ceci n’est qu’une hypothèse. C’est peu avant la Révolution culturelle, pendant le mouvement des « quatre assainissements » (Siqing yundong), que Wang Hongwen aurait rencontré son futur « patron » et bienfaiteur, Zhang Chunqiao (張春橋), lorsque celui-ci, secrétaire du P.C. à Shanghai, vient avec une équipe de travail à la filature no. 17.
Que cette histoire soit vraie ou non, Wang va devenir, pendant la Révolution culturelle, le bras droit de Zhang dans le secteur ouvrier de Shanghai. Porté sur le devant de la scène par la « révolution de janvier » (1967) et l’établissement de la Commune, il aide ensuite Zhang à négocier le virage périlleux qui sépare l’entrée en scène de la classe ouvrière shanghaienne de la reprise en main du mouvement populaire par les maoïstes.
Le 12 juillet 1966, Wang Hongwen (impressionné sans doute par la publicité nationale accordée à la fameuse affiche en gros caractères de Nie Yuanzi (聶元梓) à l’Université de Pékin) rédige sa propre affiche dénonçant le directeur de son usine. C’est pourtant un geste prématuré. A l’époque, la Révolution culturelle est encore l’affaire des étudiants. Les ouvriers sont censés mettre l’accent sur la production, et la première « petite rébellion » de Wang est réprimée par les autorités municipales. En octobre, Wang (appuyé peut-être par Zhang Chunqiao) conduit trente ouvriers à Pékin pour protester directement auprès de Mao Tse-tung (毛澤東) et de Lin Biao (林彪). Rentré à Shanghai en novembre 1966 avec des instructions du Groupe de la Révolution culturelle, et renforcé par un afflux massif de Gardes rouges pékinois, Wang mobilise les ouvriers et les travailleurs temporaires de plus de deux cents usines aux côtés des Gardes rouges maoïstes de la ville, et contribue à la formation du Quartier général des rebelles révolutionnaires ouvriers, dont il devient l’un des dirigeants.
En décembre 1966, Wang participe à la lutte contre les Gardes écarlates, organisation corporatiste qui canalise les revendications socio-économiques des ouvriers permanents et qui bénéficie d’un certain soutien des autorités municipales. En même temps, il apporte le soutien des ouvriers rebelles à Zhang Chunqiao et à Yao Wenyuan (姚文元) dans leur prise du pouvoir à Shanghai. Il est l’un des dirigeants de la Commune de Shanghai et du comité révolutionnaire qui, l’un après l’autre, concrétisent cette prise du pouvoir en janvier-février 1967. Au moment où les rebelles découvrent que la Révolution de Shanghai se limite à la consolidation du pouvoir maoïste, Wang Hongwen s’aligne sur les nouveaux dirigeants de la ville tandis que d’autres « rebelles », plus capables que lui mais qui refusent de s’incliner (tel Geng Jinzhang), sont pourchassés par les autorités. C’est avec zèle que Wang se met à restaurer l’ordre dans la ville. Se livrant à une répression violente des groupes rebelles, il s’associe à la réhabilitation des cadres moyens et des technocrates destitués quelques semaines plus tôt. Pendant la deuxième moitié de l’année 1967, il dénonce à plusieurs reprises « l’économisme » et « l’anarchisme » des ouvriers.
Il est alors président du comité révolutionnaire de son usine et vice-président du comité révolutionnaire de Shanghai. En janvier 1971, au moment de la reconstitution du P.C. municipal de Shanghai, Wang Hongwen en devient le secrétaire, au troisième rang après Zhang Chunqiao et Yao Wenyuan. Compte tenu des préoccupations nationales de ces derniers, c’est Wang qui devient l’administrateur de facto au début des années 1970 de l’une des villes les plus peuplées du monde. Les services qu’il a rendus en aidant au rétablissement de l’ordre expliquent sans doute son entrée au C.C. lors du IXe congrès du P.C.C. en 1969. Mais Wang Hongwen a probablement su être utile dans d’autres domaines aussi. Est- ce par hasard qu’il est nommé commissaire politique de la région militaire de Shanghai quelques mois avant la chute de Lin Biao en 1971 ? Ne peut-on voir ici un exemple de la tactique maoïste qui consiste à miner les positions de Lin Biao par 1’« adjonction du sable » (chan shaozi) au « mortier militaire » ? Wang aurait également participé au travail de la commission d’enquête sur l’affaire Lin Biao, mais sans en faire partie, tout comme Hua Guofeng (華囯鋒).
De toute façon, la chute de Lin Biao coïncide avec des débuts de l’ascension fulgurante de Wang Hongwen jusqu’aux antichambres du pouvoir suprême. A partir de 1972, il se fait beaucoup remarquer en compagnie des hommes de l’appareil central du Parti à Pékin. Lors du Xe congrès du P.C. (août 1973), il devient vice-président du Parti et membre du comité permanent du B.P. Il est alors le numéro trois du régime après Mao Tse-tung et Zhou Enlai (周恩來). En 1975, il est nommé vice-président de la puissante Commission militaire du P.C.C., où il s’occupe surtout des milices populaires.
Il y a quelque chose d’irréel dans l’élévation de ce jeune homme au-dessus des vétérans blanchis sous le harnois. On peut se demander aujourd’hui si la promotion du type même du « successeur révolutionnaire » n’a pas eu un caractère plutôt symbolique, destiné à rassurer le Grand Timonier mourant. Dans ce cas, son arrestation le 6 octobre 1976 traduirait l’échec d’une autre idée de la succession qui, suivant le système de pensée maoïste, aurait dû revenir aux militants rouges plutôt qu’aux hommes de l’appareil et aux technocrates. Cet échec est aussi celui des ultras maoïstes — les trois shanghaïens et Jiang Qing (江青) — dans les luttes implacables qui précèdent et suivent la mort de Mao. Lors de son procès à Pékin pendant l’hiver 1980-1981, Wang Hongwen « avoue » qu’il aurait envisagé dès 1967 l’hypothèse d’une guerre armée contre les « révisionnistes » après la mort de Mao ; à cet effet, il aurait mis sur pied une milice de 100 000 hommes, équipés d’armements lourds (obtenus frauduleusement des arsenaux de l’A.P.L.).
Lorsque dix ans plus tard, en juillet-août 1976, la véritable bataille commence à s’engager, Wang aurait demandé à ses fidèles de Shanghai de se tenir prêts à la guérilla. Enfin, les maoïstes auraient pris des dispositions impressionnantes afin de défendre leur bastion shanghaïen après l’arrestation des « Quatre ». Prévu de longue date, ce plan qui témoigne des qualités d’organisation de Wang Hongwen, échoua en raison de facteurs imprévus comme l’opposition de Xu Shiyou (許世友) et sans doute le retournement de Wang Dongxing (汪東興).
Le 23 janvier 1981, Wang Hongwen, inculpé d’avoir dirigé une clique contre-révolutionnaire visant à renverser le gouvernement, est condamné à l’emprisonnement à vie et privé définitivement de ses droits politiques.

ŒUVRE : Contrairement aux autres membres du « groupe de Shanghai », Wang Hongwen a très peu écrit. Voir : « Lai yige geming da lianhe de xin feiyue » (Que vienne un nouveau bond vers la grande unité révolutionnaire), RMRB, 20 septembre 1967.

SOURCES : Outre P.H. Chang in CQ, no. 57, janvier-mars 1974 et Zafanolli (1981), voir : Chi Hsin (1978). — China News Analysis, 30 janvier 1981. — A Great Trial in Chinese History (1981). — Mingbao (Les Lumières), 18 juin ; 18-20-23-25 septembre 1977. — Onate in CQ, no. 75, septembre 1978.

Noël Castelino

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