Né le 20 mai 1950 à Pékin. Le plus célèbre des contestataires du « mouvement démocratique » (fin 1978-fin 1980) ; rédacteur en chef de la revue Tansuo (Enquêtes), arrêté le 29 mars 1979 et condamné six mois plus tard à quinze années d’emprisonnement.

Wei Jingsheng
Au printemps 1966, Wei Jingsheng achevait le premier cycle du secondaire au lycée annexe de l’Université du peuple. Issu d’une famille de hauts cadres du Parti (son père, vétéran des guérillas anti-japonaises, est directeur adjoint d’un département de la Commission pour les travaux d’infrastructure), il se retrouva naturellement parmi les premiers Gardes rouges qui allaient bientôt fonder le Comité d’action unie (Liandong). Dans ce groupe hostile à Jiang Qing (江青), Wei Jingsheng se fit remarquer, malgré son jeune âge, par ses qualités de propagandiste. II fut emprisonné trois mois, à la fin de l’année 1967, et se réfugia l’année suivante dans le village familial du Anhui afin d’éviter une seconde arrestation. De la Révolution culturelle, Wei Jingsheng a gardé le souvenir d’une « révolte spontanée contre la bureaucratie », révolte certes récupérée et dévoyée, mais dont il revendique l’héritage. Après plus de trois ans passés à l’armée, de 1969 à 1973, il revint à Pékin pour travailler comme électricien au Zoo de la capitale. A la fin de l’année 1978, Wei Jingsheng était toujours ouvrier : il venait d’échouer aux examens d’entrée à l’institut des minorités, section d’histoire du Tibet (sa fiancée est la fille d’un dirigeant communiste tibétain incarcéré dix-huit ans à la prison Qincheng pour « activités nationalistes »).
Son premier dazibao, affiché sur le « mur de la démocratie » le 5 décembre 1978, faisait déjà figure par son titre même (« La Cinquième modernisation : la démocratie ») de manifeste politique. « Si nous voulons réaliser la modernisation, expliquait Wei Jingsheng, c’est uniquement pour assurer la démocratie, la liberté et le bonheur du peuple. Sans cette “cinquième modernisation”, toutes les autres modernisations ne sont qu’un nouveau mensonge. » Ce dazibao donna naissance à une revue non officielle, Tansuo (Enquêtes), qui servit de porte-parole à l’aile radicale, anti-marxiste, du mouvement démocratique. Dans ce mouvement, Wei Jingsheng joua un rôle décisif, animant, avec Ren Wanding (任畹町) et Liu Qing (劉青) « le bureau de coordination » des groupes contestataires pékinois, lançant « l’affaire Fu Yuehua (傅月華) », et poussant à une alliance avec les plaignants qui affluaient dans la capitale.
L’arrestation de Wei Jingshen, le 29 mars 1979, donna un coup d’arrêt à l’essor de la nouvelle opposition chinoise, qui, pour la première fois dans l’histoire de la Chine populaire, s’était dotée de structures autonomes : des groupes, des revues, en marge du monde officiel. Mais c’est finalement le procès du plus célèbre de ses dirigeants qui scella le sort du mouvement démocratique. Wei Jingsheng fut condamné le 16 octobre à quinze années d’emprisonnement ainsi qu’à trois ans de privation de ses droits politiques. Deux chefs d’accusation justifiaient cette lourde peine : « communication de secrets militaires à un étranger » (en l’occurrence, un journaliste anglais) et « activités contre-révolutionnaires ». La vraie raison sera donnée par Deng Xiaoping (鄧小平) lui-même quelque temps après : « Il nous fallait, dira-t-il, faire un exemple. » C’est-à-dire en finir avec l’agitation endémique des jeunes démocrates et des pétitionnaires, en finir avec la revue Enquêtes que Lu Lin (路林) avait relancée après la détention de Wei Jingsheng, avec aussi la Tribune du 5 avril de Xu Wenli (徐文立) et toutes les publications marxistes des partisans d’un communisme « à visage humain ». L’avertissement fut entendu : après quelques combats d’arrière-garde, les principales revues parallèles ont disparu les unes après les autres, et, avec elles, le mouvement démocratique comme contre-pouvoir naissant au parti unique.

ŒUVRE : « Diwuge xiandaihua-minzhu yu qita » (La Cinquième modernisation, la démocratie, etc.), Tansuo, no. 1, 8 janvier 1979, ainsi qu’une série de « suites » à cet article in : Tansuo no. 1, no. 2 et no. 3. — « 20 shiji de Bashidiyu — Qincheng yihao jianyu » (la Bastille du XX’ siècle — la prison Qincheng no. 1), Tansuo, no. 3, 11 Mars 1979. Voir C. Widor, Documents sur le mouvement démocratique chinois, vol. I, Paris-Hong Kong, 1981. La quasi-totalité des articles de Wei Jingsheng ont été traduits en français dans deux ouvrages : V. Sidane, Le Printemps de Pékin, Paris, 1980 et Huang San et al., Un bol de nids d’hirondelles ne fait pas le printemps de Pékin, Paris, 1980. L’autobiographie et les minutes du procès ont été traduits in V. Sidane, W. Zafanolli, Procès politiques à Pékin, Paris 1981.

SOURCES : Tansuo, no. 4 et diverses interviews, dont celles de Wei Jingsheng, recueillies à Pékin.

Claude Widor

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