Né en 1910 dans le Hebei. Dirigeant politique de la ville de Pékin à partir de 1966, premier secrétaire du comité du Parti de la capitale chinoise de 1972 à 1978, il perd toutes ses fonctions en février 1979.

Cadre provincial appelé au Centre pendant la Révolution culturelle, « patron » de la capitale chinoise pendant presque une décennie, Wu De a été l’artisan de sa perte en s’identifiant trop ouvertement aux persécuteurs de Deng Xiaoping (鄧小平) pendant la crise de succession de 1976. Ensuite, par maladresse ou par conviction, il a persisté jusqu’au bout dans son opposition ouverte aux changements de l’ère post-maoïste.
Wu De aurait fait ses études à l’Université de Pékin dans les années 1920 ou 1930. Syndicaliste avant même d’adhérer au P.C.C., il devient commissaire politique dans l’armée procommuniste de Lu Zhengcao pendant la guerre sino-japonaise, puis cadre dans la région-frontière de Shanxi-Chahar-Hebei. Mis à part un court séjour à Pékin comme vice- ministre de l’industrie pétrolière en 1950, c’est en province qu’il bâtit sa carrière entre 1949 et 1966. De 1950 à 1952, il occupe de hautes fonctions dans le gouvernement et le Parti de l’éphémère province de Pingyuan. En août 1952 il est transféré à Tientsin dont il sera maire jusqu’en 1955. Élu membre suppléant du C.C. en 1956, il devient (la même année) premier secrétaire du P.C.C. pour la province de Jilin, fonction qu’il garde jusqu’en 1966.
C’est la Révolution culturelle qui amène Wu De à Pékin. En juin 1966 il remplace Peng Zhen (彭真) comme maire de la capitale et Liu Ren (劉仁) comme deuxième secrétaire du comité municipal du Parti, sous l’autorité de Xie Fuzhi (謝富治). Il est l’un des rares membres de la direction pékinoise qui survive aux bouleversements de la Révolution culturelle. En avril 1967 il devient vice-président du comité révolutionnaire de la capitale (présidé par Xie Fuzhi). A partir de 1969, l’effacement progressif de Xie lui permet de tenir le premier rôle. C’est en mai 1972, au lendemain de la chute de Lin Biao (林彪), qu’il est enfin nommé président du comité révolutionnaire de Pékin, premier secrétaire du Parti et commissaire de l’A.P.L. pour la région militaire de Pékin (Hebei, Shanxi, Mongolie intérieure). Ce dernier poste lui permet d’épurer l’appareil militaire régional des partisans de Lin Biao après l’été 1972. Il entre au B.P. en 1973, en même temps que Hua Guofeng (華囯鋒) et Wang Dongxing (汪東興). Comme ce dernier, il est irrémédiablement compromis par la part déterminante qu’il prend dans la répression des manifestations de Tian’anmen en avril 1976 (voir Deng Xiaoping (鄧小平)).
C’est lui qui, le 5 avril, fait donner la troupe contre les habitants de Pékin, venus commémorer par milliers la mémoire de Zhou Enlai (周恩來) et exprimer leur espoir d’un avenir meilleur. Dans un discours diffusé dans la ville le soir même, il décrit Deng Xiaoping comme « l’individu engagé sur la voie capitaliste qui refuse de s’amender », formule qui devient monnaie courante en Chine dans les mois qui suivent la seconde chute de Deng. Même si Wu De n’a été qu’un exécutant, il est désormais lié inextricablement aux éléments anti-Zhou et anti-Deng, ce dont il paiera le prix malgré son ralliement au coup d’État de Hua Guofeng qui a ouvert la porte au retour de Deng.
Le 24 octobre 1976, ce maoïste fidèle de la Révolution culturelle prononce un discours devant un million de Pékinois venus célébrer la nomination de Hua Guofeng comme président du P.C.C. C’est alors qu’il révèle au monde la célèbre formule adressée par Mao à Hua : « ni banshi, wo fangxin » (avec toi en charge des affaires, je suis tranquille). Moins souple que Hua Guofeng, il ne sait pas ménager l’avenir : son langage est imprégné d’un vocabulaire déjà voué à la désuétude. Il parle comme si la Chine était encore en pleine « campagne pour la critique de Deng ». Devenu porte-parole de Hua dans les mois qui suivent la mort de Mao, Wu De fait preuve d’une insigne (et fatale) raideur. Tandis que les maoïstes « modérés » se taisent ou surveillent leurs propos, il s’en prend violemment à Deng devant le comité permanent de l’A.N.P. en novembre 1976.
Entre-temps, l’amertume populaire suscitée par les événements du 5 avril 1976 ne tarde pas à se manifester. Les affiches qui apparaissent sur les murs de la capitale pour le premier anniversaire de la mort de Zhou Enlai (janvier 1977) le prennent à parti. L’une déclare que le peuple de Pékin ne pourra pas vivre en paix tant que Wu De restera dans la capitale. Il en faudrait plus pour désarmer l’irréductible Wu. Lors d’une confrontation avec Xu Shiyou (許世友) et Wei Guoqing (韋囯清) en mars 1977, il se serait opposé au retour de Deng en proposant de libérer la « Bande des Quatre » afin que Jiang Qing (江青), Zhang Chunqiao (張春橋), Yao Wenyuan (姚文元) et Wang Hongwen (王洪文) puissent se prononcer. S’il se fait voir assis aux côtés de Deng lors de la première réapparition publique de celui-ci à un match de football à Pékin le 12 août 1977, ce geste tardif ne suffit pas à le blanchir. En août 1978, le Quotidien du Peuple publie des lettres de lecteurs qui critiquent l’administration de la capitale, la mauvaise qualité de ses services sanitaires, la pollution et la montée des prix... Liée à celle des autres maoïstes qui se sont ralliés à Hua après avoir œuvré à la seconde chute de Deng, son élimination n’est plus que l’affaire — assez lente et fort prudente — de la démaoïsation. Mais il est le premier de la « petite Bande des Quatre » (les autres étant Wang Dongxing (汪東興), Chen Xilian (陳錫聯) et Ji Dengkui (紀登奎)) à perdre ses fonctions principales : le 9 octobre 1978, Lin Hua, maire de Tientsin, le remplace à Pékin. Il est obligé de faire une autocritique après avoir été soumis à des sévères accusations lors de la conférence de travail du P.C.C. et du 3e plénum du XIe C.C. qui se tiennent en novembre et en décembre 1978. En février 1980, enfin, le C.C. accepte sa « démission » ainsi que celle des trois autres membres de la « petite Bande des Quatre ». Plus délicat, le cas de Hua Guofeng ne sera réglé que plus d’une année plus tard.

SOURCES : China News Analysis, 12 novembre 1976, 19 août 1977, 8 décembre 1978. — Garside (1981). — Issues and Studies, vol. XIII, no. 5, mai 1977 ; vol. XVI, nos 3, 4, mars, avril 1980. — Zafanolli (1981).

Noël Castelino

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