Né le 17 juin 1900 dans le xian de Dawu, au nord-est du Hubei ; mort le 25 mars 1970 à Zhengzhou (Henan). Guérillero, puis général communiste, l’un des fondateurs de la base soviétique d’Eyuwan.

Pour illustrer une image d’Épinal du héros prolétarien, on peut s’appuyer sur le caractère et les années d’apprentissage de Xu Haidong, tels que les rapporte Edgar Snow (il a interviewé son modèle en août 1936 dans le Gansu). Un fils et neveu de potiers illettrés, qu’on se saigne pour envoyer à l’école : il la quitte après une bagarre entre écoliers riches et pauvres, rossé par le père d’un « riche », qui l’accuse d’avoir « oublié sa naissance », autrement dit son rang, puis par l’instituteur. Un apprenti potier à onze ans (l’année de la première révolution), devenu potier accompli cinq ans plus tard. Encore cinq ans, et Xu s’enfuit de chez lui, va travailler (comme potier naturellement) dans le Jiangxi, futur laboratoire de la révolution agraire, contracte le choléra, s’engage pour survivre, mais reçoit des coups au lieu de la solde promise. Il déserte, rejoint à Canton la 4e Armée nationaliste de Zhang Fakui, devient chef d’escouade, prend part à la Beifa, adhère au P.C.C. en 1927 (selon d’autres sources, il aurait rejoint le parti dès 1925, avant sa participation à la Beifa) et, la révolution écrasée, s’en va soulever paysans et potiers dans son pays natal.
Dix-sept partisans, armés d’un revolver (un pour dix-sept, non un chacun) : voilà les débuts (ou presque : la guérilla a commencé dans la région durant l’automne précédent) de la base soviétique d’Eyuwan, qui ne le cédera en importance qu’à la zone soviétique centrale établie par Mao et Zhu De (朱德) dans le Jiangxi. Au printemps 1929, le P.C.C. envoie en renfort un autre Xu : l’ancien cadet de Huangpu Xu Xiangqian (徐向前), puis deux ans plus tard toute une nouvelle fournée de dirigeants : les « retour d’U.R.S.S. » Zhang Guotao (張囯燾) (un des cofondateurs du Parti), Chen Changhao (陳昌浩) et Shen Zemin (沈澤民). Supplanté par ces nouveaux venus, Xu Haidong commande un régiment de la 4e Armée rouge de Xu Xiangqian, mais quand la 4e Armée évacue la base encerclée durant l’été 1932 (voir Xu Xiangqian (徐向前) et Zhang Guotao (張囯燾)), Xu Haidong blessé demeure sur place pour couvrir la retraite. Avec Shen Zemin, qui n’y survivra pas, Xu passe alors deux années terribles, qui évoquent par avance les épreuves de ceux qu’on abandonnera dans le Jiangxi au moment du départ de la Longue Marche. Un chapitre entier (« Guerre de classe ») du bel album d’images d’Épinal dessiné par Snow (1938) rapporte les atrocités commises par les armées blanches dans l’ex-base d’Eyuwan en 1933. Soixante-six personnes du clan de Xu Haidong auraient été tuées, Chiang Kai-shek ayant donné l’ordre d’exterminer tous les Xu de la région.
La tête de Xu lui-même est mise à prix cent mille yuan (aussi cher que celle de Mao Tse-tung), à l’époque de la visite de Snow à son état- major en août 1936. Entre-temps Xu, qui a évacué à son tour la région d’Eyuwan en 1934, a rejoint le Shanbei un mois avant Mao Tse-tung et a participé à l’expédition dans le Shanxi (février 1936), au cours de laquelle Liu Zhidan (劉志丹) a trouvé la mort. Grâce à leur rapidité de manœuvre et au soutien des paysans locaux, les forces commandées par Liu et Xu réussissent à occuper en moins d’un mois près du tiers (méridional) du domaine de Yan Xishan, avant que les armées envoyées en renfort par le gouvernement central contraignent l’armée rouge à évacuer le Shanxi. Dans le Nord-Ouest, Xu commande la 15e Armée rouge, qui compte plus de recrues locales (du Shenxi et du Gansu) que d’anciens d’Eyuwan. Lorsque Snow l’interviewe, ce guerrier tout d’une pièce, naïf, sincère, enthousiaste, infatigable, ce héros huit fois blessé, demeuré aussi timide qu’une jeune fille, ce militant à la conscience de classe sans faille paraît presque à l’apogée de sa carrière révolutionnaire. Après avoir participé sous Lin Biao (林彪) à la bataille victorieuse de Pingxingguan (septembre 1937), Xu exerce divers commandements durant la guerre sino-japonaise, d’abord en Chine du Nord (Shanxi, Hebei, Shandong), puis à partir de 1939 dans la 4e Armée nouvelle (voir Ye Ting, Xiang Ying), mais il contracte en 1938 une tuberculose dont il ne se remettra jamais. Il n’est pas élu au C.C. lors du VIIe congrès (1945) et n’obtient après 1949 ni responsabilités importantes ni honneurs exceptionnels. Il devient général de l’A.P.L. (mais non pas l’un des dix maréchaux promus en 1955), entre enfin au C.C. en 1956 et assiste l’année suivante sur un fauteuil d’infirme à la célébration du trentième anniversaire de la fondation de l’A.P.L. : sa mauvaise santé, n’explique pas seule la longue éclipse de ce vétéran d’emblée hostile à la révolution culturelle. Le IXe congrès du P.C.C. l’avait réélu au C.C., il en a été renvoyé quelques mois plus tard en octobre 1969. Autoritairement relégué à Zhengzhou, Xu y est mort au printemps suivant. Après le retour au pouvoir de Deng Xiaoping (鄧小平), qui le réhabilite officiellement le 25 janvier 1979, la presse a célébré en lui une victime de la Bande des Quatre et de la Révolution culturelle.

ŒUVRE : Xu Haidong a raconté la marche de la 25e Armée rouge vers l’ouest et le nord-ouest (du Anhui au Shanbei, ou Shenxi septentrional) en 1934-1935 : Hongqi piaopiao (Le drapeau rouge flotte), Pékin, 1957 (III, 174-186).

SOURCES : Outre KC, BH et WWCC, voir : Chang Kuo-t’ao (Zhang Guotao), Il (1972). — McColl in Journal of Asian Studies, XXVII, no. 1, novembre 1967. — Snow (1938). — Snow (1957). — Xu Haidong, in Hongqi piaopiao (1957 : cf. Œuvre). — Gillin (1967), pp. 220-221. — Wikipedia, the free encyclopedia- Wortzel et Higham (1999), cité par Wikipedia.

Lucien Bianco

Version imprimable de cet article Version imprimable