Né en 1950 ; probablement exécuté en 1968 ; en 1967-1968, les textes qu’il rédige pour l’organisation de Gardes rouges du Hunan, le Shengwulian, font de lui le principal théoricien de l’ultra-gauche chinoise.

Quand commence la Révolution culturelle, Yang Xiguang est élève au lycée no. 1 de Changsha. Il est issu d’une famille appartenant à la haute bureaucratie. Son père, Yang Difu, est directeur du bureau des défrichements agricoles de la province du Hunan en même temps que secrétaire du comité de Parti de ce même bureau, poste auquel il a été rétrogradé en 1959, à la suite de l’affaire Peng Dehuai (彭德懷). Sa mère, Chen Su, est, elle, vice-présidente de la Fédération des syndicats pour le Hunan.
La situation de troubles qui s’instaure à Changsha de 1966 à 1968 manifeste très clairement l’ambivalence fondamentale qui caractérise la Révolution culturelle, dont les différents protagonistes parlent tous le même langage, celui du maoïsme, mais sans s’entendre sur la valeur qu’ils donnent aux mots : ce qui pour les uns n’est qu’une façon habile de mettre en scène — et ce faisant, de mettre en œuvre — une redistribution du pouvoir entre les divers clans de la classe dirigeante, est pour les autres le support idéologique d’une aspiration plus ou moins confuse à un changement politique et social. L’intérêt de la démarche de Yang Xiguang est qu’elle le conduira, au terme de son évolution, à traduire cette aspiration en une véritable exigence révolutionnaire.
Pendant l’année 1966, il participe activement aux « échanges d’expérience révolutionnaires » et à la lutte contre les « quatre vieilleries ». En janvier 1967, après la « Révolution de janvier » à Shanghai (voir Wang Hongwen (王洪文), Zhang Chunqiao (張春橋)), l’organisation de Gardes rouges à laquelle il adhère, « Tempête sur la rivière Xiang », suivant un mot d’ordre national, se jette dans le combat pour les « prises de pouvoir ». La plupart des cadres supérieurs de l’ancien comité provincial sont écartés du pouvoir. Parmi eux se trouvent : Zhang Pinghua (張平化), Zhang Bosen et Hua Guofeng (華囯鋒). Mais en février, les cadres des provinces, appuyés par les régions militaires, contre-attaquent et procèdent à l’arrestation de centaines de milliers de Gardes rouges. A Changsha, « Tempête sur la rivière Xiang » est condamnée comme organisation contre-révolutionnaire. Peu après, le Centre maoïste appelle à la constitution de comités révolutionnaires, fondés sur la base de la « triple alliance », qui doivent sanctionner le nouveau rapport de forces qui s’est établi dans le pays et marquer le début de la reprise en main. Mais à Changsha comme ailleurs, les « révolutionnaires » ne se satisfont pas de cette formule, qu’ils considèrent comme « une réplique de l’ancien pouvoir politique ». En mai, renversement de la situation, Pékin envoie à Changsha la 47e armée de la 4e Armée de campagne, avec pour mission de « soutenir la gauche », en fait, pour permettre à la faction de Lin Biao (林彪) et de Jiang Qing (江青) d’étendre son contrôle sur la province. Les Gardes rouges « conservateurs », sur lesquels l’ancienne direction du comité provincial s’appuie, doivent s’effacer devant les « rebelles révolutionnaires ». Mais l’entente entre ceux-ci et les soldats de la 47e armée est de courte durée. Durant l’été 1967, à la suite de l’« Incident de Wuhan » (voir Wang Li (王力)), de très violents combats mettent aux prises les organisations de rebelles entre elles, avec d’un côté l’« État-major des rebelles révolutionnaires de l’enseignement supérieur du Hunan », qui coopère avec l’armée, et de l’autre, des groupes de l’ultragauche comme celui dont Yang Xiguang fait partie. Les deux camps sont armés jusqu’aux dents, le premier grâce aux fournitures directes de l’armée, et le second grâce aux armes saisies aux « conservateurs » quelques mois auparavant et surtout au pillage des dépôts de munitions et des arsenaux. Pendant plusieurs semaines, on s’affronte au mortier et à la mitrailleuse lourde dans les rues de la bonne ville de Changsha. A l’issue de la « Tempête d’août », les radicaux remportent une éphémère victoire et s’emparent du pouvoir au Hunan. Mais en septembre, à la suite d’une tournée d’inspection de Mao Tse-tung (毛澤東) au Hunan, les Gardes rouges sont désarmés. Ce n’est pourtant pas encore la fin de leur mouvement. Le 11 octobre 1967, une vingtaine d’organisations radicales se regroupent au sein du Comité d’union des révolutionnaires prolétariens du Hunan (en abrégé, Shengwulian). « Tempête sur la rivière Xiang », « Emparons-nous du pouvoir militaire ! », « Sus aux universités ! » en font partie. Le Shengwulian fait pendant aux groupes préparatoires des comités révolutionnaires, et il se conçoit lui-même face à eux comme les soviets russes face au gouvernement provisoire de Kerenski.
C’est durant cette période que le jeune homme (il n’a pas dix-huit ans) rédige toute une série d’écrits incendiaires : « Rapport d’enquête sur le mouvement de la jeunesse instruite de Changsha », plaidoyer pour ces jeunes citadins qui, à la suite du Grand Bond en avant, ont été condamnés à un exil dans les campagnes, et dont le titre aussi bien que la forme affectent ceux du fameux « Rapport d’enquête » du Grand Timonier sur la situation des paysans ; « Sur l’idée de créer des groupes maoïstes » ; « Le pouvoir sort des fusils — reparlons de nous emparer du pouvoir militaire » ; « Notre programme », qui est la plate-forme politique du Shengwulian ; et enfin le plus connu : « Où va la Chine ? ». La clarté des vues théoriques de Yang Xiguang surprend. Prenant au sérieux certaines affirmations « gauchistes » de Mao Tse-tung, il en déduit que la Chine est une société de classe, dans laquelle les « capitalistes rouges » (la bureaucratie) exercent le pouvoir dominant, et où existe « l’exploitation des campagnes par les villes et des travailleurs manuels par les intellectuels ». Selon lui, la Révolution culturelle ne peut se limiter à l’élimination de quelques « tenants de la voie capitaliste » et à leur remplacement par d’autres bureaucrates, mais passe par le renversement complet de la classe qu’ils constituent (« 90 % des cadres supérieurs doivent être écartés », dit-il) et la proclamation de la « Commune populaire de Chine » dans laquelle « l’armée, échappant à tout contrôle bureaucratique, sera le peuple, et le peuple l’armée ». Bien qu’engoncé dans une phraséologie marxiste-léniniste et maoïste, le projet de révolution sociale que propose Yang Xiguang a un contenu nettement anarchiste. Le peuple en armes, proclame-t-il, doit « abolir les organes bureaucratiques » et « réduire totalement en poussière l’appareil d’État », tandis que la Commune en gestation sera dotée de cadres qui « ne jouiront d’aucun privilège, (qui) au point de vue matériel, recevront les mêmes traitements que la masse du peuple et (qui) à tout moment pourront être remplacés selon la volonté du peuple ». Les écrits du Shengwulian constituent l’expression théorique la plus complète d’un courant d’idées qui se fait jour en 1967 dans toute la Chine. Ils connaissent immédiatement un très grand retentissement et sont repris dans quantités de publications de Gardes rouges rebelles. A Canton, ils sont à l’origine de la relance de l’agitation gauchiste de l’hiver 1967-1968.
L’audace des prises de position du Shengwulian, ses attaques contre l’armée et ses dénonciations de Zhou Enlai (周恩來), (« l’actuel représentant en chef de la classe capitaliste “rouge” ») en font aussitôt une cible de la direction maoïste à Pékin. Le 24 janvier 1968, le Groupe central chargé de la Révolution culturelle prononce sa condamnation officielle et attribue sans rire ses idées au G.M.D. et aux « impérialistes américains ». La situation que cette organisation a créée au Hunan et ailleurs est jugée si grave qu’au cours de la réunion, Zhou Enlai, mais aussi Kang Sheng (康生), Chen Boda (陳伯達), Jiang Qing et Yang Chengwu prennent successivement la parole pour la dénoncer. L’organisation est dissoute et ses membres sont pourchassés, de manière si féroce que Hua Guofeng, qui a réussi à se faire inclure dans le comité révolutionnaire hunanais, y gagne le sobriquet de « boucher du Shengwulian ». Au début de 1968, Yang Xiguang part se réfugier à Shanghai, où peu après, il est arrêté (d’autres sources cependant, donnent Wuhan comme le lieu de son arrestation). Ramené à Changsha, il est jeté en prison et torturé. Son exécution, bien qu’elle n’ait jamais été confirmée, apparaît comme probable (mais à Hong Kong la rumeur a un moment couru qu’il avait été condamné à dix ans de prison). A la suite de cette affaire, la mère de Yang Xiguang, Cheng Su, est acculée au suicide, tandis que son père, Yang Difu, est accusé d’être le « manipulateur dans les coulisses » de son fils et est condamné comme « élément triplement anti » (anti-socialiste, anti-Parti et anti-pensée-mao).

ŒUVRE : Women de gangling (Notre programme), in Cuangyin hongqi, no. 5, mars 1968, Canton ; Zhongguo xiang hechu qu ? (Où va la Chine ?), in op. cit. et in Zhongnan diqu wenhua da geming yundong (La Révolution culturelle dans la région du Centre-Sud), édité par Ding Wang, Hong Kong, 1972. Ces deux œuvres ont été traduites en français in Révo cul dans la Chine pop, préparé par Hector Mandarès et al., Paris, 1974.

SOURCES : Guanyu shehuizhuyi de minzhu yu fazhi (De la démocratie et du système légal sous le socialisme), (1976). — Voir aussi l’interview d’un ami de Yang Xiguang in Minus 7, juin 1977 et Shifang (Libération), Hong Kong, 1977 (revue publiée par le Comité d’action pour la libération de Li Yizhe et Yang Xiguang).

Wotjtek Zafanolli

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