Né le 1er février 1917, dans le xian de Juye, au Shandong, mort le 21 avril 2005. Membre du « groupe de Shanghai », l’un des principaux théoriciens de la « gauche » maoïste pendant et après la Révolution culturelle, qui le porte au sommet du pouvoir. Arrêté le 6 octobre 1976 comme membre de la « Bande des Quatre », il est condamné à mort avec deux ans de sursis le 23 janvier 1981.

Zhang Chunqiao est issu d’une famille de notables locaux. Son grand- père et son arrière-grand-père paternels ont servi sous la dynastie mandchoue comme mandarins du niveau du xian. Zhang Kaiyi, son père, a été directeur de la poste d’un xian, officier dans l’armée nationaliste, médecin militaire et directeur d’un centre de détention au Shandong. En 1932, Zhang entre au lycée Zhengyi, à Jinan, et commence alors une activité littéraire qui, pour être précoce, n’en révèle pas moins un talent certain. A quinze ans, il écrit son premier roman, qui décrit l’enthousiasme avec lequel un groupe de jeunes résiste à l’attaque surprise de Shanghai par les Japonais le 28 janvier 1932. Écrivain très fécond, durant toute la durée de son séjour à Jinan, il publie dans nombre de revues littéraires locales ou shanghaïennes. Dans ses nouvelles et ses romans, il peint de façon très réaliste, un peu « à la Zola », la misère des campagnes chinoises et la dure condition des paysans. Il s’essaie aussi à la poésie. Ainsi, dans « Notre printemps », il écrit à propos d’ouvriers d’industrie : « On dirait quelques dizaines de cadavres qui avancent sans force. Une foule vient juste de descendre, une autre monte la remplacer, cela ressemble à un mécanisme mort. » En mai 1935, encouragé par Cui Wanqiu, le rédacteur en chef de Huoju (Le Flambeau, supplément littéraire du Dawanbao ), il part tenter sa chance à Shanghai. Il n’a alors que dix-huit ans, et il ne tarde pas à devenir un membre très actif de la Ligue des écrivains de gauche, l’organisation littéraire pro-communiste contrôlée par Zhou Yang (周揚). Il continue d’écrire, mais la qualité littéraire de ses romans et de ses articles se ressent très vite d’un engagement politique qui, de façon évidente, absorbe le plus clair de son temps. Au début de l’année 1936, Zhang Chunqiao polémique Lu Xun (魯迅) à propos d’une vétille : les deux hommes jugent différemment le roman de Xiao Jun (蕭軍) Bayue de xiangcun (Le village au mois d’août). Quarante ans plus tard, cette querelle sans intérêt deviendra un des éléments centraux de la campagne contre la « Bande des Quatre ».
En septembre 1937, après l’occupation de Shanghai par les Japonais, Zhang Chunqiao se réfugie à Jinan, avant de prendre la route de Yan’an, où il arrive en janvier 1938, en même temps qu’un grand nombre d’intellectuels compagnons de route du P.C.C. C’est à ce moment qu’il est admis au Parti. En 1976, on lui reprochera de s’être rendu à Yan’an sur instructions du G.M.D. et de s’être « infiltré dans le Parti ». Ce qui est certain, c’est que lors de son adhésion au P.C.C., Zhang Chunqiao dissimule ses « mauvaises » origines de classe. Le reste relève très probablement de cette logique propre à tous les totalitarismes, et qui, dans le cas chinois, fait immanquablement des perdants de la lutte pour le pouvoir des « traîtres » et des « agents du G.M.D. ». Une fois à Yan’an, Zhang Chunqiao étudie, puis enseigne, à l’École publique du Shenxi-Nord, une école de formation des cadres du P.C.C. Il cesse alors presque complètement d’écrire. L’un des rares articles connus qu’il publie durant cette période paraît en mars 1938 dans le supplément littéraire du Jiefang ribao (Libération), dont Ding Ling (丁玲) est la rédactrice en chef. L’article est une satire mordante du seigneur de la guerre du Shandong, Han Fuju. En 1976-1977, sa forme humoristique se prêtant particulièrement bien à la manipulation, il servira à étayer les accusations les plus fantaisistes contre Zhang Chunqiao. En 1939 ou 1940, Zhang Chunqiao est envoyé dans la région frontalière du Shanxi-Chahar-Hebei, où il accomplit du travail de propagande sous les ordres de Nie Rongzhen (聶榮臻) et de Peng Zhen (彭真), mais à un poste qui n’est pas connu. Pendant la guerre civile, il se trouve à Shijiazhuang, où il est rédacteur en chef du Shimen ribao (Quotidien de Shimen), l’organe du P.C.C. pour la Chine du Nord. En mai 1949, il est détaché à Shanghai, comme délégué de la Commission de contrôle militaire.
C’est à Shanghai que Zhang Chunqiao fait ses vrais débuts politiques. Jusqu’en 1955, il est l’un des dirigeants de la presse de la grande métropole. En février 1950, il est nommé vice-directeur du bureau pour la Chine de l’Est de l’Agence Chine nouvelle et concurremment vice-directeur du bureau d’information et de publication de la Commission administrative militaire pour cette même région. En 1953, il devient directeur du quotidien du Parti à Shanghai, Jiefang ribao, ainsi que vice-président de l’Association d’amitié des travailleurs de la presse. En 1954, il fait partie de la délégation de la presse chinoise qui se rend à Moscou à l’invitation de la Pravda. La délégation, qui est conduite par Deng Tuo (鄧拓), séjourne deux mois à Moscou. A son retour en Chine, Zhang Chunqiao entreprend d’écrire une série d’articles dans lesquels il fait l’éloge de l’U.R.S.S. En 1955, il est investi de nouvelles fonctions, qui font de lui l’un des principaux responsables du monde littéraire shanghaïen : secrétaire-suppléant à la commission du P.C.C. pour le travail littéraire et artistique de la municipalité. Puis, en 1956, quand cette commission est transformée en département, il en devient le directeur. A ce titre, il contrôle toutes les revues et les associations littéraires et artistiques de la « capitale intellectuelle de la Chine ». A cette époque, il apparaît comme étroitement associé à Zhou Yang, le « tsar des arts et des lettres ». Ainsi, c’est lui qui, en 1955, lors de la campagne contre Hu Feng (胡風), orchestre la purge à Shanghai, qui se traduit par l’élimination d’un grand nombre d’écrivains et d’artistes. Zhang Chunqiao est devenu un homme d’appareil.
Cependant, il laisse encore paraître des préoccupations qui sont typiquement celles d’un intellectuel. Durant les « Cent Fleurs », il publie des articles qui surprennent de la part de quelqu’un qui, dix ans plus tard, sera l’un des principaux artisans de la plus sanglante inquisition littéraire que la Chine ait sans doute jamais connue. Il écrit par exemple : « Puisque les travailleurs des arts et des lettres appellent leur propre travail de la “création”, alors, plus ils créent et plus il devrait y avoir de formes de création ; il n’est absolument pas possible que les formes de création s’amenuisent, deviennent uniformes et monotones au fur et à mesure qu’ils créent. » (cité in Zafanolli, op. cit., p. 134). Et ailleurs : « On dirait que pour servir les ouvriers, paysans et soldats, on ne puisse que les décrire eux et eux seuls. Il semble que les ouvriers, paysans et soldats ne doivent, ne puissent et n’aient besoin que de se voir eux-mêmes. » (Ibid.).
Dernier sursaut d’intellectuel qui s’explique par le contexte d’une époque propice à tous les emballements, ou grossière erreur d’appréciation sur le sens de la manœuvre politique que sont les « Cent Fleurs » ? Quoi qu’il en soit, sitôt que le vent a tourné, il fait volte-face et publie nombre d’articles « anti-droitiers », dans lesquels il n’hésite pas à dénoncer en des termes très violents des écrivains de renom tels que Wang Ruowang, Xu Jie, Xu Zhongyu ou Chen Renbing. Bien plus, quand le Grand Bond en avant est engagé, il se lance avec passion dans la surenchère « gauchiste ».
Pendant l’été 1958, au cours d’une réunion élargie du B.P., Mao Tse-tung (毛澤東) prononce le mot d’ordre de « limiter le droit bourgeois ». Zhang Chunqiao rédige aussitôt un article, « Éliminons l’idéologie du droit bourgeois », dans lequel sont déjà exprimées les idées qui inspireront en 1975 le « mouvement d’étude de la dictature du prolétariat ». L’article paraît d’abord à Shanghai, puis, en octobre, il est repris par le Renmin ribao qui l’accompagne d’une note de la rédaction due à la plume de Mao lui-même. Zhang Chunqiao y écrit : « Le cœur de l’idéologie des droits bourgeois se trouve dans la hiérarchie (...) L’existence sous le communisme militaire, dont la caractéristique est un système de paiement en nature », et qui prévalait avant 1949, « est une forme d’existence où les relations entre les gens sont égales ». Il préconise donc de « renforcer, sur les plans idéologique, politique et moral, l’éducation communiste, afin de lutter pour éliminer complètement le droit bourgeois ». Cet article place immédiatement Zhang Chunqiao au centre d’une polémique où il se trouve confronté à Hu Qiaomu et, déjà, à Deng Xiaoping (鄧小平). Il ne fait aucun doute qu’à cette époque, il a commencé à prendre ses distances avec la faction de Zhou Yang, dans laquelle il n’a jamais été, en mettant les choses au mieux, qu’un comparse, et qu’il s’est rangé aux côtés de Mao dans la lutte que celui-ci va entamer contre la majorité de l’appareil du Parti. Peut-être a-t-il trouvé dans cet engagement le moyen de concilier ses inclinations intellectuelles et ses ambitions politiques : ne pouvant pas, dans un « plan de carrière » normal, être à la fois lettré et apparatchik, il aurait résolu la contradiction en devenant « idéologue du maoïsme ».
Dès lors, son choix est fait et bien fait. En 1958, pendant le « mouvement pour le nouveau chant populaire » (xin minge yundong), il s’engage nettement dans une entreprise qui apparaît comme l’équivalent intellectuel du Grand Bond en avant (l’emballement de la production de « poèmes ») et dans lequel il est, une dernière fois, associé à Zhou Yang, le champion des « formes nationales ». En juin 1959, par exemple, dans un article intitulé « Attaquer les autres et se porter soi-même au pinacle », il écrit : « Les choses écrites par les combattants prolétariens pour promouvoir la cause du socialisme seraient-elles encore plus « superficielles », elles n’en sont pas moins animées par leur flamme. Cette flamme est pour la Chine de la plus grande valeur (...) Par rapport à ces choses en apparence très profondes mais remplies du venin de l’idéologie bourgeoise, elles ont non seulement l’avenir pour elles mais sont également pleines de charme, (aussi) n’est-il absolument pas permis de les traiter avec mépris » (Wenyi sixiang zhanxian, p. 274). Terribles paroles qui préfigurent cette « littérature des ouvriers, paysans et soldats », qui, pendant dix ans, transformera la Chine en un désert culturel.
En 1962, commence la troisième étape de la carrière de Zhang Chunqiao. Il est nommé directeur du Département de la propagande de Shanghai. A partir de 1964, il cumule cette fonction avec celle de membre- suppléant au secrétariat du comité municipal du Parti, puis, après mars 1965 avec celle de secrétaire du comité municipal en charge de la culture et de l’enseignement. Au 10e plénum du VIIIe congrès, à la fin 1962, Mao Tse-tung lance le « mouvement d’éducation socialiste », cette Révolution culturelle avortée. A la faveur de ce mouvement, Zhang Chunqiao, l’intellectuel qui s’est fait un redoutable doctrinaire, ordonne la production à Shanghai de « pièces de théâtre révolutionnaires et modernes » mettant l’accent sur la lutte des classes et la « pensée-mao-tse-tung ». Au même moment, à Pékin, Jiang Qing (江青) prend la tête d’un mouvement de « réforme de l’opéra ». Cette conjonction détermine le début d’une association, lourde de conséquences, entre l’épouse du Timonier et Zhang Chunqiao : à partir de la fin de 1963, Jiang Qing se rend très fréquemment à Shanghai où, grâce à la bienveillance du principal responsable de la culture de la grande ville, elle peut organiser à loisir la production des huit « œuvres ou opéras révolutionnaires à thèmes contemporains » (yang-banxi), qui occuperont toute la scène artistique chinoise après 1966. Mais la collaboration de Jiang Qing et de Zhang Chunqiao ne se limite pas au terrain culturel, et il apparaît très vite qu’il existe une « clique de Shanghai », dirigée par Ke Qingshi (柯慶施), le premier secrétaire du comité municipal, qui est la contrepartie exacte de celle qui gravite autour du maire de Pékin, Peng Zhen. Le premier affrontement ouvert entre les deux groupes rivaux ne tarde pas à se produire : il a lieu en juin 1964, au cours d’une réunion sur le théâtre, et met aux prises, précisément, Zhang Chunqiao et Peng Zhen. A Shanghai, Zhang Chunqiao dispose de toute une équipe d’« écrivains ouvriers, paysans et soldats », dont les principaux sont, outre Yao Wenyuan (姚文元), Xu Jingxian, Hu Wanchun, Fei Liwen et Tang Kexin. La mort de Ke Qingshi en avril 1965 n’affecte en rien la situation. Grâce à Zhang Chunqiao, Shanghai est devenue le bastion politique qui va permettre à Mao Tse-tung de reconquérir le pouvoir.
La plus belle action d’éclat de la « clique de Shanghai » — et qui va déclencher les réactions en chaîne de la Révolution culturelle —, c’est sans conteste la publication, en novembre 1965, de l’article signé par Yao Wenyuan, « Critique de la nouvelle pièce à caractère historique, Hai Rui démis de ses fonctions ». Dans un de ses discours de la Révolution culturelle, Jiang Qing reconnaîtra qu’en fait, elle-même et Zhang Chunqiao avaient passé quelque huit mois à corriger l’article avant que sa version définitive fût prête. En mai 1966, Zhang récolte enfin les premiers fruits de son ralliement à Mao et de sa collaboration avec son épouse : il est promu vice-directeur du Groupe central chargé de la Révolution culturelle (G.C.R.C.). Il représente la Chine de l’Est au sein de cet organisme qui, pendant trois ans, va assumer la direction de fait du pays. A partir de ce moment et jusqu’à la fin de la Révolution culturelle, Zhang Chunqiao partage son temps entre Pékin et Shanghai, qu’il réussit à transformer en une base politique entièrement à sa dévotion, grâce à l’organisation de Gardes rouges que contrôle le quatrième de la Bande, Wang Hongwen (王洪文).
A la suite de la « Tempête de janvier » 1967, les organisations du Parti à Shanghai sont démantelées. Leurs dirigeants, dont Cao Diqiu, le successeur de Ke Qingshi à la tête du comité municipal, sont arrêtés, humiliés et battus. Certains (Cao Diqiu, Jin Zhonghua...) y perdront la vie. Mais c’est à la tête d’une ville complètement paralysée par la plus grande grève de son histoire que se retrouve Zhang Chunqiao, tandis qu’il doit faire face à des attaques de plus en plus violentes de la part de groupes de Gardes rouges radicaux qui refusent d’entériner son coup de force. Ces groupes, qui comptent un grand nombre d’étudiants de l’Université Fudan et dont le principal leader est Geng Jinzhang, prennent le relais d’une opposition de « droite » exprimée par les organisations « rebelles » manipulées par l’ancien comité municipal et qui, en ce début de l’année 1967, doivent s’avouer vaincues. Investi du soutien de Mao et de Jiang Qing, Zhang Chunqiao n’y va pas par quatre chemins : il fait appel au commandant de la garnison, Liao Zhengguo, qui fait donner la troupe contre les ouvriers dont il avait lui-même contribué à allumer le mécontentement et contre les organisations « rebelles » indépendantes du pouvoir. Le 5 février 1967, il peut ainsi proclamer la Commune de Shanghai, dont, le 24 février, sur une « instruction suprême », il change la dénomination en comité révolutionnaire. Il s’en sacre bien évidemment président. Après la fondation de la Commune, Zhang Chunqiao n’hésite plus à recourir de plus en plus ouvertement à l’usage de la force, i.e. à l’A.P.L., pour rétablir l’ordre. Cette collaboration entre les militaires et Zhang Chunqiao reçoit d’ailleurs une sanction officielle : en même temps qu’il devient le premier personnage de Shanghai, il est nommé premier commissaire politique de la région militaire de Nankin et de la garnison de Shanghai. En l’espace de quelques semaines, l’économie de la grande métropole est remise en marche, tandis que les organisations dissidentes se voient imposer silence les unes après les autres. Cette reprise en main permet à Zhang Chunqiao de tenir son fief en dehors de la flambée de violence que la plupart des villes chinoises connaissent durant l’été 1967. La garnison de Shanghai lui ayant depuis le début prêté son concours, il n’y a, par définition, aucun « représentant de la bourgeoisie » à démasquer en son sein, et donc Zhang Chunqiao ne répercute nullement à Shanghai les appels du G.C.R.C. encourageant les attaques contre l’armée. Le seul incident notable de l’été est l’assaut conduit par Wang Hongwen, le 4 août 1967, contre l’usine de moteurs Diesel. Mais cette affaire — qui, en 1980, figurera dans l’acte d’accusation de Zhang Chunqiao et de Wang Hongwen — n’est en fait qu’une vaste opération publicitaire marquant l’accentuation de la répression contre les « rebelles » et n’est nullement l’indice d’une véritable opposition.
C’est tout naturellement qu’en avril 1969, lors du IXe congrès, Zhang Chunqiao devient membre du B.P. Il fait partie dès ce moment des « héritiers révolutionnaires », qui doivent assurer la succession de Mao. Il détient ses responsabilités principales, semble-t-il, dans le secteur du « mouvement communiste international ». En 1971, quand Shanghai se dote à nouveau d’un comité de Parti, il en devient le premier secrétaire, tandis qu’il conserve son poste de premier commissaire politique au niveau de la région militaire et de la garnison. Zhang Chunqiao, qui passe le plus clair de son temps à Pékin après la Révolution culturelle, transforme Shanghai en base de son pouvoir. Tout l’appareil politique et administratif de la municipalité est pourvu d’hommes qui sont à son entière dévotion. En même temps, il entreprend de constituer à Shanghai une force armée n’obéissant qu’au comité municipal, les milices ouvrières, qui, en 1976, compteront un million d’hommes et seront équipées d’armements lourds, normalement réservés à l’A.P.L. Au Xe congrès, en août 1973, Zhang Chunqiao est promu membre du comité permanent du B.P., ce qui le place à la neuvième position dans la hiérarchie du P.C.C. Il s’occupe de la direction au jour le jour du travail du C.C., poste extrêmement important, et dont l’équivalent est celui du secrétaire général d’avant la Révolution culturelle. A la 4e A.N.P., en janvier 1975, Zhang lit le rapport sur la révision de la Constitution, et il est nommé vice-premier ministre (au second rang après Deng Xiaoping), en même temps que directeur du Département politique général de l’A.P.L.
Après la Révolution culturelle, tous les efforts de la « clique du palais », dont les principaux membres sont, outre Mao Tse-tung et Zhang Chunqiao, Jiang Qing, Yao Wenyuan et Wang Hongwen, visent à étendre l’influence de la « gauche » dans le Parti et l’État. Mais à la suite de la tentative de coup d’État de Lin Biao (林彪) en septembre 1971, Mao Tse-tung se voit contraint de laisser Zhou Enlai (周恩來) regarnir le Conseil des Affaires d’État (Guowuyuan) avec des hommes qui ont été écartés pendant la Révolution culturelle. Aucune des campagnes politiques dirigées contre Zhou Enlai, et dont le principal instigateur est Zhang Chunqiao, la « critique de Lin Biao et Confucius », le « mouvement d’étude de la dictature du prolétariat », la critique de l’« empirisme », l’appel à la lutte contre « la bourgeoisie à l’intérieur du Parti », la critique du roman Au bord de l’eau, la poursuite de la « révolution dans l’enseignement », la « riposte au vent de réhabilitation de la droite », la « critique de Deng », ne parvient à ébranler vraiment la base de pouvoir du premier ministre, ni à donner une véritable assise à celle de la « Bande des Quatre ». Dès 1975, il est devenu clair que le seul rempart protégeant les Quatre et empêchant leur mise à l’écart définitive, c’est le patriarche sénile lui-même. A tel point que celui-ci une fois mort, il faut moins d’un mois à Hua Guofeng (華囯鋒) et à ses alliés pour éliminer ceux en qui le Mao de la dernière période avait placé tous ses espoirs.
Zhang Chunqiao, le « théoricien maoïste » qui était promis à la succession du Grand Timonier à la tête du Parti, est arrêté comme un vulgaire criminel et vilipendé au cours d’une campagne politique nationale organisée selon les canons, maoïstes, du genre. C’est au procès de la « Bande des Quatre », commencé le 20 novembre 1980, que Zhang Chunqiao fait sa dernière apparition publique. L’homme émacié et prématurément vieilli qui monte au banc des accusés pendant les deux mois que dure le procès, oppose aux questions du tribunal un silence obstiné et méprisant : Zhang Chunqiao a conservé en lui suffisamment des ressources de l’intellectuel qu’il fut avant qu’il ne damnât son âme dans la grande aventure du pouvoir pour préférer, au moment crucial où il joue sa tête, la protestation muette à l’acte de contrition feinte qui aurait fait de ce procès une mascarade réussie. En dépit des excès auxquels son nom restera attaché, cette courageuse attitude fait hésiter à trancher de façon catégorique la question qu’on ne manque pas de se poser à son égard : était-il de la race des naïfs ou des cyniques ? Sans doute pour des considérations de politique internationale, Zhang Chunqiao n’est pas exécuté à l’expiration du sursis de deux ans dont est assorti le verdict de mort du tribunal. Selon des rumeurs circulant à Hong Kong en juin 1983, le cancer dont il est atteint serait entré dans sa phase terminale.

ŒUVRE : « Anmen de chuntian » (Notre printemps), in Wenxue jikan (Revue trimestrielle de littérature), no. 4, 16 décembre 1934. — « Quzhu » (Le bannissement), in Tai bai, 1er mai 1935, vol. II, no. 9. — « Caoyuan zhi ge » (Le chant de la plaine), in Supplément du Shenbao (La requête), 1er mars 1936, vol. I, no. 8. — Pour la polémique où, sous le pseudonyme de Dick, il se trouve opposé à Lu Xun, voir « Women yao zhixing ziwo piping » (Nous devons faire notre autocritique), in Huoju (Le flambeau), 15 mars 1936. — Pour un article où il prend position en faveur de la « littérature de défense nationale » chère à Zhou Yang et désagréable à Lu Xun, voir « Jinian jiuyiba » (En souvenir du 18 septembre), in Wenxue dazhong (Littérature et masses), 5 septembre 1936. — Dushi fengguang (Scènes de ville), Shanghai, 1936, est un recueil d’articles et de nouvelles. — La période des années 1950 est bien représentée par la collection d’essais, Jinchao ji (Aujourd’hui), Shanghai, 1958. En particulier, pour les écrits de la période anti-droitière, voir : « Ba gen zha shen yixie » (Enfonçons nos racines plus profondément), in Renmin wenxue (Littérature populaire), juin 1957, et surtout « Zai da fenglang zhong de zagan » (Impressions du milieu des vagues), in Renmin wenxue, septembre 1957, et : « Lun shi nian shu ren » (Dix ans de modelage de l’homme), in Renmin wenxue, décembre 1957. — L’article de Zhang Chunqiao sur le « droit bourgeois » préfacé par Mao Tse-tung se trouve in Renmin ribao, 13 octobre 1958. — « Lun dui zichanjieji quanmian zhuanzheng » (De la dictature intégrale sur la bourgeoisie), in Hongqi, avril 1975. — « Report on the Revision of the Constitution » in Documents of the 1st session of the 4th NPC of the PRC, Pékin, 1975. — Dans les années 1960 et 1970, Zhang Chunqiao a certainement écrit de nombreux autres articles, mais malheureusement ils ne sont pas, pour la plupart, identifiables.

SOURCES : Outre WWCC, voir : Ding Wang (1978). — Gardner, in Howe (1981). — Mingbao (Les Lumières), 12 octobre au 14 novembre 1976, 2-7 mars 1977 et ler-8 octobre 1977. — Walder (1978). — Wenyi sixiang zhanxian sanshi nian (Trente années sur le front idéologique des lettres et des arts), (1973). — Zafanolli (1981). — Zhengming, no. 68, juin 1983. — Les écrits littéraires de Zhang Chunqiao dans les années 30 sont dénoncés, entre autres, in RMRB, 21 octobre 1976, et ibid., 7 et 13 novembre 1976. — Voir aussi : Zhang Chunqiao shi Jiang Jieshi de chuigushou (Zhang Chunqiao est l’histrion de Chiang Kai-shek), Pékin, 1976.

Wotjtek Zafanolli

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