Né le 17 octobre 1919 au Henan (district de Huaxian), mort le 1er janvier 2005. Dirigeant du Guangdong (1951-1967, 1972-1975) puis du Sichuan (1975-1980) devenu membre du comité permanent du B.P. et premier ministre de la R.P.C. (1980).

L’extraordinaire ascension de Zhao Ziyang à partir de 1977 ne s’explique ni par l’ancienneté, ni par la diversité de sa carrière. Au contraire, il fait figure d’homme jeune parmi les gérontes qui dirigent à Pékin. La première partie de sa vie est d’ailleurs placée sous le signe de la précocité. Né le 15 août 1919 dans une famille de propriétaires fonciers de Huaxian, au Henan (famille dont il dénoncera lui-même les crimes pendant la réforme agraire), Zhao a tout juste commencé le premier cycle de ses études secondaires lorsqu’il adhère à la L.J.C. (mars 1932), et il n’a pas vingt ans quand le P.C.C. l’admet dans ses rangs (février 1938). Pendant la guerre ant-ijaponaise, ce fils de famille révolté accède rapidement à des postes significatifs dans l’appareil communiste de Chine du Nord : jusqu’en 1949, il sera successivement secrétaire du P.C.C de son district natal, directeur des Départements de l’organisation puis de la propagande de la région spéciale du Henan septentrional, ensuite secrétaire des régions spéciales No. 2 et No. 4 de la base rouge Hebei-Shandong-Henan, puis secrétaire adjoint de la zone des Tongbaishan, enfin, à l’époque de la Libération, secrétaire du P.C.C. de la toute proche région spéciale de Nanyang. Zhao Ziyang est donc à l’époque le prototype même du cadre local formé et promu sur place (voir la carrière comparable de Hua Guofeng (華囯鋒)).
C’est à Canton, où il est affecté en 1950 ou 1951, qu’il va accomplir la majeure partie de sa deuxième carrière provinciale. Au début, il occupe des fonctions de second plan dans la province du Guangdong et le sous-Bureau de Chine du Sud (dont il dirige le secrétariat). Son ascension commence en même temps que celle de Tao Zhu (陶鑄) chargé par Pékin de mettre au pas les « localistes » (voir Fang Fang (方方)) : Zhao Ziyang applique jusqu’au bout la réforme agraire que ces derniers avaient voulu retarder et aménager (1953). D’abord chargé seulement des questions agraires au comité provincial du Guangdong, Zhao reçoit en 1956 les postes de secrétaire du comité du P.C.C. du Guangdong et de premier commissaire politique du district militaire provincial. En 1957, il fournit à nouveau une collaboration précieuse à Tao Zhu pour éliminer, au moyen de la campagne anti-droitière, les dernières résistances « localistes ». Quand en 1961 Tao Zhu reçoit la direction politique du Centre-sud, le rôle de Zhao Ziyang est officialisé : il devient deuxième secrétaire du Guangdong. Mais, comme Tao est de plus en plus absorbé par ses tâches régionales et bientôt centrales, Zhao fait figure de véritable patron du Guangdong. Il en assume les risques sans faiblir au cours des années difficiles qui succèdent au Grand Bond en avant : on lui reprochera pendant la Révolution culturelle (et on le loue aujourd’hui pour cela) d’avoir couvert de son autorité des mesures drastiques de décollectivisation, notamment la fixation des « contrats de production jusqu’aux familles » (baochart daohu).
Il devient premier secrétaire de la province quand, en 1965, Tao Zhu reçoit un poste de vice-premier ministre.
Comme son mentor, Zhao Ziyang manœuvre habilement au début de la Révolution culturelle : il s’efforce de prendre la tête du mouvement local de Gardes rouges (juin-septembre 1966) puis fait défendre le comité provincial par des manifestations ouvrières. Mais la radicalisation du mouvement, l’afflux à Canton des Gardes rouges de Pékin et la chute de Tao Zhu rendent sa position intenable. « Zhao mouton de papier » (jeu de mot pour zhiyang), le « laquais de Tao Zhu au Guangdong », trouve plus habile de proposer son autocritique et d’offrir le pouvoir aux rebelles (janvier 1967). Parviendrait-il ainsi à éviter l’élimination ? La faction maoïste perce à jour la manœuvre. Elle réunit plusieurs « meetings de lutte » contre Zhao Ziyang au parc Yuexiu de Canton. Il disparaît de la scène politique sous une pluie d’injures. Canton deviendra, jusqu’à son retour, un fief des partisans de Lin Biao (林彪) (voir Huang Yongsheng (黃永勝)).
Peut-être parce qu’il passait pour un second rôle, Zhao Ziyang a été réhabilité assez tôt : en mai 1971, au poste de secrétaire du comité du P.C.C. de la région autonome de Mongolie intérieure. Mais cet exil dure peu. Dès 1972, Zhao est réaffecté au Guangdong. Le Centre attendait qu’il élimine les partisans de Lin Biao : la tâche fut, comme on l’imagine, rondement menée. Localement, Zhao rétablit son pouvoir. D’abord vice- président du comité révolutionnaire provincial, il devient secrétaire du comité du P.C.C. en 1973 (la même année, le Xe congrès le rappelle au B.C.), enfin premier secrétaire en titre. Combinant la souplesse et l’autorité, il joue sur place un rôle qui n’est pas dépourvu d’ambiguïtés. Ainsi, il laisse placarder le fameux dazibao de Li Yizhe avant de faire taire ses auteurs (voir Li Zhengtian (李正天), Wang Xizhe (王西哲)). Il parvient cependant à donner de lui l’image d’un homme à poigne, d’un bon gestionnaire et d’un esprit éclairé — qualités bien rares en ces temps où les incertitudes politiques poussent les dirigeants provinciaux à la prudence.
Voilà sans doute pourquoi le Centre l’envoie en décembre 1975 au Sichuan, où sa carrière va se jouer en très peu de temps. Sous la férule de Liu Xingyuan, l’un des derniers partisans de Lin Biao en activité, cette province de 97 millions d’habitants, l’une des plus riches de Chine avant 1965 se trouve dans une situation catastrophique. Depuis la Révolution culturelle (voir Li Jingquan (李井泉) et Liu Jieting (劉結挺)), les troubles n’ont pas cessé. La production est désorganisée : la province ne se suffit plus en céréales et l’industrie tourne au ralenti. Nommé premier secrétaire du comité provincial du P.C.C. et commissaire politique de la région militaire de Chengdu, Zhao prend des mesures d’ordre, qui d’ailleurs ne produisent pas d’effets immédiats car le Sichuan subit le contrecoup des événements pékinois de 1976 (voir Hua Guofeng (華囯鋒) et Deng Xiaoping (鄧小平)). Sans doute persuadé que la clef du problème est politique, Zhao manifeste en surface une grande docilité à l’égard de la faction maoïste. En sous-main, il participe à la conjuration organisée autour de Deng Xiaoping en vue d’écarter la « Bande des Quatre » (voir Jiang Qing (江青)).
Une fois la voie dégagée à Pékin, Zhao met à profit la relative autonomie que lui donne l’éloignement pour transformer le Sichuan en une province modèle grâce à des mesures audacieuses. Il assouplit la politique rurale : les lopins de terre privés sont étendus jusqu’à 15 % de la surface cultivée, les activités secondaires encouragées, les marchés privés multipliés. La production céréalière augmentera de 24 % entre 1976 et 1979. Les réformes sont encore plus novatrices dans l’industrie. Le Sichuan prend l’allure d’une Hongrie chinoise. Son premier secrétaire y expérimente l’autonomie financière des entreprises, l’augmentation des primes et les entreprises combinées (agriculture, industrie et commerce) qu’on essaiera de généraliser dans le reste du pays à partir de 1979. La production industrielle du Sichuan augmentera de 8 % en trois ans.
La réussite de Zhao Ziyang fait sensation dans le pays. Usant d’un de ces jeux de mots dont ils sont friands, les Chinois plaisantent : « Yao chi liang, zhao Ziyang » (si tu veux manger, va trouver Ziyang). En juillet 1977, Deng Xiaoping revient au pouvoir. Ce qu’il cherche, ce sont des idées nouvelles, et des hommes neufs capables de les appliquer. Et ce Sichuanais n’a pas la mémoire courte. De là l’extraordinaire ascension de Zhao dans l’État qui n’a d’égale que celle de Hu Yaobang (胡燿邦) dans le Parti. Dès le mois d’août 1977, il devient membre suppléant du B.P., et en mars 1978 vice-président de la C.P.C.P.C. (que préside Deng). Il voyage à l’étranger pour se faire connaître. En septembre 1979, le quatrième plénum du XIe C.C. l’élit membre à part entière du B.P. En février 1980, le cinquième plénum le porte au comité permanent du B.P. En avril 1980, Zhao devient vice-premier ministre, et Deng laisse échapper que son poulain est « chargé du travail de tous les jours ». En d’autres termes, il exerce déjà la réalité d’une fonction que l’A.N.P. retirera officiellement à Hua Guofeng pour la confier à Zhao en septembre 1980 : celle de premier ministre. Fonction administrative, certes, mais qui n’exclut pas, bien au contraire, la participation aux décisions : en juin 1981, Zhao Ziyang devient vice-président du C.C. du P.C.C. Il est le quatrième personnage dans la hiérarchie politique du régime.
Avec Zhao Ziyang, la Chine a-t-elle trouvé un nouveau Zhou Enlai ? Non, évidemment, si l’on se réfère à la personnalité apparemment moins riche, au passé moins rempli du nouveau premier ministre, à sa faible expérience de l’étranger et surtout à une réputation qui reste médiocre dans l’appareil du régime. Et pourtant, l’homme a du tempérament : il est à l’aise dans son personnage, actif, volontiers autoritaire. Comme la plupart de ses collègues, il n’a guère le goût de la théorie, pour le doute comme pour la pastorale. Il a le langage tranchant des hommes pressés, et le réalisme lucide de ceux qui veulent changer concrètement les choses. Que l’on en juge : « Après trente années, le niveau de vie et la production du continent chinois sont les plus bas du monde. Le Parti et les cadres sont responsables de cette situation. Il n’est pas juste de refuser toutes les responsabilités pour les rejeter en bloc sur la Bande des Quatre. Aujourd’hui, le devoir le plus urgent pour les communistes chinois est d’élever le niveau de vie et d’améliorer les conditions matérielles du peuple. Et s’il faut pour cela introduire un peu de capitalisme ou collaborer avec les capitalistes, il n’y a pas lieu de s’en inquiéter. »
Des propos comme ceux-là ont fait la popularité de Zhao Ziyang. Le premier ministre chinois se donne pour objectif explicite l’amélioration du sort des masses, et il n’entend pas lésiner sur les moyens. A une seule condition, cependant : le maintien des « quatre principes » qui sont l’habillage de la dictature du prolétariat dans la Chine des années quatre-vingts. Promoteur des réformes les plus audacieuses qui accompagnaient le premier réajustement (1979), Zhao Ziyang a l’un des premiers perçu les dangers qu’elles présentaient pour le régime, et aussi le risque mortel qu’il y avait à les abandonner : « Si l’on permet trop de liberté, c’est le désordre ; s’il y a désordre, on doit freiner ; mais après le freinage, c’est la mort. » Avec le deuxième réajustement va donc commencer, dans l’hiver 1980, une politique de cabotage à vue que Zhao résume encore avec aplomb : « Nous devons à la fois être souples et mettre en œuvre une discipline stricte »...
Nul doute qu’en matière intérieure surtout, cette politique soit difficile à conduire. En effet, bien que la situation économique commence à s’améliorer en 1982, la position politique de Zhao Ziyang devient plus délicate. S’il conserve à l’issue du XIIe congrès du P.C.C. sa place au comité permanent du B.P. (alors même que plusieurs de ses collègues perdent leur vice-présidence du C.C.), son réformisme rencontre des obstacles croissants : la paralysie ou le mauvais vouloir de nombreuses administrations, la grogne de certains responsables militaires et surtout la remontée diffuse, dans l’appareil du Parti, d’un état d’esprit néo-stalinien qui vide souvent les réformes de leur contenu. Pourtant, passé le cap délicat de l’année 1983, la nouvelle impulsion réformiste donnée par Deng Xiaoping en 1984 a remis à l’honneur les politiques auxquelles Zhao Ziyang a attaché son nom.

ŒUVRE : On comparera les articles du dirigeant provincial (par exemple in Hongqi (Drapeau rouge) 1958, no. 6 et no. 10 ; RMRB, 30 mai, 18 novembre 1958, 4 juin 1959, 23 juillet 1960) avec les interventions du Premier ministre (par exemple in Dagongbao (Hong Kong), 10 novembre 1979, Hongqi, 1980 no. 1 et RMRB, 21 avril 1980).

SOURCES : Outre WWCC, Bennett et Montaperto (1971), Vogel (1969) et Shambaugh (1984), voir : RMRB 1971-1983 (notamment 11 septembre 1980). — Issues and Studies, octobre et décembre 1980. — Études et documents, novembre 1980. — Dongxiang (Tendances), février et mai 1980. — Qishiniandai (Les années soixante-dix), septembre 1980.

Jean-Luc Domenach

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