Né le 23 juin 1946 à Paris (XIVe arr.) ; comédien, auteur, compositeur, interprète ; chansonnier libertaire, membre du groupe « Les barricadiers ».

Fils de Frédéric Adrienssens, peintre en bâtiment, et de Françoise-Marie Perrament, Jean Adrienssens eut une enfance tourmentée et une scolarité difficile. Après que sa mère eut été arrêtée pour de petits trafics, il fut placé à la DDASS et devint un enfant fugueur. Après son certificat d’études, il fut placé au centre Gabriel-Prévost (aujourd’hui Apprentis d’Auteuil) d’où il fugua également. En dépit de cette expérience douloureuse, due pour partie à son tempérament antiautoritaire très tôt affirmé, il soulignait en 2017 le rôle des éducateurs rencontrés, sans lesquels, affirmait-il, il aurait « très mal tourné ». C’est dans cette même institution qu’il fut initié à la musique, un orchestre s’y étant monté. Dans son enfance, il avait fait la connaissance d’enfants de familles russes blanches immigrées, avec lesquels il partit en colonies de vacances. C’est eux qui, les premiers, lui donnèrent le surnom de « Vania » (« Jean », en russe), qu’il conserva ensuite comme nom de scène.
Après avoir exercé plusieurs petits métiers (vendeur en poissonnerie, déménageur, ouvrier du bâtiment), Vania Adrien Sens fréquenta les milieux artistiques et débuta comme comédien en 1967. Il effectua, parmi ses premières tournées, une série de spectacles autour des textes et des chansons de Boris Vian, Cet oiseau extraordinaire, dans laquelle l’actualité française et internationale trouvait un écho : guerre du Vietnam et antiracisme, notamment. Il commença dans les mêmes temps à chanter. Au début de l’année 1968, il joua dans les cabarets de la Contrescarpe (Ve arr.) et sur la butte Montmartre (XVIIIe arr.). Avec d’autres jeunes comédiens, il intégra la Compagnie du bus qui donnait ses représentations dans un autobus désaffecté et situé sur un terrain vague de la rue Mouffetard (Ve arr.). La compagnie était autogérée et le prix du spectacle laissé à l’appréciation du public.
Lorsqu’éclatèrent le mouvement étudiant et les grèves de mai-juin 1968, Vania Adrien Sens y prit une part active et enthousiaste. Avec d’autres comédiens, il occupa le théâtre de l’Épée de Bois, dans la rue du même nom, les recettes des représentations servant notamment à assurer le ravitaillement des ouvriers en grève. Durant le printemps, Vania Adrien Sens chanta également sur le campus de certaines universités, ainsi que dans les usines Renault-Billancourt (Hauts-de-Seine), Citroën-Javel (XVe arr.) et Panhart-Levassor (XIIIe arr.). Il fit la connaissance, dans le printemps 1968, d’autres artistes impliqués dans le mouvement, parmi lesquels Évariste ou encore Dominique Grange*. Avec son groupe « Les Barricadiers », il fit de l’agit’’ prop’ et poursuivit ses tours de chant aussi bien dans certains cabarets « Rive-Gauche » que dans la rue. Un disque collectif, Ah ! Le joli moi de mai à Paris, sortit bientôt mais fut vite interdit.
« Les Barricadiers » continuèrent, dans l’après-68, à donner de nombreuses représentations, jusqu’à l’éclatement du groupe en 1971. En 1970, ils avaient pris part, à Copenhague (Danemark) aux protestations contre la tenue d’une réunion du Fonds monétaire internationale et de la Banque mondiale. Vania Adien Sens et ses compagnons durent fuir pour échapper à une arrestation. Après la dissolution des « Barricadiers », Vania Adrien Sens fréquenta le 28 rue Dunois (XIIIe arr.), où se retrouvaient des artistes marginalisés par la poursuite de leurs activités militantes après le printemps 1968. Durant les années 1970, il continua de se produire en de nombreux lieux (cabarets de la rue Mouffetard, cabaret de Monique Morelli à Montmartre, « le Titi », « le Pétrin », etc.). Proche des milieux libertaires et de la CNT – à laquelle il se refusa néanmoins toujours à adhérer –, il fréquenta les locaux de la rue des Vignoles (XXe arr.) et, dans les années 1980, joua un rôle dans la création, rue de la Butte-aux-Cailles (XIIIe arr.), de « La culture du quotidien ». À la même époque, il fut présenté sur une liste alternative aux élections municipales dans ce même XIIIe arrondissement.
À l’instar d’autres artistes de sa génération, comme Gérard Pierron, Vania Adrien Sens fut de ceux qui remirent le répertoire de Gaston Couté au goût du jour. C’est par l’intermédiaire de Monique Morelli qu’il avait découvert les écrits du poète beauceron. Par la suite, il valorisa, dans ses disques et lors de ses tours de chants, le répertoire poétique de la chanson française. En 2017, il participait toujours à de nombreux concerts, et se produisait chaque week-end, à l’orgue de barbarie, aux marchés Mouffetard et d’Aligre (XIIe arr.). Chaque mois, il publie un billet d’humeur, la Feuille de Vania, qui rappelle son actualité artistique et dans laquelle il exprime son point de vue sur l’actualité.
S’il ne fut jamais membre d’aucune organisation politique ou syndicale, Vania Adrien Sens répondit souvent aux sollicitations militantes. Aussi joua-t-il régulièrement, entre autres lieux, à la Fête de l’Humanité, à la fête annuelle de Lutte ouvrière, aux galas du Monde libertaire ou à la librairie anarchiste Publico.

SOURCES : Je chante, n° 3, spécial mai 1968, 2008. — Entretien avec Vania Adrien Sens, février 2017.

Julien Lucchini

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