Née le 8 janvier 1871 à Argentan (Orne), décédée le 26 décembre 1942 à Bagnolet (Seine). Couturière, mariée, un enfant. Anarchiste puis socialiste de la région parisienne.


Jeanne Adnet était mariée à Emmanuel Quesnel, fondeur en cuivre et socialiste. Elle trouvait que les idées politiques de son mari étaient trop modérées et préférait l’anarchisme. Son mari resta avec elle pendant 6 mois, 13 rue des Solitaires à Paris 19e arr., jusqu’au 5 janvier 1894. Il quitta le domicile en devant un terme de loyer. Pendant ces 6 mois de vie commune, Quesnel serait parti une ou deux fois pour se présenter aux élections législatives dans le Nord. Pendant son absence, Jeanne Adnet commença à aller dans les réunions anarchistes.
Ce fut elle qui convainquit sa sœur Clotilde Adnet de devenir anarchiste et fréquenta avec elle le groupe de jeunes se réunissant chez un marchand de vins, rue des Abbesses à Paris 18e arr.
Comme sa sœur, elle fut arrêtée, le 8 janvier 1894 et inculpée d’association de malfaiteurs. Elle vivait alors chez sa mère, 16 rue Victor Hugo à Levallois-Perret (Seine).
Sa sœur ayant été condamnée à 6 ans de prison pour émission de fausse monnaie par la cour d’assises du Brabant (Belgique) le 25 avril 1897, Jeanne Adnet lui rendit visite à la prison de des Petits-Carmes à Bruxelles. Elle vouait à sa sœur Clotilde une réelle adoration et, au bout de plusieurs visites, lui fit part de son désir de la faire évader.
Le parloir se composait de deux cabines séparées par deux treillis, ceux-ci étaient mal fixés. Il fut décidé que l’évasion aurait lieu un dimanche matin à 8h30, pour ne pas craindre les importuns.
Le 23 mai 1897, Jeanne se rendit à la prison vêtue d’un costume sombre, son visage masqué par une épaisse voilette blanche. Les deux sœurs démontèrent les treillis de séparation des cabines, échangèrent leurs vêtements. Clotilde prit la place de sa sœur, se retira, en mettant les deux mains sur son visage, feignant des sanglots et répétant : « Ma pauvre sœur ! » Une gardienne la conduisit à la porte, s’efforçant de la consoler. Pendant ce temps Jeanne-Marie était conduite à la cellule de sa sœur. Lorsqu’elle ôta sa cagoule, la gardienne s’aperçut que la couleur des cheveux n’était pas la même et poussa un cri de surprise auquel répondit un accès de fou rire de Jeanne. Longuement interrogée, elle expliqua son grand amour pour sa sœur. Elle fut remise en liberté et en juillet 1897, la chambre du conseil prit une ordonnance de non lieu dans cette affaire d’aide à l’évasion.
En juin 1898, les deux sœurs furent reçues par la journaliste Séverine, à Paris qui conseilla à l’évadée de se réfugier en Angleterre. Séverine publia un article sur Clotilde Adnet à la suite de cette entrevue.
Jeanne rejoignit Clotilde dans son exil à Londres et le 11 juillet 1897, écrivit à Max Nettlau pour solliciter de l’aide afin de fournir un avocat à sa sœur qui devait passer passer devant la haute cour dans le cadre de la procédure d’extradition vers la Belgique.
Jeanne Quesnel milita par la suite à la section socialiste de Bagnolet (Seine). Elle démissionna du Comité pour la reconstruction de l’Internationale en 1920, pour signer la résolution du Comité de la IIIe Internationale, dite Cachin-Frossard.
Elle mourut le 26 décembre 1942 à Bagnolet.

SOURCES :
Arc. Nat. F7 12508 — le Journal de Charleroi 25 mai 1898 — le Journal de Bruxelles 4 août 1898 — Michel, Louise . With a letter by Jeanne Quesnel to Nettlau c. 1898 and a clipping of an article on Clotilde Adnet by Séverine. 1895, 1898. Max Nettlau Papers, International Institute of Social History (IISH). — Le congrès de Tours, op. cit.

ICONOGRAPHIE : Metropolitan museum of art. Alphonse Bertillon. Albumens silver prints. Photographs.

Dominique Petit

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