Né en 1927 au Douar Flissen (Algérie) ; une des sept victimes de la manifestation parisienne du 14 juillet 1953 place de la Nation à Paris.

Tombe de Amar Tadjadit
Cliché Daniel Kupferstein
Domicilié 199 rue de Meaux (Paris XIXe arr.), Amar Tadjadit participa avec le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) à la manifestation du 14 juillet 1953 organisée par la gauche syndicale et communiste. Entre 6000 et 8000 Algériens défilaient en fin de cortège place de la Nation quand des affrontements eurent lieu avec la police. Celle-ci tira sans sommation faisant six morts algériens (Abdallah Bacha, Larbi Daoui, Tahar Madjène, Amar Tadjadit, Abdelkader Draris, Mouhoub Illoul) et un français de la CGT, Maurice Lurot qui s’était interposé entre la police et les manifestants algériens.
Amar Tadjadit reçut une balle qui atteignit le cerveau dans la région frontale gauche. Il présentait, en plus, de nombreuses traces de violence au niveau de la face. Il mourut à 20 heures à l’hôpital Saint-Louis.
Selon le témoignage de son ami du MTLD Mohamed Saïd Oudelka recueilli par Daniel Kupferstein : "Amar a vu un policier tombé au sol qui était sûrement blessé, il est juste tombé. Il a un pistolet dans la main et lorsque Amar s’est approché pour lui arracher le pistolet, le policier lui a tiré dessus".
Un rassemblement eut lieu dans les jours suivants devant l’hôtel où habitait Amar Tadjadit. Son cercueil fut exposé à la Mosquée de Paris le 21 juillet avec ceux de quatre autres victimes puis partit pour Marseille et Alger. Son enterrement eut lieu à Tigzirt-sur-Mer, en Kabylie maritime dans un climat de haute-tension selon Daniel Kupferstein. À l’arrivée dans la ville, le corps est saisi par le commissaire qui l’oriente vers le cimetière de Tifra, insulte les représentants du MTLD et du Parti communiste algérien (PCA) et interdit aux parents de recevoir des visites. Le lendemain, 600 personnes sont refoulées par les gardes mobiles. La foule se regroupe sur les hauteurs, fait une minute de silence et chante l’hymne algérien.
Selon les témoignages recueillis par Daniel Kupferstein, Amar Tadjadit était un militant actif. Mohamed Saïd Oudelka déclare : On s’est rencontré à Paris dans les années-1952, dans le parti de Messali, le PPA-MTLD. Il était chef de cellule et moi aussi [...] À l’époque, on recevait trois cents journaux du journal du parti L’Algérie libre [..] On le vendait dans le XVIIIe, le XIXe et dans le Xe à des gens qu’on connaissait [car la vente libre était interdite], partout dans les cafés, auprès des amis et Amar le vendait à son travail." Mais son engagement est bien antérieur. Son frère témoigne :« Mon frère travaillait dans une pharmacie à Alger et à chaque fois qu’il venait ici [au village], il parlait politique. Il me disait "un jour la France coloniale on va la faire sortir d’ici". »
La mairie de Paris fit apposer une plaque commémorative le 6 juillet 2017, 12 avenue du Trône jouxtant la place de la Nation.

SOURCES : Daniel Kupferstein, Les balles du 14 juillet 1953. Le massacre policier oublié des nationalistes algériens à Paris, La Découverte, 2017 (utilise notamment le dossier d’instruction, cour d’appel (Archives de la Seine, n° 1348 W17). Nous devons beaucoup à cet ouvrage. — Maurice Rajsfus, 1953, un 14 juillet sanglant, Agnès Viénot, Paris, 2003. — Danielle Tartakowsky, Les manifestations de rue en France, 1918-1968,, Publications de la Sorbonne, 1997.— Emmanuel Blanchard, La police parisienne et les Algériens, 1944-1962, Nouveau Monde, 2011. — Jacques Simon, Paris1953. Un 14 juillet rouge de sang algérien, L’Harmattan, 2015. — Algérie libre, journal du MTLD où il est appelé par erreur Tadjadil.

Claude Pennetier

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