Née le 18 avril 1895 à Valenciennes (Nord), morte à Paris le 18 juillet 1977 ; avocate au Barreau de Paris ; militante socialiste ; secrétaire du Groupe des avocats socialistes dans les années 1930 ; directrice du cabinet du secrétaire d’État au travail et à la Sécurité sociale en 1957.

Biographie nouvelle

Élisabeth Mayer appartint à une famille de la bourgeoisie juive, de tradition de gauche. Elle épousa Goudchaux-Brunschvicg, frère du philosophe Léon Brunschvicg et époux de Cécile Brunschvicg, née Kahn, militante féministe radicale-socialiste - une des trois femmes sous-secrétaires d’État du gouvernement Léon Blum, au temps du Front populaire (premières femmes à exercer une fonction ministérielle comme Secrétaire d’État à l’Éducation nationale, au côté d’Irène Joliot-Curie à la Recherche scientifique et de Suzanne Lacore à la Santé publique).
Licenciée en Droit, inscrite au barreau depuis 1922, connue sous le nom de Betty Brunschvicg, elle exerça à la Cour d’appel de la capitale. Sans être une des pionnières du barreau – les premières sont apparues en 1920 – elle appartint à la très faible phalange de femmes de la profession dans l’entre-deux-guerres. Sa vie durant, elle demeura une ardente et fidèle militante de la Fédération socialiste de la Seine de la SFIO. Dans le groupe des avocats socialistes, dirigé par Maurice Delépine, elle en fut dans les années trente l’infatigable trésorière, et la secrétaire à partir de 1934. Elle était proche aussi de Lucile Tynaire, autre secrétaire de la conférence.
Betty Brunschvicg, fit partie dans les années 1930 du Comité fédéral féminin de la SFIO, pour lequel elle mit au service son savoir d’avocate sur le droit des femmes – elle lui donna par exemple une conférence sur « La législation en France en qui concerne l’avortement et les manœuvres anticonceptionnelles » le 27 avril 1934. Elle participa à la troisième conférence nationale des femmes socialistes en septembre 1937, et, en juin 1939, fut élue suppléante dans la Délégation à l’Internationale des femmes socialistes. Elle collabora ponctuellement à la page « Femme » du Populaire et à la rubrique « Tribune des femmes socialistes », dans laquelle elle livra par exemple le 25 avril 1937 un article sur « Le droit des compagnes ».
Secrétaire du Groupe des Avocats socialistes de 1934 à 1939, elle signa des communiqués marquants avec les membres de son bureau. Le 23 janvier 1937, celui-ci (partagé alors avec Maurice Delépine et Édouard Depreux) publia ainsi dans l’organe de la SFIO un texte sur « Le Procès de Moscou », rappelant « indispensable que le gouvernement soviétique ne donne même pas l’apparence de refuser les garanties les plus complètes de défense aux accusés […] ». Le 17 juillet 1938, le Bureau (partagé alors avec E. Depreux et J. Jamois) se préoccupa du « Procès du POUM », et demanda « cordialement, mais instamment, au gouvernement de la République espagnole : 1. Que toutes les garanties soient accordées à la défense ; 2. Que la plus large publicité soit donnée aux débats. »
Son savoir juridique se mit également au service de la cause des étrangers, signant le 8 mai 1938 dans Le Populaire un article important sur les « derniers décrets-lois » Daladier, et faisant partie en 1938-1939, au sein de la Commission Administrative Permanente de la SFIO, de la Commission d’étude des questions intéressant l’immigration étrangère en France (aux côtés de notamment Marx Dormoy, Jean Longuet, Marius Moutet, Magdeleine Paz ou Marceau Pivert).
Betty Brunschvicg milita par ailleurs à la Ligue des droits de l’homme et, au congrès de Metz de cette organisation, en 1926, elle proposa d’apporter des modifications au régime parlementaire, en vue d’une plus grande efficacité et d’une vraie séparation des pouvoirs. Le conseil juridique de la Ligue à sa suite récusa surtout les nominations de parlementaires à des postes de gouverneur de colonie ou de résident général et insista sur les incompatibilités parlementaires (siège à des conseils d’administration de grandes sociétés, cumul entre des fonctions parlementaires et la profession d’avocat…). Elle demanda de plus la suppression du vote parlementaire par procuration. Dans ses Mémoires d’un militant, Depreux rappelait une revendication majeure du groupe socialiste : l’interdiction aux députés et sénateurs d’exercer certaines professions pendant leur mandat, en particulier celle d’avocat.
Pacifiste, avec d’autres femmes socialistes, elle signa en octobre 1938 dans leur « Tribune » du Populaire, un texte-manifeste intitulé « Octobre 1938 ! », saluant « tout de même » la paix de Munich.
Après la Seconde Guerre mondiale, Betty Brunschvicg reprit des activités militantes à la SFIO et à la Ligue des droits de l’homme. Elle donna des cours à l’École nationale d’orateurs socialistes en 1947, appartint à la commission féminine nationale de la SFIO (de 1950 à 1967), fut responsable pour le parti de sa revue Femme en 1959. Elle collaborait épisodiquement au Populaire-Dimanche.
En 1956 et 1957, elle fut chargée des fonctions de directeur du cabinet du socialiste Jean Minjoz, secrétaire d’État au Travail et à la Sécurité sociale du cabinet Guy Mollet, du 2 février au 17 juin 1957. Elle fut désignée juge titulaire de la Haute-Cour de Justice constitutionnelle en mai 1956. Elle exerça la fonction de responsable technique de la commission législatives du parti, en 1958 au moins et fut membre de la commission chargée d’étudier la politique économique, financière et sociale au Conseil national des 10-11 janvier 1959.
Jusqu’à sa mort, elle présida la dixième section de la Ligue des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Elle était chevalier de la Légion d’honneur.

SOURCES : AN, 19800280/8/13323. — Bulletin Intérieur de la SFIO, n° 23, 107, 109. — La Documentation politique, 13/7/1950. — Annuaires des cabinets ministériels, ministère Guy Mollet, 31 janvier 1956, Office français d’éditions documentaires, juillet 1956. — Anne Mathieu, « Quand le droit d’asile mobilisait au nom de la République », Le Monde diplomatique, janvier 2018, pp. 14-15.

Anne Mathieu, Gilles Morin

Version imprimable de cet article Version imprimable