Né le 17 septembre 1933 à Mercy-le-Haut (Meurthe-et-Moselle), mort le 29 octobre 2018 à (Moselle) ; professeur d’Université ; militant du SNES puis du SNESup ; militant du PSU puis du PS ; conseiller municipal de Saint-Julien-lès-Metz (Moselle).

Son père, fils d’un cultivateur ruiné par la baisse du prix du blé, était le cousin du président de la République Albert Lebrun. Seul garçon d’une famille catholique de sept enfants, dont deux religieuses, scolarisé au petit séminaire, il devint répétiteur puis professeur au collège de Forbach (Moselle). D’opinions conservatrices, dans les années 1930, il s’était rapproché des socialistes dans les années 1930. Pendant l’Occupation, il fut prisonnier dans un camp de représailles de Lubeck.
Etienne Aubrion connut les conditions de vie des habitants des zones frontières. Il commença sa scolarité secondaire au collège Alfred Mézières à Longwy (Meurthe-et-Moselle) en 1944 et, après l’avoir poursuivi chez lui sous la direction de son père, la reprit en 1948 au lycée Charlemagne de Thionville (Moselle) où son père enseignait. Titulaire du baccalauréat (série Philosophie) en 1951, entré en hypo puis en khâgne (il en fut le Z) au lycée Poincaré de Nancy (Meurthe-et-Moselle), maître d’internat puis répétiteur au lycée de Thionville de 1954 à 1957, il prépara une licence à la Faculté des Lettres de Nancy.
Etienne Aubrion, reçu au CAPES en 1957, enseigna pendant deux ans, dans le cadre du traité de coopération signé entre le président du Conseil Edgar Faure et Mohamed V, au lycée Moulay Idriss à Fes (Maroc). Nommé professeur certifié de lettres classiques (latin-grec) au lycée Fabert à Metz en octobre 1959, le mois suivant, il partit au service militaire pendant vingt-huit mois, dont les douze derniers en Algérie, comme caporal dans une compagnie de transmissions (câbles hertziens) rayonnant sur l’Oranais. Lors du putsch d’Alger en avril 1961, son capitaine, après avoir eu l’accord des soldats, désobéissant à sa hiérarchie immédiate, ordonna de couper les communications des putschistes de l’Ouest algérien.
Ancien enfant de chœur, il se maria religieusement en septembre 1957 à Joudreville (Meurthe-et-Moselle) avec la fille d’un cultivateur et habitait à Saint- Julien-lès-Metz où il resta par la suite. Après avoir élevé trois enfants qui reçurent les premiers sacrements catholiques, le couple se sépara.
Étienne Aubrion reprit son service en février 1962 au lycée Fabert. Il figurait avec sa classe sur une photo avec ses élèves hellénistes et latinistes du lycée en 1967 (voir le site copainsdavant.linternaute.com/photo/4-ab1-lycee-fabert-2483747).
Admirateur de l’épicurien Lucrèce, devenu « foncièrement laïque », membre du Syndicat national de l’enseignement secondaire, Étienne Aubrion était dans les années 1960 le secrétaire de la section (S1) du SNES du lycée. Il militait aussi, sans prendre de responsabilités, dans les œuvres mutualistes de l’enseignement.
Par la suite, lors de la création de l’Université de Metz, chargé de cours, puis assistant, maître-assistant, il prépara une thèse de doctorat sur Tacite sous la direction des professeurs Rambaud (Lyon) et Alain Michel (Sorbonne) qu’il soutint en 1984 à Lyon. Il devint professeur à la Faculté des Lettres jusqu’à sa retraite en 1999. Secrétaire de la section du SNESup, il en démissionna « à la suite de désaccords internes ». Pendant responsable du département des lettres classiques et modernes, il fut élu au Conseil de l’Université. En rapport avec le centre « Littérature et spiritualité », il participa à ses activités pluridisciplinaires et présenta plusieurs communications qui furent publiées sur l’histoire romaine et la littérature latine dans des colloques ou séminaires en France et en Allemagne. Il assurait des recensions bibliographiques en Allemagne et dans une revue latiniste de Belgique.
Adhérent du Parti radical-socialiste depuis 1955, hostile à la Communauté européenne de Défense au lycée Poincaré, proche des idées de Pierre Mendès France qu’il avait rencontré en 1956 lors d’une conférence à Metz à la veille de l’intervention franco-britannique de Suez, il adhéra au Parti socialiste unifié au retour de l’Algérie en 1962. Membre de la direction fédérale, proche de Michel Rocard, il resta au PSU après son départ et soutint la candidature de Charles Piaget à la présidence de la République en 1974. Secrétaire de la fédération au milieu des années 1970, candidat aux élections législatives de 1973 (dans la première circonscription, 2 218 voix sur 91 418 inscrits puis désistement pour le candidat socialiste) et cantonales dans la partie la plus riche de Metz, à la tête d’une liste « à coloration écologiste » aux élections municipales de Saint-Julien-lès-Metz, seul élu, il fit partie de la commission d’urbanisme. Actif dans le soutien à un syndicat de soldats à Thionville, après la disparition au PSU, il adhéra au Parti socialiste. Dans les dernières années, inquiet devant les progrès de la politique libérale menaçant les acquis sociaux, militant pour les valeurs de gauche, il participait à l’accueil des migrants.
Étienne Aubrion décéda à l’hôpital régional situé dans une commune à la périphérie de Metz.

ŒUVRE : Le fichier de la BNF comprenait en 2017 deux références : Lettres de Pline le Jeune, traduction et présentation par E. Aubrion, Paris, Hachette, 1979. — Rhétorique et Histoire chez Tacite, Université de Metz, 1985.

SOURCES : Arch. Nat., 581AP/132/470. — Renseignements fournis par l’intéressé. —Notes d’Alain Dalançon et de René Reiner (par l’intermédiaire de Paul Berger).

Jacques Girault

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