FOURCADE Louis, Antoine, Léon

Par Daniel Chérouvrier

Né à Montauban (Tarn-et-Garonne) le 11 mars 1801, mort en Égypte le 20 février 1835 ; chirurgien militaire, saint-simonien et franc-maçon.

Fils d’un ingénieur toulousain franc-maçon, Louis Fourcade commença ses études médicales dès l’année 1814 à Toulouse. Il fit huit années d’internat à l’hôpital de la Grave, puis sept années à l’école de médecine. Il obtint par ailleurs son baccalauréat ès-lettres en 1822 et cultiva les sciences accessoires : il suivit des cours de chimie et de sciences naturelles pendant trois ans, et obtint deux prix de botanique. Il réussit le concours de chirurgien des hôpitaux.
Tiré au sort pour accomplir ses obligations miliaires dans la classe 1821, il réussit après de multiples interventions à être admis dans l’hôpital militaire d’instruction de Strasbourg en 1822. Sa carrière militaire lui fit parcourir de nombreux attachements. Chirurgien sous aide-major à l’armée d’occupation à Tolosa en Espagne en 1823 pendant dix-huit mois, il, exerça ensuite à l’hôpital militaire de Cambrai en 1825, puis à Lille en 1826.
À sa demande et afin de poursuivre ses études médicales à la Faculté de médecine de Paris, il fut nommé à l’hôpital de Picpus en 1827. Il soutint sa thèse « Étude clinique, anatomique et expérimentale de l’épanchement de sang dans l’abdomen » et obtint son doctorat de médecine à Paris en 1829 avant d’être nommé à l’hôpital d’instruction du Val de Grâce.
Tous ses supérieurs signalèrent son zèle, sa science et son humanité, qualités qui le prédisposaient à une brillante carrière de chirurgien militaire. Comme l’écrivit l’un d’eux : « Il importe de lui ouvrir la carrière dans laquelle il brûle de s’élancer et qu’il peut parcourir d’une manière aussi utile pour l’humanité que profitable pour sa renommée. »
Le 14 mai 1830, il devint chirurgien aide-major au Bataillon d’ouvriers d’administration à Troyes. Correspondant de plusieurs sociétés médicales parisiennes, élève du Dr Amusat, il expérimenta de nombreuses techniques médicales en chirurgie et en orthopédie, et présenta à Paris les pratiques de ses collègues médecins troyens Bédor et Viardin. La revue La Lancette française le cita comme l’un des spécialistes de l’amputation de sein cancéreux avec torsion des artères pratiquée sur huit femmes à Troyes.
Durant son séjour à Troyes, Fourcade rejoignit le noyau saint-simonien de cette ville, qui comprenait les médecins Noel-Innocent Patin et Pierre-Marie Verollot, ainsi que le géomètre capitaine de la Garde nationale Théophile Éloi Nicol. Franc-maçon, Fourcade avait été initié lowton le 21 octobre 1823 par la Loge L’Encyclopédique à l’Orient de Toulouse.
Dès l’année 1831, il sollicita de nouvelles affectations pour poursuivre sa formation de chirurgien militaire en hôpital ou en ambulance. En 1831, il exprima son souhait d’être muté en Pologne pour étudier les mécanismes de propagation du choléra. Le 28 mars 1832, il demanda à rejoindre l’expédition d’Italie ou la brigade d’occupation en Morée ou bien encore l’armée d’Afrique pour élargir ses connaissances en chirurgie militaire. Ses demandes furent prises en considération mais différées. Il participa activement à la lutte contre l’épidémie de choléra à Troyes et dans l’Aube en 1832 et fut proposé à ce titre pour la Légion d’honneur (elle ne lui fut pas décernée). Proche du Docteur Noel Innocent Patin dont il partageait l’intérêt pour les idées saint-simoniennes, l’éducation populaire et la diffusion des règles d’hygiène, il fut accepté et reconnu par l’ensemble du corps médical Troyen.
En octobre 1832, les docteurs Carteron et Bédor devaient attester de la dégradation de son état de santé : grande fatigue, angines à répétition et dérangements des voies digestives l’avaient mis dans l’incapacité de voyager pour se rendre dans un poste à l’armée du Nord qu’il avait sollicité l’année précédente.
Attiré par l’Orient et les recherches médicales sur la peste, il sollicita au printemps 1832 un congé sans solde pour se rendre en Égypte avec le capitaine polytechnicien Pierre-Denis Hoart. Avant son départ le 20 juin 1834, la Société Académique de l’Aube le nomma membre correspondant.
Quelques semaines après il débarqua en l’Égypte, où il contacta le Docteur Clos-Bey. Il fut nommé médecin-major à l’école de Toura, à l’hôpital d’Eskebie, puis médecin chef de l’hôpital des troupes de terre d’Alexandrie. Il mourut victime de la peste le 20 février 1835, quelques heures après avoir assisté à l’autopsie d’une femme malade.
Sa mémoire fut évoquée par la saint-simonienne Suzanne Voilquin dans son livre Mémoires d’une fille du peuple, ainsi que dans les procès-verbaux de plusieurs sociétés érudites dont il était un membre actif et apprécié.
Ses amis et professeurs, les docteurs Amusat, Larrey père et fils… organisèrent en 1835 une souscription pour venir en aide à sa mère dont il était le seul soutien.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article203137, notice FOURCADE Louis, Antoine, Léon par Daniel Chérouvrier, version mise en ligne le 16 mai 2018, dernière modification le 16 mai 2018.

Par Daniel Chérouvrier

SOURCES : SHD Dossier 3Yg 13446. – Correspondances fonds Enfantin bibliothèque Arsenal. – Revues médicales (Société anatomique de Paris, Journal des connaissances médico-chirurgicales, Journal universel et hebdomadaire de médecine et chirurgie pratique). – Presse régionale de l’Aube. – Procès-verbaux Société académique de l’Aube 1834-1835. – Fonds Bossu. – Suzanne Voilquin, Souvenirs d’une fille du peuple ou la Saint-simonienne en Égypte, Paris, Sauzet, 1866.

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