COLOMBINI Marius, Antoine

Par Jean-Claude Lahaxe, Michel Pigenet

Né le 16 février 1910 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 31 mars 1996 à Marseille ; commis en douane, puis employé de bureau ; militant communiste et syndicaliste CGT, secrétaire général de l’UD-CGT des Bouches-du-Rhône, président de l’UDM-CGT ; membre du comité central du PCF (1955-1959).

Marius Colombini, fils d’Augustin Colombini et de Marie-Catherine Damiani, perdit son père pendant la Première Guerre mondiale et fut adopté par la nation suivant un jugement rendu en date du 11 juin 1919. Après avoir obtenu son certificat d’études primaires en 1922, il fréquenta pendant un an le cours supérieur. En 1925, il entra dans le monde du travail comme commis en douane. Un an plus tard, il devint garçon de bureau chez Estier, une entreprise d’acconage (devenue plus tard la STIM).

Marius Colombini adhéra en 1927 aux Jeunesses communistes. Il occupait alors un emploi d’estampilleur sur les quais avant de devenir pointeur en 1930. Il effectua son service militaire en 1931 et 1932. Rendu à la vie civile, il retrouva son emploi au sein de la même entreprise. Son activité militante se développa alors. Il adhéra au Parti communiste en 1936. Très jeune, il milita dans les quartiers du nouveau port de Marseille, à la Joliette, à la CGTU, puis à la CGT réunifiée à l’époque du Front populaire, contre les sabianistes qui étaient alors solidement implantés dans ce secteur. Membre du syndicat CGT des agents de maîtrise, délégué du personnel, Marius Colombini fut élu en 1937 au conseil de son syndicat avant d’en devenir le secrétaire. Il participa, au cours de l’été 1938, à la longue grève perlée des dockers et des agents de maîtrise qui paralysa le port de Marseille. Licencié à la suite de la grève du 30 novembre 1938, il travailla quelque temps pour France-Navigation. Il était alors secrétaire adjoint de Cornago* qui dirigeait le syndicat CGT des agents de maîtrise. Un rapport de cette époque le décrit comme étant « de condition moyenne, travaillant assez régulièrement, assez bien considéré ».

Marius Colombini fut mobilisé en 1939 et 1940. Revenu à Marseille, il reprit une activité d’employé de bureau. En compagnie de Fortuné Sirca, il reconstitua la section communiste du port en 1941. Marius Colombini combattit dans les rangs des FTPF lyonnais en 1943. Lors de la Libération de cette ville, il fut incorporé pour quelques mois dans l’armée avec le grade de lieutenant.

Marius Colombini fut rappelé à Marseille par Léon Mauvais*, avec mission de réorganiser le syndicat CGT des agents de maîtrise. Il devint un des secrétaires du syndicat général des ports et docks lors de la fusion de son syndicat avec celui des dockers. Il fut élu en tant que candidat de la liste de Rassemblement démocratique présentée par la CGT lors des élections municipales du 29 avril 1945. L’année suivante, il entra au comité de la fédération communiste des Bouches-du-Rhône. Le 24 novembre 1946, Marius Colombini fut présenté en tête de liste lors des élections des délégués au collège départemental du Conseil de la République. Il figurait en treizième position sur la liste d’Union républicaine et résistante aux élections municipales du 8 décembre suivant et redevint conseiller municipal pour quelques mois.

En janvier 1948, à Saint-Quentin, Marius Colombini épousa Renée Hauet (voir Renée Colombini*) qu’il avait rencontrée lors d’un congrès de la CGT. Il fut élu secrétaire fédéral en 1948. À ce titre, il participa à la délégation invitée au congrès du Parti communiste tunisien.

Devenu secrétaire fédéral en 1949, Marius Colombini fut élu, en avril 1950, membre suppléant du comité central du PCF. Peu après, il effectuait un séjour en Pologne. Il devint président territorial de Tourisme et Travail en mai 1951. La même année, à l’issue du 28e congrès de la CGT, il fut nommé membre de la commission administrative nationale, puis, le 28 octobre, secrétaire général de l’UD des Bouches-du-Rhône, remplaçant à ce poste Lucien Molino* nommé à Paris. À cette occasion, Marius Colombini succéda aussi à ce dernier au poste de président de l’Union départementale mutualiste de la CGT (il siégera au conseil d’administration de cette organisation jusqu’en 1964). Accusé en juin 1952 d’avoir participé au complot de Toulon, il fut détenu dans cette ville durant le mois de juillet à la prison de Saint-Roch (Il bénéficia d’un non-lieu l’année suivante).

Sa nomination, en octobre 1951, comme secrétaire général de l’Union départementale découla de la volonté explicite du PCF de disposer à ce poste d’un militant « idéologiquement satisfaisant » et de remédier aux difficultés rencontrées dans l’assimilation des mots d’ordre politiques par la classe ouvrière marseillaise. Sur le moment, sa très rapide promotion syndicale antérieure fut diversement appréciée. Marius Colombini n’en dirigea pas moins l’UD jusqu’en 1970.

Aux premières lignes des « actions concrètes » pour la paix menées à Marseille au début des années 1950, il s’efforça d’entraîner l’ensemble de la Fédération des Ports et Docks dans une lutte de caractère nettement politique et quelque peu avant-gardiste. Il se heurta alors aux réticences de son secrétaire adjoint, Désiré Brest*, très critique à l’égard d’initiatives payées au prix fort et peu désireux de voir l’organisation devenir le « fer de lance » par trop solitaire du PCF. Lors du congrès corporatif de 1950 où ses camarades se virent reprocher leurs erreurs tactiques, Colombini fit face et critiqua l’absence de toute référence à l’appel de Stockholm dans le rapport moral. Il appuya par ailleurs la proposition du militant communiste rouennais Vaubaillon tendant à « renforcer » la direction fédérale. Il s’étonna d’avoir cru déceler dans les arguments opposés par Armand Ozeau à cette proposition une mise en garde contre un possible risque de scission, interprétation démentie par l’intéressé sitôt la proposition retirée... Au terme de ces assises, sa candidature au bureau de la Fédération fut appuyée par Gagnaire et Andréani. Accaparé par d’autres tâches et isolé au sein d’une majorité fédérale acquise à Brest, il quitta toute responsabilité fédérale en 1952.

Il avait été appelé au Conseil économique, en octobre 1950, comme représentant des salariés CGT, en remplacement d’André Lunet, démissionnaire, et il y siégea jusqu’au renouvellement de 1951.

Marius Colombini continua par la suite sa progression au sein de la hiérarchie du PCF. Membre titulaire du comité central de 1955 à 1959, il siégea au bureau de la fédération des Bouches-du-Rhône de 1952 à 1963 et demeura membre du comité fédéral de 1964 à 1968. Ses multiples engagements politiques conduisirent Marius Colombini à effectuer plusieurs séjours dans les démocraties populaires. Ayant participé à Marseille à l’activité de l’association France-Tchécoslovaquie, il fut invité dans ce pays en 1957. Il participa aux cérémonies de jumelage entre Marseille et Odessa en octobre de la même année. Marius Colombini assista par la suite à un congrès syndical à Naples en 1960, à la conférence internationale de Berlin en mars 1961 avant de se rendre en Yougoslavie lors de la reprise des relations entre ce pays et le PCF. Il représenta de nouveau la CGT au congrès national des syndicats de Chypre en 1962, à la conférence internationale des femmes à Bucarest deux ans plus tard et lors de la conférence des syndicats italiens en 1969.

En 1970, après avoir laissé la place de secrétaire général de l’UD-CGT à Henri Sarrian, il passa des vacances en Union soviétique en compagnie de son épouse. Marius Colombini contribua ensuite à mettre en place l’organisation régionale de la CGT, structure dont il devint le secrétaire en 1972. À ce titre, il conduisit une délégation en RDA. Après avoir quitté le bureau de l’UD-CGT à la suite du 43e congrès de novembre 1973, Marius Colombini prit sa retraite en mars 1975 mais ne cessa pas pour autant son activité militante. En 1977, il collabora à la diffusion de La Vie ouvrière. Il devint, en 1986, président de l’Institut régional CGT d’histoire sociale. Il renonça à cette charge l’année suivante tout en demeurant membre du bureau de cette association jusqu’en 1991. Il participa en 1995 à la rédaction de la brochure intitulée 1938-1945 : Les communistes face à la tourmente dans les Bouches-du-Rhône.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article20418, notice COLOMBINI Marius, Antoine par Jean-Claude Lahaxe, Michel Pigenet, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 3 mai 2009.

Par Jean-Claude Lahaxe, Michel Pigenet

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, dossier 148 W 302. — Listes établies entre 1952 et 1968 pour la SMC à la suite de l’élection des instances dirigeantes de la fédération communiste des Bouches-du-Rhône. — Brochure éditée par l’UDMT-CGT à la suite de ses assemblées générales de 1960 à 1965. — 20 ans de réalisations et d’action mutualiste, brochure éditée à Gardanne par l’Union départementale mutualiste des Bouches-du-Rhône, 1974. — Déclaration d’Yvette Giana dans la préface du mémoire de maîtrise de Marcel Dottori (Du mouvement mutualiste dans les Bouches-du-Rhône à la création de la clinique chirurgicale de Bonneveine, 1914-1942, Aix-Marseille II, faculté de Luminy, département des sciences sociales. Publié à Gardanne par l’UDMT des Bouches-du-Rhône, 1984, 85 p.). — Rouge-Midi, 21 et 30 avril 1945, 27 mars 1947. — La Marseillaise, 1949-1976. — Le Midi Syndicaliste, 5 janvier 1945 et décembre 1952. — J.-C. Lahaxe, Les Communistes à Marseille à l’apogée de la guerre froide (1949-1954). Organisations et militants, engagements et contre-société, thèse d’histoire, Aix-Marseille, 2002. — A. Pacini, D. Pons, Docker à Marseille, Payot, 1996. — Entretien avec E. Lanfranchi, le 8 avril 1999. — Notice DBMOF, par Antoine Olivesi. — Note d’André Caudron. — État civil de Marseille.

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