PINEDE Isaac, Robert

Par Michel Thébault

Né le 24 juillet 1899 à Oloron-Sainte-Marie (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques), massacré le 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) ; industriel ; victime civile.

Robert (son prénom usuel) Pinède était le fils de Jacob, Émile Pinède âgé de 37 ans à sa naissance, employé de commerce et de Sarah, Élodie, Rachel, Gabrielle Delvaille âgée de 21 ans. Lors de son recrutement pour l’armée en avril 1918, il était employé de commerce, domicilié à Bayonne, boulevard Jean d’Amou. Il fut incorporé le 21 avril 1918 dans le 8ème régiment du génie et participa aux combats de la fin de la première guerre mondiale jusqu’au 11 novembre 1918. Nommé caporal en juin 1920, il fut démobilisé en mars 1921 avec le grade de sergent. Il revint s’installer à Bayonne où il devint dans l’entre-deux-guerres le dirigeant d’une entreprise de tannerie-mégisserie. Il fut reçu le 22 mars 1922 à la loge maçonnique de Bayonne du Grand Orient de France, La Zélée. Il se maria le 15 janvier 1924 à la mairie de Bayonne avec Yvonne, Carmen Silva. Le couple eut trois enfants, Jacqueline née en février 1925, Francine en novembre 1926, et Émile André en1935. A la fin des années 30, Robert Pinède était à Bayonne un notable de la ville, industriel, ancien combattant, franc-maçon, « honorablement connu à Bayonne... noté comme radical socialiste à tendances socialistes » (rapport de 1941 du commissaire de police de Bayonne. Arch. Dép. des Landes cote 283 W 80). La défaite de la France en 1940, la politique du gouvernement de Vichy et l’occupation de la région de Bayonne par les troupes allemandes le placèrent dans une situation complexe. Visé par la politique de Vichy à l’encontre des Francs-maçons, il fut en 1941 suspecté de « reconstitution de ligue dissoute » et astreint à résidence forcée dans la commune de Bayonne. Mais dans le même temps, membre de la communauté juive de la ville, et membre du Bureau de Bienfaisance Israélite, il fut désigné après la défaite de 1940 par le siège parisien comme responsable régional. Et fin novembre 1941 à la suite de la création de l’UGIF (Union générale des israélites de France) par Vichy, il devint le responsable régional de cette organisation, chargé de la représentation et de la défense de la communauté juive de la ville auprès des autorités allemandes et françaises. Son entreprise de tannerie-mégisserie fut saisie en 1942 en application de la politique de spoliation dite d’aryanisation par Vichy et l’occupant. Au début 1943 lorsque les autorités allemandes décidèrent l’expulsion de tous les juifs des départements côtiers. Robert Pinède, représentant de l’UGIF pour la région de Bayonne, parvint en avril - mai 1943 à négocier avec la Kommandatur locale et avec l’aide du maire de Bayonne, les conditions d’évacuation de la communauté bayonnaise vers l’ancienne zone libre. Une décision du sous-préfet de Bayonne du 15 mai 1943, leur enjoignit de « quitter obligatoirement la zone côtière interdite des Basses-Pyrénées avant le 29 mai 1943, dernier délai » avec la possibilité d’emporter des fonds, meubles et objets personnels (Bayonne fut ainsi une des seules villes de France à autoriser les juifs à partir librement). Tandis que de nombreuses familles juives gagnaient la région de Pau (dans la partie du département en ex zone-libre), Robert Pinède utilisant ses liens avec les établissements de mégisserie de Saint-Junien (Haute-Vienne), gagna le Limousin avec toute sa famille. Les six membres de la famille Pinède trouvèrent à s’installer à Oradour-sur-Glane, à proximité de Saint-Junien en mai 1943, dans une maison située entre l’Hôtel Avril et la gare des tramways. Robert Pinède reprit en Limousin ses activités au sein de l’UGIF exerçant l’emploi de comptable au siège de Limoges.
Il fut victime le 10 juin 1944 avec sa femme et sa mère du massacre perpétré par les SS du 1er bataillon du 4e régiment Der Führer de la 2e SS-Panzerdivision Das Reich. Robert Pinède, après avoir été regroupé sur la place du village avec tous les habitants périt mitraillé puis brûlé dans l’une des six granges, la grange Beaulieu, dans lesquelles les hommes furent massacrés. A l’arrivée des troupes allemandes, Robert Pinède avait immédiatement ordonné à ses trois enfants de s’enfuir. Le village étant encerclé, ils parvinrent à se cacher dans un réduit fermé sous l’escalier extérieur de l’Hôtel Avril proche de leur domicile où ils ne furent pas découverts par les SS. En fin d’après-midi, ils parvinrent à s’échapper et furent accueillis dans une ferme avant d’être hébergés et cachés dans la famille de Robert Hebras, l’un des rares survivants. Jacqueline Pinède l’une des dernières survivantes du massacre est décédée en février 2017.
Robert Pinède obtint la mention « Mort pour la France » par jugement du tribunal de Rochechouart du 10 juillet 1945. Son nom figure sur le monument aux morts de Bayonne et sur le monument commémoratif des martyrs du 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane. Son nom figure également sur le Mémorial du grand Orient de France, 16, rue Cadet à Paris IXème arr. Il existe à Bayonne, un Chemin Pinède « Souvenir des martyrs d’Oradour-sur-Glane ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article204282, notice PINEDE Isaac, Robert par Michel Thébault, version mise en ligne le 12 juin 2018, dernière modification le 18 juin 2018.

Par Michel Thébault

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Atlantiques (Etat civil, registre matricule) — Centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane, Liste des victimes, exposition temporaire réalisée par Sandra Gibouin et al. Oradour histoire et archives. Destins croisés de trois familles touchées par le drame — Jean Crouzet Loges et Francs-Maçons Côte basque et Bas-Adour (1740-1940). Ed. Atlantica. — Site internet Retour vers les Basses-Pyrénées, Partage d’archives publiques et privées liées au département des Basses-Pyrénées. 1790-1969. Dossier concernant la famille Pinède —Mémorial GenWeb.

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