COUDERT Paul, Albert

Par Claude Pennetier

Né le 4 avril 1892 à Bagnolet (Seine, Seine-Saint-Denis), mort en février 1985 ; ouvrier sculpteur sur bois ; militant communiste ; maire de Bagnolet (1928-1940, 1944-1959) ; conseiller général de la Seine (1929-1935, 1936-1940, 1945-1957).

Paul Coudert
Paul Coudert

Fils de Jacques Coudert, ouvrier (chauffeur au gaz), et de Juliette née Dupont, ménagère, établis à Bagnolet, Paul Coudert, élevé dans la religion chrétienne, avait cinq frères et sœur : deux tôliers, un forgeron, un manœuvre. « Je ne suis allé, comme la plupart des fils d’ouvriers, qu’à l’école primaire communale où j’ai eu bien du mal à obtenir mon certificat d’études. J’ai suivi des cours de dessin du soir jusqu’à l’âge de dix-neuf ans » écrira-t-il en 1933. Il entra en apprentissage chez un sculpteur sur bois à la sortie de l’école communale, tout en suivant des cours du soir de dessin et de travail artistique du bois. Il exerça la profession de menuisier qu’il abandonna pour être employé dans l’alimentation avant de revenir à la sculpture. Son frère aîné achetait chaque jour l’Humanité et le jeune Paul le lisait à son père qui était illettré. Pupille de la coopérative l’Avenir socialiste de Bagnolet, il adhéra au Parti socialiste en 1910 ou 1912 semble-t-il (il dit aussi avoir adhéré à dix-huit ans, donc en 1910, dans son autobiographie de 1933) et s’occupa (fonda dit-il dans son "testament") du premier Club sportif ouvrier de Bagnolet.

Il se maria le 11 avril 1917 à Bagnolet avec Georgette Biegenwald, ouvrière porcelainière (usine de jouets Bébé Jumeaux) qui partagea ses idées mais sans militer, du moins jusqu’au milieu des années trente. Ils eurent un enfant, Georges.

Réformé pendant la Première Guerre mondiale, secrétaire de la section socialiste de Bagnolet en 1919, Coudert entra au conseil municipal, le 30 novembre, sur la liste dirigée par Raoul Berton (décédé en 1920) et Jules Sabatier (maire de 1920 à 1927). À la différence de ce dernier resté au Parti socialiste SFIO, Coudert adhéra au Parti communiste après le congrès de Tours (décembre 1920) et fut réélu conseiller sous l’étiquette communiste, le 8 décembre 1922.

Il était secrétaire du 3e rayon communiste au moment de la « bolchevisation ». Un des animateurs de la grève des sculpteurs sur bois en 1926, il fut au chômage pendant huit mois et dirigea l’action des chômeurs.

Paul Coudert dirigea sans succès la liste Bloc ouvrier et paysan aux élections municipales de mai 1925, puis, profitant de la division du conseil entre socialistes « autonomes » et socialistes SFIO qui entraîna une dissolution le 26 février 1927, il reprit place au conseil (« conseil bourgeois » écrit-il en 1933) lors des élections partielles des 20 et 27 mars. Une nouvelle élection confirma la victoire communiste en juillet 1928. L’assemblée municipale le désigna à la première magistrature municipale le 1er août 1928 (élection cassée par arrêté du Conseil d’État en date du 16 novembre 1928), le 19 décembre 1928, le 10 mai 1929 et le 9 mai 1935. Lorsqu’il quitta la première magistrature municipale en 1959, Coudert évoqua cette époque : « Je veux rappeler une période où notre parti était moins fort et notre expérience municipale inexistante, lorsqu’en août 1928 nous entrions dans cette mairie. Les anciens de l’époque - notamment les camarades Delavois, Vaysse et Merot - savent dans quelle situation nous nous trouvions. Nous n’étions pas préparés, mais nous avions la foi et le courage. Nous nous sommes formés à cette école de la vie, devant les difficultés que nous avons dû vaincre » (Bulletin municipal, avril 1959).

La liste communiste fut aisément élue au renouvellement général des 5 et 12 mai 1929 ; il ne lui avait manqué qu’une cinquantaine de voix pour assurer sa victoire dès le premier tour (selon l’Humanité du 6 mai 1929 : Bloc ouvrier et paysan 2 629 voix de moyenne, socialistes 1 204 et Union nationale 1 528 voix). Le 5 mai 1935 les résultats s’améliorèrent à nouveau : 3 818 voix à la liste communiste, 699 à la liste socialiste SFIO, 2 142 à la liste de droite sur 7 202 inscrits et 6 152 votants. Paul Coudert avait été candidat aux élections législatives du 11 mai 1924 dans la 4e circonscription de la Seine (banlieue), sur la liste dirigée par Paul Vaillant-Couturier et Jacques Doriot. Avec 105 322 voix sur 406 547 électeurs inscrits, 342 584 votants et 334 617 suffrages exprimés, il se plaçait en quinzième position de la liste communiste qui avait neuf élus.

Il entra au conseil général de la Seine le 26 mai 1929 en conquérant dès le premier tour le siège de la troisième circonscription de Pantin, avec 2 177 voix sur 6 832 inscrits (804 voix à Sabatier conseiller sortant, 200 à Alexandre Aulagnier socialiste SFIO). Il fit partie de la 2e commission (Routes et chemins), de la 9e commission (Extension, Aménagement, Habitation) et de la 10e commission (Travail et Chômage). Il n’intervenait presque jamais dans les débats mais posait des questions écrites qui étaient ensuite relayées par Georges Marrane. Marcel Gitton, secrétaire du Parti communiste, le remplaça aux élections de mai 1935 - Coudert étant « très fatigué » écrit la Voix de l’Est - mais, élu député en mai 1936, il démissionna du conseil général. Coudert fut réélu le 11 octobre 1936 par 3 091 voix sur 7 349 inscrits (Auguste Bonvallet, socialiste SFIO, 772 voix). Le conseil général le désigna comme secrétaire le 2 juillet 1938 contre le doriotiste Marcel Marschall (63 voix contre 62).

À la lecture de son autobiographie rédigée le 27 avril 1933, la commission des cadres l’avait jugé « bon camarade mais très effacé, timide, pas entraîneur » et avait noté qu’il ne trouvait pas le temps de lire les Cahiers du bolchevisme. Cependant, pour un militant qui s’était formé politiquement « seul en suivant les réunions et en lisant », il citait un nombre significatif de livres de Marx et de Lénine qui témoignait d’une culture politique. Un autre rapport, sans date, témoignait de la confiance qu’il inspirait au parti : « Les bourgeois qui viennent à la mairie me donnent l’impression qu’ils usent plus avec Delavois Alphonse Delavois qu’avec Coudert, de gentillesses. Coudert les refroidit [...] Coudert est, si possible, à lancer dans les luttes. » (RGASPI, 517 1 1663, s.d. [début des années trente], sans signature mais la précision des informations fait penser à Henri Vaysse).

Suspendu de ses fonctions municipales à l’automne 1939, Paul Coudert, non mobilisé, tira plusieurs numéros de l’Humanité clandestine dans les locaux de la mairie de Bagnolet, avec la collaboration d’Henri Vaysse son secrétaire général, de Jean Chaumeil et de Venise Gosnat. Ces feuilles sans numéro et sans date précise furent diffusées dans la banlieue Est avant l’édition du numéro 1 de l’Humanité clandestine officielle, le 26 octobre 1939 (Jean Chaumeil, Venise Gosnat, p. 118). Le conseil de préfecture le déchut de son mandat municipal le 21 janvier 1940 pour appartenance au Parti communiste. Recherché par la police, il organisa la Résistance dans ses différentes retraites clandestines.

Alphonse Delavois avait occupé les fonction de maire provisoire à la Libération. Paul Coudert reprit la direction de la mairie de Bagnolet en septembre 1944 puis fut réélu à la première magistrature municipale le 6 mai 1945, le 26 octobre 1947 et le 8 mai 1953. Il subit une suspension de trois mois en 1951, par une décision ministérielle annulée en 1955 sur ordre du Conseil d’État. Il siégea au conseil général jusqu’en 1957 et en assura la vice-présidence. Il présida la commission des travaux. En raison de son âge, Coudert abandonna l’écharpe de maire à son adjointe Jacqueline Chonavel, en 1959, tout en restant quelques années encore membre du conseil. Alphonse Delavois*, son premier adjoint, conserva sa fonction dans la municipalité Chonavel. À l’occasion du 67e anniversaire de Paul Coudert, le Parti communiste organisa le 4 avril 1959 un hommage public avec la participation de Waldeck Rochet.

Il était, en 1976 et 1980, vice-président de l’Amicale des vétérans du Parti communiste.

L’Humanité du 9 février 1985 annonça son décès à 92 ans.

Il existe un Centre d’animation Paul Coudert à Bagnolet.

Testament déposé ne la mairie de Bagnolet (texte manuscrit, orthographe et majuscules respectées)
à Madame le Maire de cette Ville.
J’ai fait mes études à l’école Jules Ferry, 36 rue Jules Ferry à Bagnolet, puis après avoir obtenu mon Certificat d’études primaires, je fus placé chez un sculpteur sus bois, dont l’atelier était situé impasse Saint-Pierre à Bagnolet.
Je suis les cours du soir, rue Vitruve à Pars, de dessin, de modelage dans la branche ornement.
Très jeune, je prends part aux mouvements syndical et politique. Pupille de l’avenir socialiste de Bagnolet, société coopérative. Je fonde le premier club sportif de Bagnolet. Adhérent au parti socialiste, je fus secrétaire jusqu’au congrès de Tours en 1920 où j’adhère au Parti communiste.
Elu conseiller municipal en 1919, je devient minoritaire au Conseil municipal et au Parti socialiste ; puis avec quelques autres camarades, je constitue le premier embryon du Parti communiste.
Battu aux élections municipales de 1925 dont le conseil municipal est entièrement socialiste, mais à la suite de divergence au sein du conseil, de nouvelles élections ont lieu en 1927 où six communistes dont je suis sont élus au Conseil municipal où nous devenons minoritaires, puis à la suite de luttes personnelles au sein du nouveau conseil municipal, de nouvelles élections ont lieu, c’est alors qu’en fin de compte en 1928, tous les membres du Conseil Municipal sont Communistes.
Je suis élu Maire de Bagnolet où avec mes Camarades nous administrons la Ville pendant 31 ans, jusqu’en 1959 date où je cède la place à Jacqueline Chonavel.
Je continue à être conseiller pendant quelques temps. En 1929, je suis élu au Conseil Général puis pendant quelques temps à la présidence de la première commission où je resterai pendant 38 ans d’activités jusqu’en 1967 lors de la division du département de la Seine. Je fus pendant une année Vice président de ce Conseil Général de la Seine.
Devenu Maire Honoraire et ayant pris ma retraite, je n’en continue pas moins à avoir une activité municipale ainsi qu’au Parti Communiste Français où je suis Vice Président de l’amicale nationale de Vétérans du Parti ayant pris en 1976 ma 56ème carte du Parti. C’est une vie bien remplie qui se continuera jusqu’à ma mort que je dois prévoir, car bien administrer c’est prévoir.
Je déclara donc qu’ayant été élevé dans la religion chrétienne, je n’ai jamais suivi cette religion étant athée, je veux donc que mes obsèques soient civiles et être inhumé dans ma sépulture perpétuelle située dans la 17ème division du Vieux cimetière de Bagnolet sépulture où reposent déjà mes parents, mes beaux parents, mon frère aîné, ma femme, je serais donc inhumé à coté d’elle, et en famille.
Je lègue toute ma bibliothèque au Comité de Ville du Parti Communiste Français de Bagnolet à l’exception des livres que mon fils Georges Biegenwald voudra conserver en souvenir.
Tous mes dossiers classés dans des chemises cartonnées seront remis au Musée d’histoire de Bagnolet, exception faite des dossiers contenant des papiers de famille, des documents médicaux et des radios.
Mes dessins seront répartis entre Madame Chonavel Jacqueline, Ebra Rustin, Huguette Heitzmann, toutefois exception étant faite si mon fils Georges Biegenwald veut les conserver, mais à condition qu’ils reviennent aux personnes désignées ci-dessous lors de son décès.
J’ai dit que mes obsèques soient civiles et j’ajoute qu’elles devront se dérouler dans la plus stricte modestie, par conséquent, il n’y aura ni fleurs, ni couronnes. Mon corps sera entouré d’un linceul se composant d’un drapeau rouge et d’un drapeau tricolore, les deux liés ensemble.
Si discours, il y a devant mon cercueil, il sera autant que possible assez bref, pas d’exposition de mon corps dans le vestibule de la Mairie, afin d’éviter des dépenses inutiles, de draperies, etc...
Je laisserai suffisamment d’argent pour le paiement des frais de mes funérailles.
Ainsi j’aurais été toute ma vie, y compris après ma mort, celui qui aura appliqué suivant les principes du Parti Communiste Français "Toujours servir ne jamais se servir".
Il me reste en terminant ce testament à souhaiter que les générations futures puissent passer au socialisme aux couleurs de la France sans trop de difficultés et de s’engager dans la voie du communisme où il y aura pour tous , du pain et des Roses.
Fait à Bagnolet avec toute ma raison le 10 juin 1976
Paul Albert Coudert, né le 4 avril 1892 à Bagnolet Seine.
Signature.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article20812, notice COUDERT Paul, Albert par Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 30 avril 2017.

Par Claude Pennetier

Paul Coudert
Paul Coudert
Testament de Paul Coudert, 10 juin 1976
Testament de Paul Coudert, 10 juin 1976
Communiqué par sa famille.

ŒUVRE : Directeur de la Voix de l’Est, du n° 1, publié le 7 octobre 1933, à 1939, collection qu’il avait déposée à l’Institut Maurice Thorez à la fin des années 1960.

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 1477. — Arch. PPo., 89 et 101. — Arch. Dép. Seine, D 2 M 2, n° 5, n° 52 et n° 72 ; D3 M 340. — Arch. A. Marty (Jean Maitron), P VI. — L’Humanité. — Voix de l’Est, 1933-1939. — Jean Chaumeil, Venise Gosnat, Éd. sociales, 1975. — Réédition de l’Humanité clandestine. — Le conseil municipal : nos édiles, op. cit. — Renseignements fournis par Marcel Picard. — Notes de Jacques Girault, René Lemarquis et Jean Maitron.

ICONOGRAPHIE : Le conseil municipal : nos édiles, op. cit.

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