Né le 26 août 1895 à Vermand (Aisne), mort le 2 septembre 1985 à Lagny-sur-Marne (Seine-et-Marne) ; garde-frein puis contrôleur des trains ; résistant ; secrétaire général de la Fédération CGTU puis CGT des cheminots (1926-1939), puis secrétaire fédéral (1944-1951) ; militant communiste ; membre du conseil d’administration de la SNCF (1945-1948).

Jules Crapier
Jules Crapier en 1945
Fils de Jules Crapier et de Louise Croquet, ouvriers agricoles - suivant l’acte de naissance son père était « domestique de labour » -, Jules fut orphelin de père à l’âge de neuf ans. Sa mère vint habiter à Saint-Quentin (Aisne) où il travailla comme garçon épicier, et fréquenta les milieux anarchistes. Mobilisé en août 1914 au 51e Régiment d’infanterie, Jules Crapier obtint le grade de sergent, cinq citations, la Croix de guerre et la médaille militaire. Les événements de 1917 en Russie l’incitèrent à adhérer au Parti socialiste après l’Armistice. En janvier 1919, il entra, en qualité de garde-frein, à la Grande Ceinture, à la gare de Noisy-le-Sec (Seine, Seine-Saint-Denis). Il donna aussitôt son adhésion au syndicat de Noisy-le-Sec. Les révocations qui suivirent les grèves de mai 1920 décapitèrent son syndicat. Élu secrétaire en juin, il s’affirma bientôt comme un actif propagandiste. Quelques mois plus tard l’ensemble de la section socialiste de Noisy-le-Sec rejoignit le Parti communiste. Mais Jules Crapier fut, et resta toute sa vie, essentiellement un syndicaliste. En juin 1925, l’Union des syndicats unitaires des travailleurs des chemins de fer de Ceinture lui confia le secrétariat général. Il demanda sa mise en disponibilité pour devenir permanent. En 1926, le bureau comprenait, outre Jules Crapier secrétaire général, Émile Robin* (secrétaire adjoint), Antoine Demusois* (secrétaire à la propagande), Jean Pégot* (trésorier général), Louis Bouchon* (trésorier adjoint) et Jean Kraemer* (archiviste). Membre de la commission exécutive de la Fédération unitaire des cheminots depuis 1922, il fut appelé au secrétariat général en juillet 1926 et conserva cette fonction jusqu’à la réalisation de l’unité syndicale. La Fédération le délégua en octobre-novembre 1927, avec Albert Balluais*, aux cérémonies du Xe anniversaire de la Révolution russe à Moscou.
Jules Crapier était, en 1926, membre de la cellule 883 de Noisy-le-Sec (21e rayon) et il devint secrétaire du Comité local de lutte contre la guerre à Villemomble (Seine, Seine-Saint-Denis). En 1929, la CGTU le désigna pour se rendre en Algérie résoudre la crise de l’Union régionale unitaire (tentative de scission, création d’une Union autonome). Pendant huit ans, Crapier suivit la vie syndicale algérienne, et particulièrement celle des cheminots, en effectuant des séjours réguliers de plusieurs mois. L’exclusion de François Pourquié avait privé le Parti communiste de son candidat habituel à Saint-Quentin (Aisne) au moment où survint la mort du député socialiste Eugène Tricoteaux, en août 1933. La direction nationale se souvint que Jules Crapier était originaire de Saint-Quentin et le présenta aux élections législatives partielles de la 1re circonscription de cette ville cette même année. Il obtint 1 847 voix au premier tour et 1 027 voix au second (sur 15 365 inscrits). Il appartint à nouveau au secrétariat de la Fédération CGT des cheminots en 1936-1939.
Requis en août 1939, Jules Crapier organisa, en juillet 1940, les comités populaires cheminots sur la région parisienne avec Arthur Airaud et Marc Dupuy*. Il fut arrêté en octobre 1940, interné à Aincourt (Seine-et-Oise, Val-d’Oise), Fontevrault (Maine-et-Loire), Clairvaux (Aube), Châteaubriant (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) puis, à partir du 7 février 1942, à Compiègne (Oise), d’où il s’évada le 22 juin 1942 en compagnie de Georges Cogniot*. Une militante du XIIIe arr. (Suzanne Gérard, demi-sœur de sa compagne) l’hébergea quelque temps (Le 13e arrondissement..., p. 117) en compagnie de Charles Désirat, puis il se cacha rue de Charonne dans le XIe arr. À partir de juillet 1942, il dirigea la Fédération des cheminots CGT (clandestine) pour la zone Nord, dont le chef, Pierre Semard, avait été fusillé en mars de la même année. En 1943, il travailla à la direction des interrégionaux du Parti communiste français.
Il fut nommé en juillet 1943 à la direction nationale des comités populaires des cheminots, avec la responsabilité de la province à partir d’avril 1944. La même année, il travailla à la direction des interrégionaux du Parti communiste français.
André Tollet* demanda au début de l’année 1944, à Robert Hernio* et Jules Crapier de reprendre contact avec les cheminots socialistes. La rencontre des 3 et 4 février 1944 à Paris, avec Gérard Ouradou* et René Clerc*, permit la création d’un comité de liaison syndical. Il fut avec Raymond Tournemaine* et Robert Hernio un dirigeant de la grève insurrectionnelle des cheminots déclenchée le 10 août 1944. Au titre de ses fonctions de responsable syndical, il effectua de nombreux déplacements pour renforcer l’organisation sur tout le réseau sous les pseudonymes, entre autres, de « Lorani » et de « Goujon ». Sous son impulsion se développa la diffusion de tracts et journaux cheminots (La Tribune des cheminots).
Le Parti communiste fit désigner Jules Crapier au siège de conseiller général nommé de Charenton-le-Pont (assemblée départementale provisoire) en avril 1945. Il succédait à l’ancien communiste Charles Delval*. Jules Crapier ne se présenta pas aux élections cantonales de septembre 1945. Contrôleur des trains au Bourget-Triage (Seine, Seine-Saint-Denis), il fut candidat aux fonctions de représentant titulaire au conseil d’administration de la Caisse de prévoyance lors du scrutin du 29 juin 1948. Jules Crapier fut secrétaire de la Fédération CGT des cheminots de 1944 à 1951 et il siégea au conseil d’administration de la SNCF de 1945 à 1948, avant d’en être exclu à l’issue des grèves de 1948. De 1947 à 1951, Jules Crapier fut membre du Conseil national économique au titre des travailleurs CGT. Il fit partie de la commission exécutive de la CGT de 1946 à 1951. Secrétaire général adjoint des cheminots retraités CGT de 1951 à 1958, il fit partie de leur bureau national de 1958 à 1961, puis de 1965 à 1973. Il appartenait également au bureau de l’Amicale des vétérans communistes en 1980. Crapier partageait son temps entre l’Île d’Oléron, où il animait la section des cheminots retraités, et le XIe arr. de Paris.
Marié en juin 1919 au Raincy (Seine-et-Oise, Seine-Saint-Denis) avec Alice Morin, puis remarié en septembre 1947 à Paris (XIe arr.) avec Germaine Bernard, Jules Crapier était père de deux enfants. Son fils, militant communiste de Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis), fut déporté pendant l’Occupation.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13584, rapport du 21 décembre 1928, F7/13663 et 13671. — Arch. PPo. 308. — Arch. PPo., série « rapports hebdomadaires sur la répression des menées communistes », 1er juin 42 au 22 février 1943. (Brouillon de rapport : mesures prises par les autorités allemandes 25 juillet 1942), consulté par Emmanuel Debono. — Arch. Dép. Aisne, 11478. — I.M.Th., bobine 191. — Arch. Fédération CGT des cheminots. — Comptes rendus des congrès fédéraux. — La Tribune des cheminots. — Stéphane Courtois, La Politique du PCF et ses aspects syndicaux, 1939-1944, Thèse de 3e cycle, Nanterre, 1978. — Le 13e arrondissement de Paris du Front populaire à la Libération, Paris, 1977, p. 117. — « Récit de André Argalon. La grève de 1953 », Les Cahiers de l’Institut, n° 1, supplément au Courrier du cheminot n° 610, p. 20. — Georges Ribeill, « Autour des grèves de 1947, les scissions de l’après-guerre au sein de la Fédération CGT (CAS, FO, FAC, FgMC) », Revue d’histoire des chemins de fer, n° 3, Mouvement social et syndicalisme cheminot, automne 1990, p. 95-113. — Pierre Vincent, « La place des dirigeants cheminots dans la confédération, de ses origines à nos jours », Les cahiers de l’institut, n° 2. — Notes de Jean-Pierre Bonnet, Emmanuel Debono, Georges Ribeill et Pierre Vincent. — Témoignage de Jules et Suzanne Crapier, 18 mars 1981. — État civil.

Jean Maitron, Claude Pennetier, Jean-Luc Pinol

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