ALEXANDRE Claire, Madeleine, Micheline

Par Jacques Defortescu

Née au Havre (Seine-Inférieure/Seine-Maritime) le 13 mars 1929, décédé à la Rochelle e 28 novembre 2018.Militante communiste de La Rochelle, Militante de la Jeunesse Indépendante Catholique ( JIC ) dans sa jeunesse. Militante syndicale Santé /Action sociale, secrétaire de l’Union Syndicale Départementale Santé/ Action Sociale CGT de Charente - Maritime.

Claire Alexandre en 2018

Claire Alexandre était née le 13 mars 1929 au Havre. « J’ai eu la chance de naître dans une famille unie » écrivit-elle dans ses mémoires. Avec sa sœur jumelle elles furent les avant-dernières d’une famille de 7 enfants. Sa jeunesse fut marquée par la guerre. Elle connaîtra 3 exodes. Elle se souvint des difficultés que ses parents eurent pour reconstruire la maison détruite en partie par les bombardements allemands ou anglais, et squattée par un voisin.
Réfugiées à la campagne près d’Etretat, sa sœur et elle feront leurs études par correspondance.
Dès son retour au HAVRE elle adhéra au Mouvement de la Paix, ayant expérimenté les effets néfastes de la guerre.
Rentrant dans le monde du travail, elle fit la connaissance de jeunes de l’Action Catholique Ouvrière.
Influencée par les prêtres ouvriers de la Mission de France, elle décida et choisit de vivre en milieu ouvrier, milieu qu’elle trouvait porteur de « solidarité, de partage, de simplicité, de volonté d’aplanir les injustices ». Elle découvrit ainsi l’existence à ces yeux de classes sociales « classe populaire et classe dominante ».
En 1950, elle travaillait aux « Verreries de Graville »au Havre, puis rentre dans une chocolaterie à Vitry avant de rentré dans une usine de compteurs à gaz ou elle prit sa 1ère carte à la CGT en 1954.
Elle fit des études d’infirmière pendant deux ans et passa son diplôme d’État, en 1956. Elle rentra alors à l’ « Hôtel Dieu » , à Montchanin (Saône et Loire) près de la ville du Creusot.
Pour elle, le travail d’infirmière était le seul emploi où les femmes pouvaient alors accéder, car il n’y avait qu’une seule grande usine dans cette ville : l’usine de grosse métallurgie « Schneider ». Toute la ville était « Schneider » : l’hôpital, la maternité, les écoles, la formation professionnelle etc.
Elle débuta dans un service de médecine femmes. Les conditions de travail y étaient déjà très dures, deux équipes assumant chacune 12 heures de travail avec une coupure de 2 heures pour l’équipe de jour.
La chef de service était une religieuse qui imposait au personnel, de temps à autre, de promener un prie-Dieu de salle en salle, en y prononçant une bénédiction et une prière.
Quand vint son tour, elle refusa ! Du coup il y eut des remous dans le service ! Elle eut peur d’être renvoyée. Mais elle expliqua son refus au nom de sa conscience citoyenne respectant la laïcité, mais aussi au nom de sa foi chrétienne. D’après elle, l’Évangile lui demandait avant tout le respect de l’autre (et en particulier des non croyants).
Elle fut néanmoins changée de service et travailla alors au le service médecine hommes où cette pratique n’avait pas lieu. Cette pratique cessa d’ailleurs très rapidement suite à cet incident.
Il n’y avait, à l’époque pas de syndicat à « l’Hôtel Dieu ».
Dans ce service de médecine hommes, Claire Alexandre avait deux collègues qui venaient de Paris. Avec elles deux elles décidèrent d’aller à l’inspection du travail pour se renseigner sur la légalité de ce qui était appliqué de leur condition de travailleuse hospitalière.
Elles apprirent quelles étaient soumises aux conventions collectives de la métallurgie et non à celles de la Santé, et que la seule possibilité pour s’en sortir était de monter un syndicat de la santé. Ce qu’elles firent. Convaincre, s’organiser, trouver des candidats pour l’élection des délégués : ce fut une rude tâche qui ne fut pas facilitée du fait de la répression syndicale qui s’installait.
Claire Alexandre fut mutée au nettoyage du sous-sol, laboratoire radio, pour être coupée du personnel…
Arrivèrent les élections… et surprise, elles apprirent dès 6 H 30 la visite de Madame Schneider elle-même au personnel, chose qui n’avait jamais eu lieu auparavant.
La femme du patron venait serrer la main aux unes, aux autres et octroyer au personnel secondaire le droit de bénéficier (pour ce jour-là seulement) d’un beefsteak et d’un café, octroyés toute l’année pour un même prix de repas, au personnel qualifié soignant et administratif.
Certains agents, dans cette circonstance, se sont sentis dans l’impossibilité d’aller voter dans ce grand hall en vue des services administratifs…C’est ainsi qu’il ne manqua qu’une voix pour être élues au premier tour. Toutes furent élues au second tour. Le syndicat était créé !
Après six mois de chômage, en 1961, Claire Alexandre fut embauchée à l’hôpital psychiatrique de la Rochelle.
Ces débuts en psychiatrie furent très difficiles, c’était l’époque où les soins en psychiatrie étaient très réduits, très peu de médicaments, l’usage fréquent de l’électrochoc, le poste qui lui était attribué ne lui donnait que peu de contact direct avec le malade et le personnel.
Elle intégrera par la suite une équipe soignante.
Là, il y avait un syndicat CGT avec beaucoup de syndiqués, mais sans beaucoup d’activité syndicale.
Sa première expérience syndicale fut de refuser un travail qui était demandé à tour de rôle et qui consistait à prendre quelques malades et aller avec elles faire l’entretien des bureaux administratifs.
Cette corvée ne plaisait ni aux malades, ni aux collègues ; les malades en profitaient pour lire les dossiers quand elles le pouvaient.
Elle en parla à la surveillante chef mais sans succès. Elle alla alors trouver le secrétaire du syndicat CGT qui fit la sourde oreille, appréciant la revendication comme très secondaire. Elle tint bon et après avoir obtenu un rendez-vous avec le médecin chef, ce dernier admis la position de Claire et ses collègues. Du personnel fut embauché pour cet entretien.
EN 1962, lors d’une Assemblée Générale du personnel, elle accepta de devenir secrétaire du syndicat CGT, à la condition d’être aidée du secrétaire de l’Union Départementale CGT de l’époque, Henri CRESPIN, avec qui elle rédigea son premier tract. Claire Alexandre paraissait souvent hésitante et peu sure d’elle mais il n’empêche qu’elle savait où elle allait, connaissait ses objectifs et n’en démordait pas.
En 1972, elle adhéra au Parti Communiste Français à la Cellule de l’ Hôpital Psychiatrique de Lafond, à la Rochelle.
Organiser une grève, rencontrer la Direction avec un cahier de revendications ne lui posa pas de problème et les résultats vinrent récompenser le travail militant effectué.
En 1967, elle raconta que « Une de nos plus belles réussites fut la réduction des horaires et l’augmentation des effectifs » sachant qu’à cette époque, par exemple, une des grandes revendications était de pourvoir bénéficier d’un dimanche de repos toutes les 2 ou 3 semaines…
Claire Alexandre participa à une réalisation qui lui tenait à cœur, celle de transformer l’asile, (ainsi nommait-on le quartier psychiatrique), en un hôpital digne de ce nom…
Le syndicat CGT des hospitaliers appartenait au Groupement départemental des Services Publics et de Santé. C’est avec les territoriaux que Claire Alexandre militera longtemps dans le département.
Puis, en 1969 elle participa à la création de l’Union Santé CGT Départementale. Sans compter son temps, elle déploya la Cgt en Charente Maritime et créa de nombreux syndicats dans les établissements hospitaliers (Rochefort, Saintes, St Jean d’Angély) répondit aux appels des Centre de soins pour handicapés comme à Lannelongue, à Boscamnant, dans le Sud du Département.
Claire Alexandre fut élu membre de la Commission Exécutive de l’Union Départementale CGT de Charente Maritime . Habituée à travailler dans un milieu plutôt féminin, elle ne fut pas à l’aise dans cette organisation très masculine même si elle apprécie la complémentarité homme/femme.
Au Bureau de l’Union Départementale elle fut longtemps la seule femme. Elle sera ravie quand, bien des années plus tard, l’Union Syndicale des Retraités CGT de Charente- Maritime réussira à mettre en place un collectif femmes retraitées
Lors d’un congrès de la Fédération Santé CGT en 1973, elle devint membre de la Commission exécutive jusqu’en 1979. Elle disait souvent « J’ai beaucoup des autres, et je les en remercie »
Elle fut élue responsable syndical CGT de la région Santé - Poitou - Charente. A ce titre-là, elle participa à l’organisation d’une manifestation à Angoulême qui permis aux agents hospitaliers de bénéficier du paiement des 13 h supplémentaires mensuelles.
Arrivée à l’heure de la retraite. Un syndicat départemental CGT des retraités regroupant services Publics et de la Santé existait et organisait quelques voyages. Au décès du responsable des territoriaux, c’est la scission et ma création du syndicat des retraités CGT de la santé.
En janvier 1984, Claire Alexandre déposa en Préfecture les statuts du syndicat départemental CGT des Retraités des Personnels Hospitaliers de Santé/ Action sociale. Elle en fut la secrétaire jusqu’en 2002.
Retraitée, Claire a toujours été aux côtés de ces camarades actifs. Participant à la Commission Exécutive mensuelle des syndicats d’actifs, elle fut de toutes les distributions de tracts, des actions, de la préparation des élections, etc..
En 2005, lors du premier congrès de l’Union Fédérale des Retraités CGT (UFR CGT) à l’île de Ré, il comptait 125 adhérents, et était en nombre le 1er syndicat de l’UFR CGT sur le plan national.
« Pour se rendre utile à la retraite », disait-elle, elle se tourna en 1984 vers le Nicaragua aidant ainsi l’Association France Amérique Latine à se développer. Elle y fera deux séjours. Dans son premier séjour, elle participera à la mise en place d’un service d’électro-encéphalographie pour diagnostiquer les enfants épileptiques. Elle apprit l’Espagnol, et à manipuler le matériel. Le deuxième séjour lui donnera l’occasion de participer aux consultations psychiatriques.
Chaque fois elle constata le drame de ces pays sous-développés sans moyens alors que des milliards s’entassent dans les paradis fiscaux.
Membre du comité rochelais du Mouvement de la paix elle adhéra à Vie Libre en 1984.
Claire Alexandre est décédée le 28 novembre 2018 au Centre Hospitalier de La Rochelle.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article210490, notice ALEXANDRE Claire, Madeleine, Micheline par Jacques Defortescu, version mise en ligne le 17 janvier 2019, dernière modification le 17 février 2019.

Par Jacques Defortescu

Claire Alexandre en 2018

Sources :
Mémoires de Claire Alexandre
Renseignements fournis par Monique Fontenil

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