Né le 24 octobre 1900 à Châteauroux (Indre), mort le 30 juillet 1968 à Langres (Haute-Marne) ; conducteur de travaux ; anarchiste puis membre du comité directeur du Parti communiste (à partir de 1924) et du comité central (1926-1929) ; militant d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) dans les années 1950.

Fils de Marie, Gabrielle Pierre, née vers 1878 à Chabris, ouvrière dans une fabrique de chemises et de père non désigné, Roland Dallet fut légitimé par le mariage entre sa mère et Louis Dallet le 3 juin 1905.
Roland Dallet donna lui-même un témoignage sur sa jeunesse et le début de son engagement politique, en réponse aux questions de Kurella qui faisait une enquête sur les élèves de l’école léniniste de Bobigny en 1924 (La Génération léniniste, en russe). Son père, Auguste Dallet, cordonnier dans une fabrique de Châteauroux, était un « ivrogne » violent. Roland fréquenta l’école publique de sept ans à douze ans et demi en « élève moyen, timide et maussade ». Son grand-père, vieux paysan religieux, eut sur lui une influence qui entrait en contradiction avec l’enseignement de l’école laïque. Il débuta dans la vie professionnelle comme apprenti dans une imprimerie. Vers 1913, toute la famille partit à Paris. Roland fit alors la connaissance d’un de ses oncles, guesdiste de longue date, et secrétaire d’une section socialiste de Seine-et-Oise. Sa mère, effrayée, lui interdit de lire les brochures conseillées par l’oncle.
En mai 1915, Roland Dallet entra à l’usine de Dion-Bouton à Puteaux. Il fut, selon sa formule, « patriote jusqu’à la mœlle des os » jusqu’en 1917. Devenu pacifiste, il participa à une grève qui dura trois jours. L’Arsenal de Puteaux l’embaucha comme fraiseur à la fin de l’année 1917. Dallet fit la connaissance d’un militant anarchiste, bohème et brillant, qui devint son « grand ami ». La lecture des brochures anarchistes et du Libertaire le conquit : il se déclara anarchiste et donna son inscription au syndicat de la métallurgie. Mais, à l’imitation de certains de ses camarades, Dallet pratiqua la « reprise individuelle ». Pris, il fut condamné à six mois de prison et ne sortit qu’à l’été 1919. À son retour à Puteaux, ses camarades anarchistes étaient dispersés. Il entra comme aide peintre chez son oncle socialiste où il put lire l’Humanité, des brochures socialistes, des ouvrages sur la religion, sur l’évolution des espèces. Il entra aux Jeunesses socialistes avec l’espoir d’intéresser ses camarades à l’anarchisme, mais, ce fut le contraire : il devint socialiste et, en 1920, Dallet donna son adhésion au Parti. Il milita comme secrétaire adjoint de la section de Rouen (Seine-Inférieure) où le chômage l’avait contraint à s’exiler.
À son retour dans la Seine, Roland Dallet adhéra au Parti communiste créé au congrès de Tours (décembre 1920) et suivit les cours de l’école fédérale. L’armée l’avait ajourné à trois reprises puis classé service auxiliaire le 28 mars 1923. Ses sympathies allaient à la gauche du Parti : Kurella notait qu’il avait « confiance dans Souvarine ». Le congrès communiste national de Lyon (20-24 janvier 1924) l’élut membre titulaire du Comité directeur, au titre de la commission du personnel et des salaires. Il suivit, en novembre-décembre 1924, les cours de l’école léniniste de Bobigny. Le Parti communiste le chargea d’organiser les rayons de Puteaux et de Levallois. Nommé le 27 mai 1925 secrétaire administratif du bureau d’organisation, il se rendit en province contrôler le fonctionnement de plusieurs Régions communistes et fit des rapports. Dallet habitait en 1923 à Suresnes, 49 rue de Verdun, domicile qu’il quitta en 1927 pour s’installer à Clichy, 18 rue Simonneau. La municipalité d’Ivry-sur-Seine avait recruté cet ouvrier métallurgiste comme peintre communal en 1926 (« conducteur de travaux » selon les listes électorales). Il était en fait permanent à la section d’organisation. Le BP l’envoya à Moscou en octobre 1926 et il y passa près d’un an comme l’un des responsables de l’Agit-Prop ; il y connut Jeanne Frontier* qu’il épousa après son retour à Paris, le 31 décembre 1927. Dallet aurait participé à la réorganisation communiste dans le Nord en 1927-1928. Il affirma en janvier 1928, devant la conférence d’organisation : « Le parti existe réellement dans la région parisienne, le Nord, la région lyonnaise, l’Alsace-Lorraine. Ailleurs, il ne représente pas une force politique réelle » (I.M.Th., bobine 271). Réélu au Comité central lors du congrès de Lille (20-26 juin 1926), il fut écarté de cette instance au congrès de Saint-Denis (31 mars-7 avril 1929). Fr. Billoux s’était opposé à son envoi avec une délégation à Moscou, lors du bureau politique du 15 juin 1928. La police le disait secrétaire du 11e rayon de la Région parisienne en 1928, secrétaire du 7e rayon en 1929 et membre du comité régional chargé de l’organisation des groupes d’autodéfense. Il siégeait au Comité central du Secours ouvrier international (SOI). La police l’arrêta le 24 mars 1929, à la conférence communiste de la Région parisienne réunie salle Reflut à Clichy - voir M. Ancelle*. Le nom de Roland Dallet apparaît pour la dernière fois dans les rapports de police à l’occasion de son interpellation le 30 novembre 1929, pour entrave à la liberté du travail, aux abords de l’usine Michel Chappa à Clichy. Il était le secrétaire de la cellule de rue de Puteaux (15e rayon) en mai 1930.
Poursuivi pendant l’Occupation pour son appartenance communiste, il entra dans un réseau de Résistance de Seine-et-Marne où sa femme tenait une pharmacie. Il semble que R. Dallet ait quitté, sans éclat apparent, le Parti communiste après la guerre (1956 ?). Il avait créé en 1952 à Ivry une coopérative-ouvrière de construction intercommunale (« Chantier ») qu’il dirigea jusqu’à sa retraite, tout en continuant d’animer le Ciné-club d’Ivry et de participer aux différentes manifestations culturelles de la ville. Malade, très affaibli, il consacra ses dernières années à la sculpture, très attentif à la vie politique mais sans y participer.

SOURCES : RGASPI, 517.1 190, texte de son autobiographie en russe (traduction Macha Tournié). — Arch. Nat. F7/13119, rapport du 24 mars 1929. — Arch. PPo. 100, mai 1930. — I.M.Th., bobine 271 (cité par Danielle Tartakowsky, thèse, op. cit.). — Arch. Jean Maitron. — Cahiers du Bolchevisme, 1927. — Kurella, La Génération léniniste, Moscou, p. 87-90. — A. Vassart, Mémoires, op. cit. — Notes de J. Girault. — État civil de Châteauroux.

Jean Maitron, Claude Pennetier

Version imprimable de cet article Version imprimable