DASPRE André, Joseph, Eugène

Par Jacques Girault

Né le 1er décembre 1928 à Avignon (Vaucluse), mort le 10 septembre 2013 à Toulon (Var) ; professeur ; militant syndicaliste (SNES) ; militant communiste de la région parisienne, de Seine-Maritime et du Var.

Fils unique d’un instituteur, pacifiste, syndiqué, actif au moment du Front populaire et dans la solidarité avec la République espagnole, et d’une employée des postes descendant d’une famille « rouge » de la Drôme, André Daspre fut seulement baptisé. Élève du lycée d’Avignon, il se replia en 1943-1944 à Séderon (Drôme), commune fortement gagnée par la Résistance. Il passa le baccalauréat en 1946 et prépara l’École normale supérieure aux lycées Henri IV à Paris, puis Lakanal à Sceaux. Dans cette khâgne dite « rouge », avec notamment comme professeur Jean Bruhat->18060], il adhéra à la cellule communiste en 1948.

André Daspre fut de 1950 à 1953 surveillant d’internat et instituteur suppléant à la maison départementale de Vitry où il fut un des animateurs de la section CGT. Dans le même temps, il poursuivait des études de lettres classiques à la Sorbonne et obtint un diplôme d’études supérieures de grec en 1952. Il effectua son service militaire à Tours comme élève officier dans un régiment du Train en 1953-1954 et fut rappelé en Algérie (octobre 1956- mai 1957).

André Daspre, alors étudiant, se maria en août 1955 à Avignon avec Michelle Hauvuy (voir Michelle Daspre, élève de l’École normale supérieures de Fontenay-aux-Roses. Le couple eut trois enfants. Titulaire du CAPES de lettres classiques en 1956-1958, nommé au lycée Voltaire pour son stage en 1957-1958, il fut reçu à l’agrégation de grammaire en 1958

Le couple fut nommé au lycée François Ier du Havre en 1958 puis au lycée de garçons de Toulon en 1961 (Peiresc, puis Dumont d’Urville). Daspre commença une thèse de doctorat d’État sur Roger Martin du Gard sous la direction d’Antoine Adam puis l’acheva avec Michel Decaudin pour la soutenir en 1976. Il devint assistant à la faculté de Nice en novembre 1968, puis professeur en 1981, poste qu’il conserva jusqu’à sa retraite en 1991 après avoir été responsable du département de Français pendant une année. Il participa notamment à l’Histoire littéraire de la France (Éditions sociales-Livre club Diderot, 1979-1980), dirigea le Centre de recherches sur Roger Martin du Gard à partir de 1982, établit l’édition d’un roman inédit de ce dernier Le colonel de Maumort (1983) et joua un rôle important dans l’édition de la Correspondance aux éditions Gallimard.

André Daspre, membre du syndicat CGT des surveillants d’internat en 1954-1955, devint secrétaire de la section syndicale (S1) du Syndicat national de l’enseignement secondaire du lycée du Havre, puis membre du bureau de la section (S2) de Seine-inférieure. Par la suite, il fut secrétaire du S1 du lycée Dumont d’Urville pendant deux ans, délégué à la commission administrative de la section départementale de la Fédération de l’éducation nationale pendant plusieurs années. Par la suite, membre du SNESUP, il n’exerça aucune responsabilité.

Après son mariage, André Daspre, logé à la Cité universitaire d’Antony (Seine), fut membre du comité de la section communiste en 1957-1958. Au Havre, membre du comité de la section communiste, il s’occupait des questions culturelles. À Toulon, secrétaire de la cellule du lycée, membre du bureau de la section Ville du Parti communiste, il devint membre du comité fédéral en 1964, chargé de suivre les sections du sud-est du département et responsable de la commission culturelle. À partir de 1968, responsable aux intellectuels, il conserva cette responsabilité quand il fut élu au bureau fédéral en 1971, mais il participait aux réunions du bureau fédéral depuis la conférence fédérale précédant le XVIIIe congrès du Parti auquel il fut délégué en janvier 1967. Il siégea aussi au bureau départemental, puis au secrétariat, de France-URSS (1965-1975) et militait dans la Fédération des conseils de parents d’élèves.
Suivant de très près la situation en Tchécoslovaquie, Daspre se trouvait, en touriste, avec son épouse, dans ce pays à la fin du mois d’août 1968. Il condamna nettement l’intervention soviétique dans les débats internes de la fédération communiste du Var. Notamment lors de la réunion du comité fédéral à La Seyne, dans le courant du mois de septembre, en présence de Georges Frischmann, membre du bureau politique, il intervint contre ceux qui se montraient favorables à l’intervention, approuvé par une partie des présents seulement. Lors d’une réunion du comité fédéral le 1er mars 1969, il critiqua un article de l’Humanité qui contestait les thèses de Louis Althusser. Dans son rapport, Raymond Guyot soulignait que Daspre s’était « gardé de dire », alors qu’il ne l’ignorait pas, qu’Althusser avait lui aussi estimé que « la façon dont il avait posé la question marxisme et humanisme n’était pas juste ».

Lors des élections municipales de 1977, Daspre figurait, en avant-dernière position, sur la liste d’union de gauche, conduite par la communiste Danielle De March.

André Daspre soutint les nombreuses initiatives pour transformer le Parti communiste. Après l’intervention soviétique en Afghanistan, il annonça lors de la conférence fédérale suivante son intention de quitter le bureau fédéral, décision qu’il maintint en dépit de l’intervention du représentant de la direction du Parti, Gaston Plissonnier. Il demeura membre du comité fédéral jusqu’en 1987.

André Daspre approuva la création, en 1981, du journal dirigé par Henri Fiszbin Rencontres communistes et y collabora régulièrement. Il fut un des militants qui annoncèrent leur retrait du Parti communiste en 1988. Par la suite, il soutint la candidature de Pierre Juquin à la Présidence de la République en 1988 puis adhéra à la Convention pour une alternative progressiste, collaborant régulièrement à son mensuel Confluences pour une alternative progressiste. Dans la presse, en janvier 1990, fut annoncée la fondation de l’Association varoise de recherche et d’initiative pour l’autogestion et le socialisme. Var-Matin, le 19 janvier, publia la photographie du groupe dirigeant, parmi lesquels il figurait. À la veille de la conférence fédérale communiste à La Garde, il signa, avec 82 militants, un texte « Réflexions de communistes varois », se définissant proche des analyses de Charles Fiterman et des refondateurs (Var-Matin, 16 novembre 1990).

À la fin des années 1990, habitant toujours le quartier Siblas, Daspre participait aux mobilisations contre la municipalité dirigée par le Front national depuis 1995. Devenu membre de la Ligue des droits de l’Homme, membre du cercle Condorcet, lors du débat sur la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, il fut un des opposants qui créèrent un « Cercle républicain ». Il participa en 2000 au collectif qui, sous le pseudonyme de Jacobus, publia la brochure La France éclatée ? (72 p.), puis en 2001, Pour la Corse, pour la République (116 p.). Lors de la campagne pour les élections municipales de mars 2001, il fit partie du comité de soutien à la liste de la « gauche plurielle » conduite par la députée socialiste Odette Casanova. Après la défaite de la gauche à Toulon, il signa avec d’autres membres du comité, une lettre ouverte publiée dans Var-matin, le 28 mars, destinée à la secrétaire de la section socialiste de Toulon qui avait apprécié négativement le contenu de la campagne électorale. Ils dénonçaient son « inertie », estimaient qu’elle devrait « rendre des comptes, sans équivoque » et concluaient : « Vous êtes en tout cas fort mal placée pour condamner ceux qui se sont battus sans discontinuer pendant des mois. »

André Daspre participa à la mobilisation pour un vote négatif au référendum sur la constitution européenne en 2005 et, après avoir participé activement aux réunions des comités antilibéraux, appela à soutenir la candidature de Marie-George Buffet aux élections présidentielles de 2007.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article21502, notice DASPRE André, Joseph, Eugène par Jacques Girault, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 28 janvier 2019.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Dép. Var, 1459 W 10. — Arch. PCF. — Presse locale et syndicale. — Renseignements fournis par l’intéressé. — Sources orales.

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