GUÉNÉGUÈS Louis, Pierre, Marie

Par Bernard Geay

Né le 10 février 1920 à Brest (Finistère) , mort le 30 novembre 2014 à Vigneux-de-Bretagne (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) ; ouvrier ajusteur ; mobilisé et prisonnier de guerre en 1940, évadé puis déporté et résistant ; syndicaliste CFTC puis CFDT ; président de la Caisse primaire de sécurité sociale de Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) de1956 à 1967 ; administrateur de mutuelles.

Le père de Louis Guénéguès (1885 – 1958), également prénommé Louis, était militaire d’active et servait dans la marine nationale. Il changea donc plusieurs fois de résidence : Brest, Saint-Malo (Ile-et-Vilaine), Saint –Nazaire (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique). Sa mère, Marie-Françoise née Arzel (1891 – 1963), était sans profession. Louis était le benjamin. Il avait une sœur aînée et un frère qui décéda à l’âge de 14 ans. La famille était catholique pratiquante.

Il fréquenta l’école primaire et poursuivit le cours complémentaire jusqu’au certificat d’études. Il fit ensuite un apprentissage d’ajusteur et obtint son CAP. Ses parents habitant alors Saint-Nazaire, il fut embauché comme ouvrier métallier aux Chantiers navals de Penhoët. Apprenti puis jeune ouvrier, il milita à la JOC.

En juin 1940, Louis Guénéguès fut mobilisé à Saintes (Charente-Maritime). Fait prisonnier au moment de l’armistice, il fut détenu dans les camps de Surgères puis de la Jarne, près de la Rochelle (Charente-Maritime). Il réussit à s’échapper et se retrouva en zone libre à Brive (Corrèze) en août 1940. Il fut affecté dans un chantier de jeunesse jusqu’à janvier 1941.

A partir de mars 1941, il retourna à Saint-Nazaire et reprit une activité professionnelle d’ajusteur aux chantiers navals. Le 24 octobre 1942, il fut réquisitionné pour partir travailler en Allemagne dans le cadre de la « relève », préfigurant le STO mis en place à partir de février 1943.

Ainsi, à partir du 2 novembre 1942, il travailla à Breslau en Silésie (alors allemande dénommée aujourd’hui Wroclaw et située en Pologne). Durant cette période, Louis Guénèguès eut une activité militante clandestine avec le soutien de la JOC et des réseaux chrétiens (liaison et information entre groupes de travailleurs français, organisation d’actions de résistance et de sabotage). Le 18 février 1944, il fut arrêté suite à la dénonciation par un compatriote. Emprisonné jusqu’à fin mars, d’abord à Breslau, puis à Vienne (Autriche) et à Bruchsal, près de Karlsruhe (Allemagne), il fut ensuite transféré au camp de concentration (KZ) de Natzwiller-Struthof en Alsace jusqu’à fin mai 1944 et ensuite, sous le numéro 13902, au camp de Neckargerach (Allemagne, Bade-Wurtemberg), sur le Neckar, affluent du Rhin.

Affecté à l’infirmerie (Revier) du camp, Louis Guénèguès eut l’initiative de mettre dans la bouche des camarades déportés décédés une petite plaque d’identité gravée qui permit l’identification ultérieure des corps enterrés au cimetière de Binau, autre commune de la vallée du Neckar. En 1953, cela lui valut les remerciements officiels de l’ambassade de France en RFA.

Fin mars 1945, les divers camps et « kommandos » de la vallée du Neckar furent évacués vers le camp de concentration de Dachau (Allemagne, Bavière). Mis dans des wagons à bestiaux, les déportés furent finalement abandonnés en pleine campagne, sans soin, sans eau ni nourriture jusqu’à ce que des soldats américains libèrent les survivants début avril 1945.

Après sa libération et son retour en France, comme les autres déportés, il fut accueilli à l’hôtel Lutétia à Paris. Il fut hébergé quelque temps chez M. Reynald, alors directeur du journal La Résistance de L’Ouest (devenu Presse Océan en 1960) et résidant à Paris. Là, il put reconstituer ses forces et rétablir sa santé, sachant qu’à sa libération il pesait 35 kg. pour 1m82. Néanmoins, il conserva toute sa vie des séquelles de sa déportation.

Louis Guénéguès revint ensuite dans sa famille et trouva en 1946 un emploi d’agent technique à la Société nantaise de fonderies. Peu après, il se syndiqua à la CFTC et commença à militer dans le syndicalisme. Dès les premières élections à la sécurité Sociale du 8 juin 1950, il fut candidat en 3° position sur la liste CFTC et fut donc élu administrateur à la caisse primaire d’assurance maladie de Nantes. Aux élections suivantes du 17 novembre 1955, il fut de nouveau élu et devint président de la caisse primaire de Nantes en janvier 1956 et le resta jusqu’en 1967. En mai 1968, il participa à la ré-installation symbolique du conseil d’administration de la CPAM dont la composition avait été modifiée par les ordonnances « Jeanneney » de 1967.

Au début des années 50, il fut embauché sur un poste administratif à la Caisse Mutuelle Chirurgicale qui avait été fondée avant-guerre par des militants CFTC. Il en gravit peu à peu les échelons et devint l’un des principaux responsables de la mutuelle. Avec Marcel Peyraud, il participa à la création de la branche Mutualité-Retraite en 1969. Il siégea également comme administrateur au Crédit immobilier familial.

Plus tard, Louis Guénéguès s’investit beaucoup dans l’amicale des anciens de Dachau dont il organisa le congrès annuel en 2003 à Nantes. Il participa aussi à de nombreuses rencontres avec des élèves pour témoigner des horreurs du nazisme et transmettre aux nouvelles générations les valeurs démocratiques.

Louis Guénèguès s’était marié en 1946 avec Marie-Françoise Bivaud. Le couple eut trois fils. Il divorça en 1987 et se remaria.

Son action courageuse en déportation lui valut d’être élevé au grade de chevalier de la Légion d’honneur. Il fut également décoré de l’ordre du Mérite social en 1959.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article216932, notice GUÉNÉGUÈS Louis, Pierre, Marie par Bernard Geay, version mise en ligne le 14 juin 2019, dernière modification le 13 juin 2019.

Par Bernard Geay

SOURCES : La Voix des Travailleurs (Journal de l’UD. CFTC puis CFDT) n°35 juin 1950, n°90 novembre 1956, n°125 avril 1959, n°161 décembre 1962 — Entretien avec Jean-Yves et Roselyne Guénéguès (fils et belle-fille de Louis Guénéguès), 20 mars 2018.

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