NOUGUÉ Ferdinand [« Ferdinan » (sic) à l’état civil, acte de naissance et sur divers documents administratifs], dit « Jules »

Par André Balent

Né le 28 décembre 1863 à Salies [aujourd’hui Salies-du-Salat] (Haute-Garonne) ; exécuté sommaire le 10 juin 1944 à Martres-Tolosane (Haute-Garonne) par un détachement de la division SS Das Reich ; cuisinier et hôtelier ; adhérent du Parti socialiste SFIO ; maire de Salies-du-Salat en novembre 1919 ; réélu en 1924, 1929 et 1935 ; a longtemps habité à Toulouse (Haute-Garonne) ; a aidé la Résistance locale en 1944

Martres-Tolosane (Haute-Garonne)
Martres-Tolosane (Haute-Garonne)
Stèle érigée à la mémoire de Ferdinand (Jules) Nougué (1863-1944) sur le lieu de son exécution sommaire, à l’entrée sud de Martres-Tolosane (direction de Boussens), le 10 juin 1944.
Photographie : André Balent, 26 juillet 2019

Ferdinand Nougué était le fils de Pierre, Donatien « martinetteur » — dans les forges « à la catalane » (sidérurgie à réduction directe du minerai), le martinetteur (transcrit « martinelleur » dans des copies de l’acte de naissance) présente la barre de fer au martinet, marteau actionné par l’énergie hydraulique — à Salies âgé de vingt-sept ans (né à Ganat, Ariège, en 1837, décédé en 1903) et de son épouse, Bertrande, Josèphe Allemant, âgée de vingt-quatre ans (née le 26 avril 1841 à Salies, décédée le 19 mars 1902). Son père, analphabète, fut incapable de signer son acte de naissance. Il était plus connu comme « Jules Nougué » alors que ce prénom ne figure pas dans son acte de naissance.

Salies, chef-lieu de canton de la basse vallée du Salat, avait la particularité (avec la commune voisine de Touille) d’être un centre industriel sidérurgique, mettent à profit les mines de fer du Couserans ariégeois. Son père travaillait dans cette branche industrielle qui connut une importante mutation technologique dans la seconde moitié du 19e siècle. Par ailleurs, Salies était une station thermale qui connut une certaine renommée. L’implantation d’hôtels et de restaurants destinés aux curistes explique la « vocation » professionnelle de Ferdinand Nougué. A t-il effectué son apprentissage avant son service militaire ? Le fait est que, dès les années 1880, il était très actif dans les milieux professionnels de l’hôtellerie et de la cuisine.

Ferdinand Nougué avait épousé Valentine Contat (1870-1928). Le couple eut un fils, Paul (1893-1971).

Dès les années 1880, alors qu’il gardait des attaches à Salies-du-Salat, Ferdinand Nougué habitait ordinairement à Toulouse (Haute-Garonne). En 1937, il habitait dans cette ville, 28 rue d’Aubusson.

Il eut des responsabilités dans les organismes professionnels de la cuisine et de l’hôtellerie. Dès 1887, il était vice-président de la Fédération nationale des hôteliers. Il fut un des fondateurs du syndicat des hôteliers de Toulouse. En 1889, il avait accédé au poste de secrétaire-trésorier de la 4e Région de la Fédération nationale des stations thermales et climatiques, touristiques et balnéaires. En 1937, il était toujours président de la Confédération des syndicats hôteliers du Sud-Ouest. Il fut à plusieurs reprises rapporteur du Congrès de l’hôtellerie mondiale (Suisse, Espagne).

Il consacra bénévolement une partie de son temps à l’enseignement technique, prodiguant des cours de cuisine ou exerçant des fonctions dans des organismes officiels. Dès 1889, il fut un des créateurs et un professeur des cours de cuisine des casernes de Toulouse. Il poursuivit cet enseignement dans les casernes de Bordeaux (Gironde) en 1890, puis à Lyon (Rhône) en 1891. Membre du conseil d’administration de l’école primaire supérieure (EPS) de filles de Toulouse, il fut professeur (bénévole) de cuisine et de cours ménagers de cet établissement. En 1934-1935 et encore en 1937, il donnait toujours des cours bénévoles de cuisine à l’école ménagère à l’école des Beaux-Arts de Toulouse. Enfin, Ferdinand Nougué fut un des fondateurs de l’école hôtelière de Toulouse.

Au plan politique, Ferdinand Nougué adhérait au Parti socialiste SFIO. Maire de Salies-du-Salat en novembre 1919, il fut ensuite réélu dans ces fonctions à l’issue des élections municipales de mai 1924, mai 1929 et mai 1935. À partir de 1929, il fut membre du comité du syndicat de communes des vallées de l’Arbas et du Bas-Salat pour la constitution d’un réseau de distribution d’eau potable.

Ferdinand Nougué, révoqué de ses fonctions de maire par le préfet de la Haute-Garonne ne figure pas parmi les résistants « notoires » du département. Son soutiien à la résistance en 1944, lui fut cependant fatal. En juin 1944, il résidait dans sa demeure bourgeoise située en face de la gare ferroviaire. Ce fut là qu’il fut arrêté.

Le 10 juin 1944, le 3e bataillon du 3e régiment de grenadiers blindés de la division SS Das Reich entreprit, depuis le sud de Toulouse, une action contre les maquis du piémont pyrénéen . Ce jour-là, alors qu’ils avaient déjà perpétré de nombreux massacres (comme à Marsoulas) et commis de multiples exactions, des soldats de la division Das Reich perquisitionnèrent chez Ferdinand Nougué à Salies-du-Salat. Ils y trouvèrent trois jeunes de la commune qui s’apprêtaient à rejoindre un maquis (Robert Malbrel, dix-huit ans ; Jean Rives, dix-neuf ans ; Lucien Trubert, vingt-et-un ans). Ils s’emparèrent des quatre hommes et, au passage, d’un voisin de Nougué, W. Brussilowski, Russe, ancien combattant de la Première Guerre mondiale. Ils furent amenés à 5 kilomètres, à Saint-Martory (Haute-Garonne) — localité où ils considéraient que la police française était passée du côté des « terroristes » — où ils se livrèrent à une mascarade… macabre puisque les trois jeunes, invités à s’enfuir, furent tués par une rafale de mitrailleuse.. Ils se dirigèrent ensuite à Martres-Tolosane. Brussilowski fut abattu sur le bord de la RN 125, touché par plusieurs balles. Les Allemands considérèrent qu’il était mort. Un peu plus loin, toujours sur le bord de la même route, ils exécutèrent Ferdinand Nougué. Ces deux exécutions eurent lieu vers 23 heures à l’entrée ouest de Martres-Tolosane. Brussilowski ne fut que blessé. Et survécut miraculeusement.

Il fut décoré chevalier de la Légion d’Honneur au titre de l’enseignement technique (décret du 27 avril 1937). Il était aussi titulaire du Mérite agricole et avait été décoré de la médaille de bronze de la Mutualité, de la médaille de sauvetage, de l’ordre du Nicham Iftikhar (Tunisie)

Une grande avenue de Salies-du-Salat porte le nom de Jules Nougué. Mais son nom ne figure pas sur le monument aux morts de sa ville. Une stèle a été érigée à Martres-Tolosane sur les lieux de son exécution.

Il n’y a pas de dossier de résistant au SHD, AVCC, Caen

Voir : Martres-Tolosane (Haute-Garonne), 10 juin 1944

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article218017, notice NOUGUÉ Ferdinand [« Ferdinan » (sic) à l'état civil, acte de naissance et sur divers documents administratifs], dit « Jules » par André Balent, version mise en ligne le 17 juillet 2019, dernière modification le 10 septembre 2019.

Par André Balent

Martres-Tolosane (Haute-Garonne)
Martres-Tolosane (Haute-Garonne)
Stèle érigée à la mémoire de Ferdinand (Jules) Nougué (1863-1944) sur le lieu de son exécution sommaire, à l’entrée sud de Martres-Tolosane (direction de Boussens), le 10 juin 1944.
Photographie : André Balent, 26 juillet 2019

ŒUVRES PUBLIÉES : Rapport des écoles hôtelières mondiales présenté au Congrés national de l’hôtellerie, 1911. — Étude sur la cuisine française et espagnole, Toulouse, 1929

SOURCES : Arch. Nat., Fontainebleau, Légion d’honneur, base numérisée Léonore, dossier 1800035 / 1469 /71670 (1937). — Arch. dép. Haute-Garonne, archives communales de Salies-du-Salat déposées, registres de l’état civil, acte de naissance de « Ferdinan (sic) Nougué. — Arch. dép. Ariège, 64 J 23, fonds Claude Delpla, diverses notes manuscrites de Claude Delpla, d’après des archives et des témoignages. — Michel Goubet, « La répression allemande et milicienne dans la vallée du Salat et aux alentours. 10 et 11 juin 1944 » in La résistance en Haute-Garonne, CDROM, Paris, AERI (Association pour des études sur la résistance intérieure). — Roger Prost, « En Comminges sous l’occupation. Événements après le 6 juin », Revue du Comminges, Revue d’histoire, d’archéologie, de géographie et de sciences naturelles du Comminges et des Pyrénées centrales, 109, 1994, pp. 404-443 [pp. 406-407, 415]. — Guy Penaud, La « Das Reich » 2e SS Panzer Division, préface d’Yves Guéna, introduction de Roger Ranoux, Périgueux, La Lauze, 2e édition, 2005, 558 p. p. 386, p. 521. — MemorialGenWeb, consulté le 15 juillet 2019.

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