DEISS Ernest

Par Pierre Schill

Né le 16 juillet 1934 à Apach (Moselle) ; inspecteur puis receveur des impôts ; membre de la commission administrative nationale du syndicat CGT des Contributions indirectes (SNACI) ; secrétaire départemental de l’Union générale des fédérations de fonctionnaires CGT (UGFF) de la Moselle ; secrétaire de l’UD-CGT de la Moselle ; secrétaire confédéral (administrateur-trésorier) de la CGT (1977-1985).

Ernest Deiss au congrès du SNADGI-CGT du Touquet (mai 1974). À sa droite Guy Paris, membre du bureau national du syndicat.
Ernest Deiss au congrès du SNADGI-CGT du Touquet (mai 1974). À sa droite Guy Paris, membre du bureau national du syndicat.
Collection Pierre Schill

Fils unique d’Alexandre, préposé aux douanes, et de Marie Seiwert, Ernest Deiss fut élevé dans une famille de tradition religieuse et fortement imprégnée de culture rurale. Il fut expulsé de Moselle, avec sa mère, en avril 1941 au moment où le département lorrain, une nouvelle fois annexé à l’Allemagne, fut soumis à une nazification totale. Les nazis évoquèrent les « sentiments francophiles » de la famille, car son père, interné en Suisse, avait refusé de revenir en Lorraine annexée. La famille resta une dizaine d’années à Saint-Dizier (Haute-Marne). Il effectua ses études dans un établissement religieux tenu par les Pères Salésiens : cette ouverture à l’humanisme classique, à forte connotation conservatrice, constitua le socle de son développement culturel et social.
La famille fut de retour à Metz en 1950 et Ernest Deiss poursuivit ses études. Il obtint une licence en droit, achevée dans le cadre de sa scolarité à l’École nationale des impôts (1953-1955). Il effectua ensuite son service militaire dans l’artillerie (1955-1957) et obtint le grade de sous-lieutenant à l’École d’application de Chalons-sur-Marne.

Ernest Deiss commença sa carrière administrative comme inspecteur des impôts et partit en retraite en mars 1996 alors qu’il était receveur divisionnaire des impôts. Il adhéra au syndicat CGT des Contributions indirectes en janvier 1958 et siégea la même année à la commission exécutive de la Moselle. Il devint responsable de la Région Lorraine (IVe région) en 1966 au congrès de Gérardmer et deux années plus tard au congrès de Brive, membre de la commission administrative du SNACI, représentant la IVe Région.

Ernest Deiss occupa aussi des responsabilités à la fédération des finances CGT rattachée à l’Union générale des fédérations de fonctionnaires dont il fut membre du bureau de la section de la Moselle puis secrétaire départemental de 1971 à 1977.
Au niveau de l’Union départementale CGT de la Moselle, Ernest Deiss occupa les responsabilités de membre de la commission exécutive à la fin des années soixante et fut élu secrétaire de l’Union départementale en 1974 et chargé plus spécialement du secteur public et des cotisations.

Il siégea également à la commission confédérale de contrôle financier de 1975 à 1977 et à la commission exécutive confédérale de 1977 à 1985. Il fut élu secrétaire confédéral entre deux congrès par le comité confédéral national (CCN) du 7 novembre 1977 et devint pour la première fois permanent syndical. Il était alors l’un des non communistes du bureau confédéral et occupait un poste traditionnellement réservé à un militant extérieur au PC. Il cessa de militer à ce niveau de responsabilités à la fin de l’année 1985 pour reprendre un emploi de receveur principal des impôts. Il continua à être un militant de base et adhère, aujourd’hui encore, au syndicat CGT des Impôts en tant que retraité.

Parallèlement à son engagement syndical, Ernest Deiss s’impliqua dans le mouvement mutualiste. Il fut membre du bureau de la section de Moselle de la Caisse de secours des Contributions indirectes devenue la Mutuelle nationale de la direction générale des impôts au milieu des années 1970. Il siégea dans plusieurs organismes paritaires administratifs au niveau local dans la première moitié des années 1970 puis au niveau national à la CAP des Inspecteurs principaux (suppléant 1974-1975).

Au début des années 1980, alors qu’il était trésorier confédéral, Ernest Deiss fut le président fondateur de l’INDECOSA-CGT, l’association d’Information et défense des consommateurs salariés de la CGT. Concernant sa sensibilité politique, Ernest Deiss est issu d’un environnement chrétien-démocrate et évolua vers ce qu’il était convenu d’appeler le « christianisme progressiste » (autour du mouvement La Vie nouvelle inspirée du personnalisme communautaire d’Emmanuel Mounier, dont il fut le responsable du groupe de Metz). Politiquement situé dans la mouvance des « clubs », il militait, dans le cadre de Vie nouvelle, à Citoyens 60, club politique fondé et animé dans les années 1960, par Jacques Delors. Cette étiquette de « chrétien » devait le « poursuivre » tout au long de son activité syndicale, bien qu’il la récusait se considérant avant tout comme militant syndical. Ernest Deiss estime cependant que cette formation imprégnée des idées véhiculées par les mouvements chrétiens attachés aux valeurs de progrès et de justice sociale joua un rôle non négligeable dans son parcours syndical.

En outre, il s’est fortement impliqué dans le mouvement associatif mosellan. C’est ainsi qu’il fut, dans les années 1960, président du Centre culturel et social du Sablon (à Metz) puis président du Centre culturel et social de Marly (banlieue de Metz), affilié à la Fédération des associations populaires familiales (APF).
Ses responsabilités à la CGT le rapprochèrent du mouvement communiste. Il fut notamment sensible à la richesse de l’histoire du mouvement ouvrier et du syndicalisme de « lutte de classe », ainsi qu’à son caractère internationaliste. Peu à peu il se détacha de sa sensibilité d’origine et cessa toute implication idéologique ou organisationnelle avec la mouvance catholique, sans renier toutefois l’importance de cet apport dans son histoire personnelle.

La bataille pour la conclusion d’un programme commun de la Gauche l’amena à s’engager en politique, sans toutefois adhérer à un parti. En 1971, il figurait sur la liste d’Union de la Gauche dans le cadre des élections municipales à Metz, puis en 1973, fut suppléant aux élections législatives du candidat d’union de la gauche, Émile Reiland, syndicaliste de la FEN, présenté par le Parti socialiste, sans qu’ils soient ni l’un ni l’autre adhérents du PS. Ils obtinrent au second tour dans la circonscription de Metz II, 28,5 % des voix et arrivèrent en seconde position d’une quadrangulaire remportée par le candidat du RPR qui rassembla 39,2 % des voix.

Son arrivée au bureau confédéral de la CGT, fin 1977, coïncida avec la rupture de l’Union de la Gauche. Les tensions et affrontements dans la CGT, le comportement « stalinien » d’un certain nombre de militants CGT, l’échec du 40e congrès de la CGT qui s’était tenu en 1978 à Grenoble et qui avait suscité beaucoup d’espoirs, la volonté « hégémonique » du Parti socialiste, le comportement politicien de nombreux militants syndicalistes, appartenant au PC ou au PS, le renforcèrent dans l’idée de la nécessité d’une autonomie plus affirmée du mouvement syndical. Cette conception du rôle du militant syndical lui interdisait d’adhérer à tout parti tant qu’il exerçait des mandats syndicaux. Cela explique aussi une certaine liberté de parole : lors de l’état de guerre en Pologne, alors que le bureau confédéral approuve, avec prudence, le coup de force des militaires, Ernest Deiss fut, avec Gérard Gaumé, secrétaire confédéral non communiste, parmi les rares à exprimer leur désaccord. Christiane Gilles* et Jean-Louis Moynot*, tous deux à l’époque membres du PCF, avaient manifesté la même désapprobation.

Européen convaincu, né au Pays des Trois frontières à un jet de pierre de Schengen en Luxembourg et de Perl en Allemagne, Ernest Deiss, milite pour une Europe progressiste et ouverte au Monde.

Ernest Deiss est père de trois enfants, né de son mariage avec Michèle Thill.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article21857, notice DEISS Ernest par Pierre Schill, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 26 novembre 2008.

Par Pierre Schill

Ernest Deiss au congrès du SNADGI-CGT du Touquet (mai 1974). À sa droite Guy Paris, membre du bureau national du syndicat.
Ernest Deiss au congrès du SNADGI-CGT du Touquet (mai 1974). À sa droite Guy Paris, membre du bureau national du syndicat.
Collection Pierre Schill

SOURCES : Arch. personnelles d’Ernest Deiss. — Renseignements fournis par l’intéressé (questionnaire, 2000 et entretien, mai 2006). — Frédéric Niedzielski, 25 ans de vie politique en Moselle. Les chiffres pour comprendre, Sarreguemines, Éd. Pierron, 1987. — Communisme, n° 35-37, 3e et 4e trimestre 1993/1er trimestre 1994. — Dominique Andolfatto, La syndicalisation en France depuis 1945. Annexe : l’Union départementale CGT de la Moselle (de la Libération à nos jours), CERAT, Université Pierre-Mendès-France, Saint-Martin-d’Hères, 1996. — Dominique Andolfatto et Dominique Labbé, La CGT. Organisation et audience depuis 1945, La Découverte, 1997.

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