DANSOKHO Amath

Par Chloé Maurel

Né le 13 janvier 1937 à Kédougou (Afrique-Occidentale française), mort le 23 août 2019 à Dakar (Sénégal) ; militant et homme politique communiste sénégalais et syndicaliste sénégalais ; forcé à s’exiler (1964-1977) ; plusieurs fois emprisonné ; membre du Parti africain de l’indépendance (PAI), 1957-1981 ; l’un des membres fondateurs et secrétaire-général du Parti de l’indépendance et du travail (PIT, fondé par Seydou Cissokho), 1981-2010 ; maire de Kédougou ; député à l’Assemblée nationale du Sénégal ; directeur à partir de 1978 du journal Momsarev (Dakar), organe hebdomadaire de la Section Sénégalaise du PAI ; ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme (1991-1996 sous la Présidence d’Abdou Diouf, puis quelques mois en 2000 sous la Présidence d’Abdoulaye Wade) ; ministre d’État et Conseiller spécial du Président Macky Sall (à partir de 2012). Marié, 4 enfants.

Amath Dansokho naît à Kédougou, dans l’est du Sénégal, alors AOF. Dès son enfance, le jeune garçon, dont le père est un notable affilié à la SFIO, se politise : à l’école primaire, en 1948, influencé par son directeur d’école, un Français communiste, il se prend de passion pour la figure de Senghor, admirant l’étendue de son savoir. Senghor vient alors de quitter la SFIO de Lamine Guèye et de créer le Bloc démocratique sénégalais (BDS). Le jeune Dansokho s’enthousiasme aussi pour les idées rationalistes.

En juin 1951, âgé de quatorze ans, il est emmené par son père à Saint-Louis (alors capitale du Sénégal) dans le nord du pays pour poursuivre ses études. L’adolescent s’enflamme pour les élections législatives qui oppose le BDS et la SFIO, un affrontement qui va rythmer la vie politique jusqu’en 1958. Amath Dansoskho abandonne quasiment la classe pour se consacrer à la politique au sein d’une bande de jeunes surnommés les « va nu pieds » qui soutient le BDS – qui remporte les élections.

Un militant de l’Union démocratique sénégalaise (liée au PCF) offre à Dansokho un exemplaire de Fils du Peuple de Maurice Thorez, que le jeune homme dévore : il va alors passer de l’admiration pour Senghor à l’enthousiasme pour le Parti communiste, notamment pour les idées d’indépendance des peuples colonisés, que prône le PCF. Il apprécie également beaucoup les figures de Robespierre et Saint-Just, et se passionne pour l’idéal de laïcité. Il adhère aux jeunesses de l’Union démocratique sénégalaise (UDS). Ce parti est la section locale du Rassemblement démocratique africain (RDA), fédération de partis politiques africains créée au lendemain du Congrès de Bamako en 1946, Au lycée Faidherbe, à Saint-Louis, il partage ses convictions avec des amis. Il choisit d’étudier l’arabe, car il est admiratif des nationalistes algériens, alors en lutte pour leur indépendance
Dansokho défile le 1er mai 1954 en soutien aux combattants vietnamiens engagés dans la bataille de Dien Bien Phu. A cette époque, il est déjà acquis à l’idée de la lutte armée pour l’indépendance du Sénégal (même si ce n’est pas la position officielle de l’UDS).
En 1957, au lycée Faidherbe de Saint-Louis, seul lycée complet d’AOF, il déclenche, organise et dirige une grève, au cours de laquelle il séquestre le proviseur de son lycée ; des échauffourées éclatent et Dansokho faillit perdre la vie : les policiers se jettent sur lui et il s’en sort couvert de sang. Plusieurs militants sont gravement blessés.
Dansokho et ses camarades admirent l’action du FLN algérien, alors en lutte pour l’indépendance de l’Algérie, et les Vietnamiens communistes, qui, sous l’impulsion d’Hô Chi Minh, luttent contre les Américains ; les Etats-Unis en effet, depuis 1955, envoient de plus en plus de « conseillers militaires » au Vietnam, indépendant depuis 1954 (mais séparé en deux), pour y stopper la diffusion du communisme.
En septembre 1957, à Thies, est créé le Parti africain de l’indépendance (PAI), qui, sous la direction de Mahjmout Diop, rassemble les marxistes sénégalais, venus pour certains de l’Union démocratique sénégalaise. Le PAI est le premier parti communiste des peuples d’Afrique subsaharienne. Dès début octobre 1957, Dansokho se rend à Dakar et adhère au PAI, qui le séduit pour son orientation marxiste-léniniste. Immédiatement, au lycée à Saint-Louis, il crée, dans sa chambre, avec ses camarades, la section locale du PAI. Il y fait adhérer de nombreux condisciples. Il devient alors un militant passionné, ce qu’il restera toute sa vie, affirmant en 2012 : « je ne suis pas un révolutionnaire d’occasion, je n’ai jamais été dans une école de parti, mes convictions je les ai construites patiemment, je n’ai jamais considéré que j’étais dans une secte » (RFI, 2012). Son récit personnel, utilisé dans cette notice en le croisant avec les sources historiques, permet de compléter par des anecdotes vivantes et inédites l’histoire politique de son pays.

En 1958, il entre à l’université à Dakar, pour y étudier l’économie. Une semaine à peine après son arrivée, il devient vice-président de l’Union générale des étudiants d’Afrique occidentale (UGEAO), et chargé de publication du journal, Dakar-étudiant ; le pouvoir ayant interdit à l’imprimerie de le publier, Dansokho prend alors l’avion à chaque fin du mois pour aller à Conakry imprimer le journal.
A l’université, où ses convictions communistes sont bien connues, elles ne sont pas un obstacle, et Dansokho fédère aussi bien les étudiants musulmans que les étudiants catholiques. Il s’ouvre à l’humanisme et à la culture occidentale, lisant aussi bien Sartre que Nietzsche.

Le PAI est connecté au FLN par le biais de Frantz Fanon. En 1959, Fanon amène à Dansokho des armes fournies par le FLN au PAI. Dansokho est chargé d’aller chercher ces armes à Conakry, où Fanon les a déposées. Il est alors dans une logique de confrontation armée avec le pouvoir, avec le soutien du FLN. L’Algérien Omar Oussedik, qui est alors le représentant du FLN à Conakry, lui remet ces armes (récit de Dansokho, RFI ; 2012)
Dansokho fait donc à cette époque le choix de la lutte armée, ce qui est alors dans l’air du temps, avec les luttes au Vietnam avec Hô Chi Minh, à Cuba avec Fidel Castro et Che Guevara, en Egypte avec Nasser (qui a pris le pouvoir par un coup d’État militaire) et en Algérie avec le FLN.

En 1960, Dansokho et ses camarades, voulant déclencher la révolution, car ils ne croient pas en les indépendances « en trompe-l’oeil », tentent une insurrection armée à Saint-Louis. Ce choix de la lutte armée échoue, car l’armée française la réprime, mais les rebelles parviennent à contrôler Saint-Louis pendant quelques heures : le maire et toute l’administration s’enfuient, les rebelles font emprisonner le gouverneur dans son palais. Cependant, cela se termine par la répression et par l’interdiction du PAI, qui passe alors dans la clandestinité (récit de Dansokho, RFI, 2012) .

Dansokho abandonne ses études d’économie et doit partir en exil : il fera treize ans d’exil, alternant entre Bamako, Alger, La Havane, Moscou, et Prague, où il étudie le journalisme et épouse la Française Élisabeth Feller, fonctionnaire à l’OMS. Dans ces différentes métropoles, il se forme à la pensée marxiste et rencontre d’autres révolutionnaires du monde entier, avec lesquels il a des échanges enrichissants. En Il participe ainsi à la Tricontinentale, union des forces révolutionnaires et anti-impérialistes du monde entier, mise en place à l’initiative de Cuba. Dansokho est également dès cette époque admiratif de Nkrumah, qui a construit un Etat indépendant au Ghana depuis 1957.
Tout au long de ces années, il n’abandonne pas son objectif : faire la révolution. A partir de 1963, Dansokho et ses camarades de lutte envoient un grand nombre des leurs se former à Cuba. Lui-même voyage avec Régis Debray, il rencontre François Maspero, en janvier 1966 il participe à la Tricontinentale et à ses conférences révolutionnaires, il côtoie Joséphine Baker. Il organise la formation de militants en vue de mener une guerre de guérilla au Sénégal, sur le modèle de la guérilla cubaine de Fidel Castro et de Che Guevara (de 1958-59). A cette action collaborent des Cubains, des Algériens, avec le soutien du président de l’Algérie indépendante, Ben Bella, et du président du Mali Modibo Keïta. C’est une opération d’envergure.

Les élections de 1960 au Sénégal, qui consacrent la victoire de Senghor, voient l’interdiction du PAI. A cette époque, le PAI et son leader Majhemout Diop se sont alors repliés à Bamako, ils y ont installé leur base arrière, sous la protection de Modibo Keïta. Dansokho est avec eux, et entend travailler à regrouper toutes les forces démocratiques et patriotiques, pour mener une lutte de masse en vue d’une démocratisation du Sénégal. Dansokho et ses camarades marxistes envisagent de préparer des foyers de révolution au Sénégal : ils envisagent d’organiser des foyers de révolution au Sénégal oriental et en Casamance, ainsi que dans le Niombato et le Saloum, mais ces projets ne se réaliseront pas. [1]

En 1964, les préparatifs de Che Guevara se précisent en vue d’ une opération secrète de guérilla en Afrique. En effet, le révolutionnaire argentin veut mener une nouvelle action de guérilla, allumer un nouveau foyer (« foco ») de révolution sur le continent africain. En 1965, le Che débarque à Bamako ; Dansokho l’accueille à l’aéroport et a une entrevue avec lui le soir même. C’est un moment fort pour le jeune révolutionnaire, qui espère beaucoup de cette arrivée du Che. Mais ce dernier, après quatre jours de repérages dans la boucle du Niger, estime que le lieu et le moment ne sont pas appropriés pour une telle guérilla ; Dansokho convient lui aussi qu’il n’y aurait pas vraiment de lien entre les guérilleros et la population sur place, les structures de base. C’est finalement au Congo que le Che mènera en 1965 sa tentative de guérilla africaine, qui échouera.

Dansokho est ensuite expulsé vers Alger, capitale de l’Algérie désormais indépendante, et qui accueille alors de nombreux révolutionnaires du monde entier. Il y retrouve Che Guevara, qui, en mars 1965, y prononce son célèbre discours à la Conférence économique des peuples d’Afrique. Che Guevara fait lire à Dansokho le premier texte de Régis Debray : « Le castrisme : la longue marche de l’Amérique latine » (Les Temps modernes, janvier 1965). Dansokho goûte l’atmosphère révolutionnaire de la capitale algérienne. Il y rencontre des leaders rebelles du monde entier, comme le Bissau-Guinéen Amilcar Cabral, l’Angolais Agostinho Neto, des militants Afro-Américains, etc. Ce séjour à Alger contribue à sa formation intellectuelle et militante ; notamment avec ce séminaire économique de solidarité afro-asiatique, tenu à Alger en 1965.

Le PAI est alors disloqué. Dansokho part également se former à Cuba.Mais il réalise peu à peu que l’idéal de lutte armée est une chimère.
Il retourne alors à Bamako. Mais, avec la normalisation des relations Mali-Sénégal, Modibo Keïta, président du Mali, lâche le PAI, et demande à Dansokho et Majhemout Diop de s’éloigner de Bamako. En effet, Modibo, qui, en l’absence de port dans son pays, a besoin de développer les chemins de fer, a signé des accords de coopération avec Senghor.
Au Sénégal, Senghor s’efforce de canaliser la révolte des étudiants et des syndicats ouvriers de 1968-69, il verrouille les partis politiques et les syndicats. Tout en réprimant la révolte estudiantine, il reconfigure la direction de son parti, l’Union progressiste sénégalaise (UPS), créé en 1958, unifié avec le ralliement des autres partis, comme le PRA, rallié en 1966 (sauf le PAI, qui avait été interdit depuis 1960). Le club « Nation et développement » créé en 1969 rassemble les intellectuels. Senghor, après avoir fait expulser les étudiants non-sénégalais et tous les ressortissants chinois (car il estime que le mai 68 sénégalais s’est développé sous l’influence du mai 68 parisien, mais aussi de la Chine) choisit des ministres venant de grandes familles intellectuelles, comme Boubacar Bah, Cheikh Hamidou Kane. Senghor stabilise ainsi son régime ; mais il ne parvient pas à écraser le courant marxiste, représenté par Dansokho. Senghor ne parvient pas à faire entrer son parti dans l’Internationale socialiste, car parmi les conditions, il y a le pluralisme politique, condition qu’il ne remplit pas. En effet, dans les années suivant l’indépendance au Sénégal, les partis politiques sénégalais se sont vus peu à peu interdits, ou bien absorbés dans le parti de Senghor, que ce dernier présente comme un parti « unifié », et non « unique », mais qui apparaît bel et bien comme un parti unique
Senghor, habile politicien, développe alors des contacts avec les communistes français. Il invite des délégations des Partis communistes d’Europe. Ces derniers demandent leur avis à Dansokho, alors en exil à Prague, qui leur répond qu’ils peuvent accepter cette invitation, mais qu’il faut qu’ils exigent la levée de l’interdiction qui le frappe.
De fin 1965 à 1978, Dansokho est essentiellement basé à Prague. Il contribue à la Nouvelle revue internationale. Problèmes de la paix et du socialisme, revue communiste éditée dans plusieurs langues, et qui rassemble de nombreux représentants communistes d’Afrique et d’Amérique latine (soudanais, jordaniens, italiens, etc.). C’est une pépinière de révolutionnaires. Il s’y forge une vaste culture générale marxiste. Il y est en charge des relations internationales, et il y écrit plusieurs articles. Cette revue tient notamment un congrès à Bamako en 1964. Au cours de ces années à Prague, Dansokho se constitue un large réseau international, qui lui sera très utile par la suite.
A Prague, fin août 1968, il écrit une lettre, de son propre chef, dénonçant formellement l’invasion des troupes soviétiques dans la capitale tchécoslovaque. Il est alors exclu de la revue, ce qui l’amène à faire une grève de la faim, et se voit expulsé temporairement de Prague.

Dansokho continue son action d’opposant politique à Senghor : lui et Sembene Ousmane s’opposent à ce que Senghor reçoive le prix Nobel de la paix, et cela fait échouer sa candidature (récit de Dansokho, RFI, 2012).
Mais Senghor, adroit, assied son régime sur des intellectuels (bien que certains d’entre eux, comme Sembene Ousmane et Cheikh Anta Diop soient des opposants résolus), et desserre son emprise dans les années 1970 : il fait réviser la Constitution par référendum en février 1970 et Abdou Diouf est nommé au poste de Premier ministre qui vient d’être créé. Toutefois, cet assouplissement du régime n’est que relatif, comme l’illustrent les répressions étudiantes de 1972, ainsi que la mort d’Omar Blondin Diop en prison en 1973. Ce tragique événement va pourtant entraîner par contrecoup la libération de prisonniers politiques, dont l’ancien président du Conseil, Mamadou Dia. Senghor est renforcé par un score de 100% des voix aux élections présidentielles de 1973. Puis, en 1974, il reconnaît un premier parti d’opposition, Parti démocratique sénégalais (PDS) d’Abdoulaye Waye. Ce n’est toutefois qu’une illusion de pluralisme. C’est en 1976 qu’il instaure un début de multipartisme, un multipartisme limité (le « multipartisme intégral » sera acquis en 1981 sous Diouf). En effet, en 1976, la Constitution reconnaît « trois courants de pensée dans lesquels un parti politique doit s’inscrire s’il veut être légal. Ainsi, le courant socialiste est incarné par l’UPS qui s’est proclamé en tant que tel quelques mois auparavant. Le PDS de Waye s’inscrit dans le courant libéral et le PAI peut enfin sortir de la clandestinité en revenant sous le nom de PAI-Rénovation et en rejoignant le courant marxiste » (Mançois, 2018). L’opposition est fragilisée, et Senghor renforcé. Senghor transforme son parti, l’UPS, en Parti socialiste (PS), en 1976, et cela lui permet d’intégrer cette année-là l’Internationale socialiste.

Dansokho peut alors revenir au Sénégal en 1977 à la faveur de l’amnistie générale envers les opposants, décrétée par Senghor. Dansokho s’affirme pour l’instauration d’un régime parlementaire, et renonce à la lutte armée, voyant l’ouverture du pays au multipartisme.
En 1978, Senghor est réélu une nouvelle fois, avec 82%. Il démissionnera le 31 décembre 1980, faisant de son premier ministre, Abdou Diouf, son successeur comme président.
Le PAI se divise en 1981 lorsque le nouveau président Abdou Diouf décide de supprimer la limitation du nombre de partis politiques, instaurant ainsi un véritable multipartisme. Ainsi, en 1981 Dansokho co-fonde, avec Seydou Cissokho, Maguette Thiam et d’autres (même si le récépissé légal est accordé à Majmhout Diop, qui lui-même avait été exclu du PAI), le Parti de l’indépendance et du travail (PIT), parti d’intellectuels, se réclamant du communisme, dont il est secrétaire général jusqu’en 2010., date à laquelle Magatte Thiam lui succèdera.
Leur camarade Seydou Cissokho, qui a longtemps dirigé le PAI dans la clandestinité totale, et fondé le PIT (Parti de l’indépendance et du travail) , n’est sorti de la clandestinité qu’en 1981, et, malade, meurt en 1986.
Amath Dansokho mène campagne pour le mouvement Sopi (« changement » en wolof) d’Abdoulaye Wade lors des élections présidentielles de 1988. Charismatique, il harangue les foules lors des manifestations, place de l’Obélisque à Dakar.
En 1991, il rallie le socialiste Abdou Diouf et devient ministre de l’habitat et de l’urbanisme (1991-1996). Il entre ainsi au gouvernement. « Amath Dansokho conditionna son entrée dans le Gouvernement d’union par « la pause des politiques d’ajustement structurel » alors en vigueur. Il pesa de toutes ses forces pour la reprise des politiques de subvention des semences, engrais et matériels agricoles au profit des paysans, pour l’ouverture de négociations avec les syndicats et les organisations d’étudiants autour de leurs revendications. Il insista aussi pour disposer d’un Ministère où il pourrait venir en aide aux plus démunis. » (Samba Sy, 2019).
Dansokho, homme de paix, joue également à plusieurs reprises un rôle de médiation à l’international : en 1989, dans la crise entre Sénégal et Mauritanie, en pleine crise post-électorale, il contribue à apaiser les tensions ; puis dans la crise ivoirienne liée à l’arrestation de Laurent Gbagbo, et également durant la guerre du Congo en 1997.

Mais son esprit critique et sa liberté d’expression, critiquant la gestion du président (il forge l’expression de « mal-gouvernance »), lui valent de perdre son poste : il est, selon ses propres termes, « défenestré ». Il repasse dans l’opposition. Notons que si le PIT est bien l’héritier direct du PAI de 1960, le PAI clandestin avait déjà éclaté en de multiples courants, dont les plus célèbres sont la Ligue Démocratique et And Jeüf – qui eux-même vont connaître ensuite plusieurs scissions.
En 1988, étonnamment, Dansokho soutient Abdoulaye Wade malgré les orientations ultralibérales de ce dernier. Puis, attitude qu’on pourrait qualifier d’opportuniste, il soutient Diouf, président qui se réclame « socialiste ». Mais Dansokho ne va pas tarder à dénoncer la « mal gouvernance » de Diouf et son clientélisme, et participe à l’alternance de mars 2000 avec Abdoulaye Wade (Coalition alternance 2000). En effet, avec d’autres partis de gauche, Dansokho a organisé une alliance autour d’Abdoulaye Wade, le Front pour l’alternance (FAL). Les réunions se tiennent dans la propre maison de Dansokho (de 1996 à 2012 tous les jeudis), où il tient un salon qui réunit tous les hommes de l’opposition. Dansokho se caractérise en effet par son esprit très collectif : homme de consensus, il joue le rôle de rassembleur. En mars 2000, c’est donc la victoire de l’alternance ; c’est la liesse dans les rues à la gloire du Sopi. Dansokho accepte d’entrer dans le gouvernement Wade, comme ministre. Mais il n’y restera pas plus de six mois. L’entente entre les deux hommes éclate. En effet, Dansokho est indigné par le fait que le nouveau président envoie les forces de répression contre les syndicats, qu’il ordonne l’assassinat du président du conseil constitutionnel En réponse aux critiques qu’il exprime, Dansokhose voit destitué du gouvernement, « défenestré » à nouveau.

Il va alors passer dans l’opposition, et combattre la dérive autoritaire du gouvernement Wade. Il va notamment critiquer le fait que Wade tente de faire tuer Talla Sylla en 2003.
Il participe aux manifestations de 2011 visant à renverser Wade (qui a décidé de changer la Constitution), et il contribue à la coalition qui porte Macky Sall au pouvoir en 2012.
Ainsi, Dansokho a successivement rallié puis combattu tous les régimes au pouvoir depuis les années 1950. Il s’est opposé successivement aux présidents Senghor, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, puis a soutenu Macky Sall, arrivé au pouvoir en 2012.

Il est enterré à Saint-Louis, où un hommage public lui a été rendu lors de son enterrement. "Mandela du Sénégal" (Sacko, 2019), il reste dans les mémoires des Sénégalais pour sa verve, sa franchise, son intégrité d’opposant marxiste. Homme de consensus, grand pacifiste, rassembleur, et très attaché à la laïcité, il était dépourvu de langue de bois et de tout dogmatisme. Il s’est montré incorruptible et courageux dans son attitude d’opposition aux différents présidents du Sénégal, critiquant leur dérive despotique et leurs pratiques clientélistes.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article220348, notice DANSOKHO Amath par Chloé Maurel, version mise en ligne le 12 novembre 2019, dernière modification le 7 décembre 2019.

Par Chloé Maurel

Préface, dans Mandiaye Gaye, Le pouvoir de Wade : autocratie, impunité et perte de valeurs, Paris, L’Harmattan, 2013. — Préface, dans Ibrahima T. Lam, Entreprendre en Afrique : les clés de la réussite, Paris L’Harmattan, 2014.

SOURCES : Vincent Foucher, François Bost, notice « Sénégal », Encyclopædia Universalis, 2018. — Amadou Booker Sadji, Le rôle de la génération charnière ouest-africaine : indépendance et développement, Paris, L’Harmattan, 2006.
Hélène D’Almeida-Topor, L’Afrique du XXe siècle à nos jours, Paris, Armand Colin, nouvelle édition 2013. — F. Diaye, M. Printz, Tine, Visages publics au Sénégal. 10 personnalités politiques parlent, Paris, L’Harmattan, 1991. — J. Ki-Zerbo, Histoire de l’Afrique noire. D’hier à demain, Paris, Hatier, 1972, 1978.
Chloé Maurel, Che Guevara, Paris, Ellipses, 2011. — Saliou Mbaye, Histoire des institutions contemporaines du Sénégal. 1956-2000, Dakar, 2012. — Salma Niasse Ba, « Sénégal : Amath Dansokho, le révolutionnaire de tous les régimes, est mort », Le Monde, 30 août 2019, en ligne, accédé le 13 sept 2019. — Marc de Miramont, « Disparition. Amath Dansokho, géant de la politique africaine », L’Humanité Dimanche, 29 août-4 septembre 2019, p. 32. — Cheikh, « Les figures de l’opposition », Jeune Afrique, 26 janvier 2005, en ligne, accédé le 13 sept 2019. — « Mort du ministre Amath Dansokho, ex-figure majeure de l’opposition », Le Monde, 24 août 2019. En ligne, accédé le 13 sept 2019. — « Urgent / Nécrologie : Décès de Amath Dansokho. », Dakaractu,‎ 23 août 2019, en ligne, accédé le 13 sept 2019. — « Disparition. Dansokho, figure de la gauche africaine », L’Humanité, 26 août 2019. — « Maguette Thiam relaie Amath Dansokho », Sud Quotidien, 25 mai 2010. — "Entretien avec Amath Dansokho : ’ Dans l’opposition, des gens souhaitaient ma mort’", Wal Fadjri, 20 avril 2009, en ligne, accédé le 13 sept 2019. — André Ciccodicola, « Amath Dansokho, figure majeure de la gauche sénégalaise, disparaît », La Marseillaise, 27 août 2019, en ligne accédé le 13 sept 2019. — Site Seneweb, accédé le 13 sept 2019. — « Ma revue de presse », 26 août 2019, en ligne, accédé le 18 sept 2019. — Corentin Mançois, « Senghor et l’opposition politique », 28 février 2018, en ligne, accédé le 13 octobre 2019 — B. Sakho, « Portrait. Amath Dansokho, ministre d’État et président d’honneur du PIT », 24 août 2019 : en ligne accédé le 16 octobre 2019. — Emissions de radio / TV : Emissions sur RFI « La marche du monde » par Valérie Nivelon :
« Amath Dansokho, portrait d’un révolutionnaire » : émission en deux volets de 26 mn chacun, en ligne, diffusée le 31 mars 2012 ; accédé le 13 sept 2019. — Emission Historama sur Amath Dansokho sur RCI Sénégal, 23 septembre 2019. En ligne, accédé le 10 novembre 2019.

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