Né le 29 janvier 1898 au Theil (Allier), mort le 4 février 1968 à Saulzet (Allier) ; tailleur d’habits, journaliste, écrivain, imprimeur, éditeur.

Son père, Jean Depresle, était artisan tailleur. Marié en 1895, Gaston Depresle avait repris l’atelier de son père et il le garda jusqu’en 1934, date de sa mort. Il fréquenta l’école primaire jusqu’en 1910. De santé délicate, il n’allait en classe, très souvent, que deux jours sur cinq. Mais, intelligent et très doué, il fut reçu à l’examen du certificat d’études primaires le premier du canton. Il fit l’apprentissage du métier de tailleur auprès de son père qui ne pouvait lui faire poursuivre des études supérieures. Quand, en 1914, celui-ci fut mobilisé, Depresle devint ouvrier agricole. Il le resta jusqu’en 1918 lorsque, son père ayant été démobilisé, il put recommencer à travailler avec lui. L’enfant avait été passionné de lecture. Adolescent, il prit la plume et, à l’âge de quatorze ans, adressa des contes à Ernest Montusès, rédacteur en chef du Combat social, hebdomadaire de la fédération de l’Allier du Parti socialiste. De seize à vingt ans, il écrivit de nombreux poèmes : La Haine, Les Loups, Jaurès, etc. Ceux-ci, dispersés dans les journaux et les revues, devaient former la matière de deux recueils : Mes glanes et Les Rois déchus. En 1916, Jean de Bonnefon lui offrit de collaborer à La Presqu’île, revue littéraire où figuraient les signatures de Pierre de Régnier, Philippe Barrès, Maurice Rostand. En 1917, Depresle, qui avait dix-neuf ans, créa une bibliothèque circulante, « La Semeuse ». « Pour une faible cotisation, rapporte Mme Adrienne Depresle, sa veuve, des ouvriers de corporations les plus diverses peuvent lire Gorki, Zola, Eugène Le Roy, Balzac, Émile Guillaumin, Mirbeau, Barbusse, etc. Travail et frais pour le petit apprenti Qu’importe ! Des idées semées, des contacts. Un lien solide entre des ouvriers comme lui. » - Autodidacte, animateur, propagandiste, Gaston Depresle* rêvait déjà à cet âge d’être éditeur au service des jeunes écrivains bourbonnais. Vers la fin de la guerre, Pierre Brizon* lui avait demandé pour La Vague un roman, avec pour titre : La Guerre sur le village, mais Depresle, qui travaillait dans les fermes comme journalier, avait manqué de temps et n’en put écrire qu’un seul chapitre. De 1920 à 1925, il écrivit très peu, consacrant ses heures libres à l’étude et à la lecture. Il collabora cependant au travail communiste avant de se séparer du PC lors de l’épuration de Pierre Brizon* en 1922. En 1924, il entre comme élève à l’école de coupe Napolitano, à Paris. À la fin de la session, il obtint le 1er Prix au « Concours international de coupe » de Paris, et sortit de l’école avec le diplôme de maître tailleur et coupeur. À Paris, Gaston Depresle* avait fréquenté des journalistes et des chansonniers. De retour au Theil, il devint journaliste à Moulins, secrétaire de rédaction au Progrès de l’Allier, et collabora au Petit Bourbonnais. En 1925 parut son Anthologie des écrivains ouvriers, préfacée par Henri Barbusse. Depresle avait conçu le projet de cet ouvrage dès l’âge de vingt-deux ans et Émile Guillaumin l’avait encouragé. Ce fut son œuvre la plus marquante car, avec elle, il se révéla un précurseur. Il réunit des noms et des textes, en fit une gerbe, et cette anthologie commentée précéda de cinq ans Nouvel âge littéraire, l’essai qu’Henry Poulaille* publia en 1930 et qui, lui aussi, fit date. Vingt-six écrivains figurent dans l’ouvrage de Gaston Depresle*. Un second tome était annoncé, mais ne parut pas. Parlant des auteurs ouvriers regroupés par Depresle, Barbusse écrivait dans sa préface que « le plus probe jugement qu’on puisse émettre [sur eux] est de souligner pour chacun d’eux ses origines prolétariennes, ce qui est du même coup montrer l’héroïsme qu’il leur a fallu aux uns et aux autres pour s’imposer à l’attention et faire une œuvre de pensée alors qu’ils étaient pris dans l’engrenage du travail manuel. Ces lutteurs-là méritent en effet, bien plus que les combattants traînés de force vers l’héroïsme militaire comme un bétail, le nom de héros ». De son côté, Depresle déclarait en 1931 à Léon Couturier : « J’ai voulu faire un livre d’éducation populaire et non d’histoire littéraire, un livre tout simple qui porterait des exemples et des encouragements aux humbles rimeurs des chaumières et des ateliers, un livre enfin dans lequel tout homme du peuple retrouverait un peu de lui-même ». En 1926, année de son mariage, Gaston Depresle* quitta l’Allier pour la Haute-Loire et travailla au Puy pour Le Rappel. En 1928-1929, ce journal publia de lui, en feuilleton, un roman, Les Heures ardentes du village. Depresle donna des articles et des contes à d’autres journaux de l’Ardèche, de la Drôme et aussi de Paris. En 1929, pour aider son père qui était malade, il acheta une machine à coudre, reprit son métier de tailleur (« La machine à coudre m’offre bientôt une machine à écrire, dit-il. Dès lors, je m’assieds tantôt devant l’une, tantôt devant l’autre »), et se fixa à Saint-Marcel-en-Murat, non loin de Montmarault, où sa femme venait d’être affectée comme institutrice. Il continua à écrire des nouvelles et des contes dont il puisait les sujets dans la vie de tous les jours. Beaucoup demeurèrent inédits. L’année 1939 arriva. « La "drôle de guerre" m’appelle, me promène, me renvoie, notera-t-il laconiquement, et je retrouve à la maison la bêche, la houe, la fourche, la hache. Et aussi l’aiguille. » - En 1949, il accepta l’emploi de secrétaire de mairie. Mais son idée ancienne de créer une revue ne l’avait pas abandonné. Il médita longtemps sur tous les problèmes que posait un tel projet. Ayant découvert la technique de « l’Imprimerie à l’école », il commença, en 1953, à faire des essais d’impression sur la petite presse à volets de l’école de Saint-Marcel (sa plaquette, quelques légendes, furent imprimée au moyen de cette presse). Et, la même année, après avoir acheté le matériel qui lui était nécessaire, dont une presse à bras, il sortit en octobre le premier numéro des Lectures bourbonnaises, revue littéraire annoncée bimestrielle, mais qui paraîtra irrégulièrement jusqu’en novembre 1958, - en tout dix numéros. « Exclusivement littéraire, spécifiait Gaston Depresle, Les Lectures Bourbonnaises se proposent d’inventorier consciencieusement les richesses intellectuelles de notre province. Leur collection constituera une manière d’anthologie. » Le tirage de cette revue d’une trentaine de pages atteignait 600 à 800 exemplaires qui étaient facilement écoulés grâce aux très nombreux abonnements. Des fascicules à part avaient été envisagés sous le titre : Collection « Les Lectures imprévues ». Le recueil de nouvelles de Depresle, La Colère des forts, parut dans cette collection. À noter qu’en même temps, Gaston Depresle imprimait le journal scolaire L’Éveil, avec la collaboration des enfants de l’école.
À partir de 1959, Gaston Depresle*, malade, dut abandonner l’œuvre entreprise. En 1961, il partit avec sa femme s’installer au Saulzet, près de Gannat. Atteint d’un cancer de la langue, il s’éteignit le 4 février 1968, et fut enterré civilement à Saint-Marcel-en-Murat.

ŒUVRE : Mes glanes, poésies 1915-1916. — Les Rois déchus, poésies 1917-1919. — Anthologie des Écrivains ouvriers, préface d’Henri Barbusse, Éd. « Aujourd’hui », 1925. — Les Heures ardentes du village, roman, publié dans Le Rappel de la Haute-Loire, 1928-1929. — Quelques légendes, plaquette, Éd. de l’auteur, 1953. — Chez les souvenirs, plaquette en collaboration avec Albert Combémorel, Éd. G. Depresle, 1953. — La Colère des forts, nouvelles, Éd. des Lectures Bourbonnaises, 1956.
Inédits : Les Écrivains bourbonnais, 2 volumes. — En promenant ma tente (le long du Cher). — Monsieur Beauperoil, confidences d’un ancien boucher. — Le père Pijote, roman. — M. Piquenchagne, roman.
Gaston Depresle se proposait, en outre, de réunir ses contes et nouvelles en huit recueils. Il fut également l’auteur de romans policiers. Il avait enfin composé en 1939 une Méthode d’anglais : L’Anglais seul en 50 heures, qui fut expérimentée sur des élèves et dont Mme Depresle a conservé le manuscrit.
Journaux et Revues : Le Combat social. — Le Progrès de l’Allier. — Le Petit Bourbonnais. — Le Rappel de la Haute-Loire. — Le Journal du Peuple. — La Tribune républicaine. — Le Quotidien. — Monde. — La Montagne. — Centre-Matin-L’Espoir. — La Presqu’île. — Rayons (Vichy). — Les Lectures bourbonnaises. — Police-magazine.

SOURCES : Léon Couturier, Le Combat social, 16 août 1931. — Marcel Guillaumin, La Tribune et l’Espoir, édition de Vichy, 19 juin 1957. — Joseph Voisin, La Tribune républicaine, 1er mars 1968. — Ulysse Moncorger, La Montagne, 17 janvier 1972. — Correspondance d’Adrienne Depresle.

Jean Prugnot

Version imprimable de cet article Version imprimable