DUCOLONÉ Guy

Par Claude Willard

Né le 14 mars 1920 à Monsempron-Libos (Lot-et-Garonne), mort le 25 août 2008 à Paris (XVe arr.) ; ouvrier en instruments de précision ; militant communiste ; résistant-déporté ; secrétaire général de l’UJRF (1950-1955) ; membre du comité central du PCF (1950-1967), secrétaire du comité central (1956-1959) ; conseiller général (1953-1988) et député de la 11e circonscription des Hauts-de-Seine (1964-1988) ; vice-président de l’Assemblée nationale (1976-1977, 1981-1986).

L’enfance de Guy Ducoloné se déroula à Périgueux (Dordogne), puis à Paris après la crise. Son père était ouvrier menuisier-charpentier ; sa mère, d’abord casseuse (saisonnière) de noix, fut ensuite employée dans une chocolaterie, enfin concierge dans le XIVe arr. de Paris, de 1931 à 1938.

Après son certificat d’études primaires en 1932, Guy Ducoloné suivit durant deux années le cours complémentaire et intégra l’École d’apprentissage Jules Richard, dans le XIXe arr., d’où il sortit avec un CAP d’ouvrier en instruments de précision. Entraîné par un de ses amis, Guy Ducoloné s’inscrivit au cross de l’Humanité en 1934, puis en 1935. En cette période de bouillonnement socio-politique, Guy Ducoloné se mit à lire régulièrement l’Humanité et adhéra à la JC du XIVe arr. en 1936. En 1938, il suivit l’école du soir de la JC de Paris (que dirigeait Pierre Kaldor) et fut, en 1938-1939, secrétaire de la JC du XIVe arr. Il adhéra au PCF en 1938 et, aux Ateliers Jean Carpentier, moyenne entreprise où il fut embauché après son CAP, il contribua à créer une cellule. Il y développa aussi une activité syndicale, qui déboucha - dans cet établissement non touché par le mouvement du printemps 1936 - sur une grève unanime, le 30 novembre 1938, ce qui valut au personnel un lock-out d’une semaine. Syndiqué durant son apprentissage, il a toujours eu - encore aujourd’hui aux retraités des Métaux - sa carte de la CGT.

Durant la Drôle de guerre, Guy Ducoloné fut responsable de la JC du XIVe arr. et appartint à ce titre au triangle de direction du PC dans le XIVe arr., avec Gaston Deslandes.

Le 8 juin 1940, il fut mobilisé dans la DCA, à La Rochelle ; sa caserne encerclée par les Allemands, il parvint à s’échapper et à gagner Toulouse. Il fut alors, comme tous les jeunes du 1er contingent de la classe 40, versé dans un chantier de jeunesse à Saurat (Ariège). Il fut démobilisé à la fin de janvier 1941.

À Paris, il retrouva son travail aux ateliers Jean Carpentier. Guy Ducoloné poursuivit par ailleurs son activité clandestine de Résistance. De février à novembre 1941, il dirigea la JC, d’abord du XIVe arr., puis d’un secteur couvrant les Ve, VIe, XIIIe, XIVe et XVe arr. : il fut ainsi un des organisateurs de la manifestation parisienne de jeunes du 13 août 1941 sur les grands boulevards et de celle de la rue de Belleville. De novembre 1941 à avril 1942, il appartint, sous le pseudonyme de Raymond, au triangle de direction de la JC, plus spécialement affecté aux problèmes de recrutement et de passage à l’OS (organisation spéciale) pour le compte du Front national de lutte pour l’indépendance de la France. À ce titre, il participa à plusieurs opérations contre des installations allemandes.

Arrêté le 1er mai 1942, ayant, sans parler ni indiquer ses responsabilités, subi la sauvagerie des interrogatoires policiers, Guy Ducoloné fut condamné, le 30 septembre, à cinq ans de prison et 1 200 F d’amende. Après la Santé et Fresnes, il fut enfermé à la Maison centrale de Melun, puis à Châlons-sur-Marne, participant dans ces deux dernières prisons à l’organisation clandestine des détenus et aux deux tentatives d’évasion collective. Il fut un des rédacteurs du Patriote enchaîné à Melun.

Du camp de Compiègne, où il fut transféré en mars 1944, il fut déporté, le 12 mai. Arrivé à Buchenwald le 14 mai, il reçut le matricule 51 018. Après la « quarantaine » sous des tentes dans le petit camp, il fut affecté au camp central au block 45, et dans le Kommando de l’usine Gustloff en fonction d’ajusteur. Il fut à ce moment chargé de la responsabilité du sabotage au hall 11 de la Gustloff où l’on travaillait sur des appareils, au montage de pièces destinées aux têtes des fusées V2. Dans le block 45, il était responsable du Front national français. Le 11 avril 1945, il participa dans le bataillon Saint-Just, à la libération du camp, quelques heures avant l’arrivée des troupes américaines. Il revint à Paris le 29 avril.

Quelque temps après son retour de déportation, Guy Ducoloné devint permanent à l’Union de la jeunesse républicaine de France pour la Seine. Il suivit une école fédérale de quinze jours (juin 1945), puis, du 25 février au 11 mai 1946, l’École centrale d’Arcueil, en même temps que Madeleine Vincent, qu’il épousa le 26 novembre 1946. Appartenant depuis 1945 au secrétariat de la Seine de l’UJRF, Guy Ducoloné fut, en 1946, élu au bureau national, puis au secrétariat national et, de 1950 à 1955, secrétaire général de l’UJRF. Durant cette période, il anima la lutte contre la guerre d’Indochine, contre les deux ans de service militaire et pour les droits de la Jeunesse. Il fut élu, en avril 1950, membre suppléant du comité central du PCF (titularisé en juillet 1956).

Impliqué comme la plupart des dirigeants de l’UJRF dans ce qu’on appela le « complot des pigeons », Guy Ducoloné fut emprisonné du 7 octobre 1952 au 25 août 1953. Il passa près de onze mois à Fresnes avec Alain Le Leap et Lucien Molino de la CGT, André Stil, rédacteur en chef de l’Humanité, Louis Baillot, Paul Laurent et Jean Meunier de l’UJRF. Le complot tourna court grâce notamment à l’efficacité des avocats des inculpés. Il se termina par un non-lieu pour tous.

Alors qu’il était derrière les barreaux, il fut, en mai 1953, élu conseiller général dans le 2e secteur de la Seine (cantons de Sceaux et Vanves).
Libéré de ses fonctions à l’UJRF en 1955, Guy Ducoloné fut envoyé par le PCF comme instructeur dans le Finistère. Il y resta une année.

Le XIVe congrès (juillet 1956) élit, parmi les 6 secrétaires du comité central, des membres du comité central n’appartenant pas au BP : Guy Ducoloné, Gaston Plissonnier*, Gaston Viens. Guy Ducoloné fut affecté à la section des cadres, où il demeura jusqu’en 1965, donc après avoir quitté en 1959 le secrétariat du PCF. Il organisa ainsi, avec Léon Feix*, qui était membre du bureau politique, les journées nationales d’études sur la montée des cadres, les 3 et 4 avril 1965, en présence de Waldeck Rochet* et Georges Marchais*. Durant un tiers de siècle, Guy Ducoloné se consacra essentiellement à ses activités d’élu. Il fut conseiller général durant 35 ans (1953-1988), présidant le groupe communiste du conseil général de la Seine durant deux années, puis lors de la création, en octobre 1967, du conseil général des Hauts-de-Seine.

Aux élections législatives de 1962, il fut élu suppléant de Léon Salagnac*, et, à sa mort, en décembre 1964, devint député. Réélu en juin 1968, son élection fut invalidée, mais il fut réélu en décembre avec un important gain de voix et garda son siège jusqu’en 1988. Durant ces 24 ans, il appartint à la Commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République également. Vice-président du groupe communiste, il fut en 1976-1977 et de 1981 à 1986, vice-président de l’Assemblée nationale.

Comme député, il fut de 1976 à 1986 membre du conseil régional d’Île-de-France. Il fut enfin conseiller municipal d’Issy-les-Moulineaux, où il habitait, de 1973 à 1977 et de 1982 à 1992.

Comme parlementaire, il intervint à de très nombreuses reprises, tant sur des questions juridiques que sociales. Il fut notamment, en mai 1986, le rapporteur de la commission des lois pour accorder la mention « mort en déportation » pour les déportés qui ne sont pas rentrés en 1945.

En 1989, Guy Ducoloné fut élu à la présidence de l’Association française Buchenwald-Dora et Kommandos et son président délégué en 1991. Ce fut dès lors sa principale activité. De septembre 1995 à septembre 1997, il fut aussi membre de la section du « Travail » au Conseil économique et social.

Déporté-Résistant, il fut décoré de la croix de guerre (1946), médaille de la Résistance (1947), médaille militaire (1991), chevalier de la Légion d’honneur (1994).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23168, notice DUCOLONÉ Guy par Claude Willard, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 25 avril 2016.

Par Claude Willard

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Entretien avec l’intéressé, 1998.

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