FAURE Pétrus, Marius, Frédéric

Par Jean Lorcin

Né le 11 octobre 1891 à La Ricamarie (Loire), mort le 10 novembre 1985 au Chambon-Feugerolles (Loire) ; ouvrier mineur, puis métallurgiste ; militant et historien du mouvement ouvrier dans la vallée de l’Ondaine ; maire communiste, puis socialiste du Chambon-Feugerolles (1924-1940, 1947-1971), conseiller général de la Loire, député (1932-1940) ; directeur de l’Association Générale Professionnelle du Bâtiment et des Travaux Publics.

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936]

Le père de Pétrus Faure, Pierre Faure, marié à Joséphine Peyrache « dévideuse », exerçait le métier de mineur à La Ricamarie. Pétrus, « intelligent » et doué d’une « excellente mémoire », dut interrompre ses études dès l’âge de onze ans. Trop jeune pour être ouvrier, il fut « loué »comme berger à un paysan de Saint-Victor-sur-Loire (Loire). À treize ans, il entra dans une usine de limes du Chambon-Feugerolles comme apprenti métallurgiste. À seize ou dix-sept ans, il quitta l’usine et alla rejoindre son père aux mines de Montrambert.

Jeune et ardent militant du syndicat des mineurs, Pétrus Faure fréquentait les groupes anarchistes ou hervéistes et participait à la diffusion de la Guerre sociale. Il cherchait à compléter son instruction en écoutant des conférences, en lisant les journaux (Les Temps nouveaux, Le Libertaire, L’Anarchie et La Guerre sociale) et les brochures révolutionnaires de la bibliothèque de la Maison du peuple du Chambon, les œuvres de Proudhon, Fourier, Herzen, plutôt que de Marx, dont il devait réduire la doctrine, dans Un témoin raconte, à un simple « déterminisme économique » (p. 276).

À vingt ans, Pétrus Faure quitta la mine pour un bref séjour aux Aciéries d’Ugine. Revenu au Chambon pour le conseil de révision, il entra aux Aciéries de Firminy et participa au Chambon à la campagne électorale de 1910. Enrôlé au 23e RI, il déserta au bout de quelques semaines. Il mena, de 1912 à la guerre, sous un faux nom, la vie errante d’un compagnon anarchiste, véritable « tour de France » qui le conduisit successivement à Genève, Maubeuge, Paris, Orléans, Lyon, de nouveau Genève, Vevey, Fribourg, Annecy, Grenoble, Paris, Melun, Tonnerre enfin, où vint le surprendre la déclaration de guerre.

Le 2 août 1914, il se livra aux autorités militaires. Il subit quatre mois de prison et reprit sa place dans son régiment. Envoyé au front, il fut blessé, puis mobilisé à Givors (Rhône), aux usines Prénat. En 1918, il repartit au front, fut grièvement blessé et fut décoré de la Croix de guerre et de la Médaille militaire.

Pétrus Faure adhéra, après sa démobilisation, au Parti socialiste unifié. Il écrivit ses premiers articles, réalisant ainsi un rêve de jeunesse, dans La Flamme de B. Ledin*, sous le pseudonyme « Marcel Piasson », puis devint rédacteur, pour quelques mois, au Peuple de la Loire (Pétrus Faure, Un témoin raconte…, p. 42-43), quotidien socialiste créé par Ferdinand Faure.

Pétrus Faure se maria le 20 août 1921 au Chambon-Feugerolles avec Louise de Lemps, une institutrice de cette commune.

Il fut élu conseiller municipal du Chambon-Feugerolles, sur la liste ouvrière Brunon qui l’emporta dès le premier tour sur la liste Claudinon, par 1 200 voix contre 1 100, en décembre 1919, puis conseiller d’arrondissement dans le canton du Chambon-Feugerolles au premier tour (14 décembre 1919) avec 2 827 voix. Réélu conseiller municipal et conseiller d’arrondissement en 1922, il n’en continua pas moins à travailler en usine comme mouleur, d’abord à Givors, puis à Terrenoire (Loire) et à La Chaléassière, près de Saint-Étienne (Loire), jusqu’en 1924.

En 1920, il suivit au Parti communiste la Fédération de la Loire dont la plupart des sections avaient voté pour l’adhésion à la IIIe Internationale. Il fut élu adjoint au maire du Chambon-Feugerolles en 1924.

Dans le cadre de la réorganisation du PC en 1924, il fut élu délégué de la Loire au bureau de la Fédération régionale de Lyon. Le 18 janvier 1925, il présidait le congrès du rayon de Saint-Étienne. Il était alors membre du comité de rayon et secrétaire du sous-rayon du Chambon et secrétaire de la commission de propagande.

Tête de liste des communistes orthodoxes aux élections législatives de 1924, il obtint 4 567 voix contre 88 245 à Durafour, tête de liste du Cartel des gauches.

Membre du conseil syndical des travailleurs de la Métallurgie et parties similaires (18 juin 1919), Pétrus Faure joua un rôle actif dans la grève de la métallurgie stéphanoise en 1924 qui avait pris naissance dans l’usine Leflaive, à La Chaléassière, dans l’atelier où il travaillait : secrétaire du comité de grève, il fut arrêté, avant son ami d’enfance, Benoît Frachon et condamné à quatre mois de prison et 200 F d’amende pour menaces avec désordre. Il fut libéré, en compagnie de Frachon, le 12 juillet.

Pétrus Faure fut élu maire du Chambon-Feugerolles à sa sortie de prison, la liste du Bloc ouvrier et paysan l’ayant emporté dès le premier tour des élections municipales de 1925 sur la liste Fuvel, par 1 766 voix contre 1 194 sur 2 960 suffrages exprimés (3 mai 1925).

C’était le début d’une oeuvre municipale de longue haleine, puisque le nouveau maire allait occuper son siège sans interruption, à l’exception d’une brève parenthèse sous le régime de Vichy et au lendemain de la Libération, de 1925 à 1973. Pétrus Faure inaugura en particulier une politique de grands travaux qui devait transformer la morne agglomération ouvrière : c’était, entre les deux guerres, « une des rares cités où l’on construisait des habitations, des écoles, des marchés publics, et où on installait parc et terrain de sports », rappelait-il, non sans fierté, dans Un témoin raconte… (p. 255-256).

Pétrus Faure s’attacha à donner un relief exceptionnel à la journée du 1er Mai, préludant ainsi à son action politique en faveur de l’officialisation de la « Fête du Travail ». Candidat communiste de la 4e circonscription de Saint-Étienne aux élections législatives de 1928, Pétrus Faure fut battu au deuxième tour par le réactionnaire Taurines qui l’emporta de justesse par 11 593 voix contre 11 129. Le candidat du Parti communiste eut sa revanche aux élections cantonales du 14 octobre 1928 où il retrouva sans peine son siège de conseiller d’arrondissement : en effet, seul candidat dans le canton du Chambon-Feugerolles, il obtint 3 575 voix sur 4 163 votants et 9 832 inscrits.

Accusé par Doron d’avoir fait preuve d’opportunisme et de « social-démocratisme » au cours des élections législatives, P. Faure démissionna du comité de rayon en septembre 1928. Cette démission semble n’être devenue effective qu’en janvier 1929, à la suite de nouvelles attaques.

La grève générale du 1er août 1929, déclenchée à l’instigation de la IIIe Internationale dans le cadre d’une Journée internationale contre la guerre, fut l’occasion de sa rupture avec le Parti. Pétrus Faure, en effet, refusa, devant l’interdiction du préfet, de mettre à la disposition des congressistes du BOP chargés de préparer la grève, une salle de la mairie et de signer une affiche communiste appelant les ouvriers à « prendre possession » de leur mairie, « même si elle est gardée par la police ». Il s’agissait, devait-il dire pour sa défense, d’une « invitation à l’émeute » que ses responsabilités de maire lui interdisaient d’accepter. Il se contenta de mettre à la disposition des organisateurs la salle de la Maison du peuple, qui était une salle privée (réponse à l’interview de J. Lorcin). À la suite de cet acte d’indiscipline, il fut exclu du Parti par la conférence de rayon de Saint-Étienne, le 13 octobre 1929 et « son exclusion permit de poser devant le parti tous les désaccords politiques qui le séparaient du renégat ». Ne préconisait-il pas « un parti non pas uni par une discipline de fer sur une base politique précise, mais un large parti où tous les courants pourraient s’affronter et où il fallait faire des concessions aux tendances » ? Ne s’était-il pas fait « le champion […] de l’indépendance et de l’autonomie du syndicalisme » ? De telles positions, affichées de longue date, rapprochaient plus Pétrus Faure de l’hérésie social-démocrate – c’était l’opinion du Cri du peuple le 19 octobre 1929 (« Épurons ! ») – ou, mieux encore, de l’anarcho-syndicalisme d’un Arnaud, exclu du Parti quelques jours avant P. Faure*, ou d’un Thévenon* que d’un Parti communiste « bolchevisé ». La conférence régionale de Lyon, le 20 octobre, n’eut plus qu’à entériner, à l’unanimité des 75 mandats présentés, cette mesure de « redressement » (La Tribune, 24 octobre 1929).

La popularité de Pétrus Faure, du fait de ses réalisations municipales, lui permit de faire face et c’est l’influence du Parti communiste qui déclina dans la vallée de l’Ondaine, sous cette réserve que Pétrus Faure n’avait rien fait pour accroître cette dernière quand il était membre du Parti : la cellule communiste du Chambon, avant son exclusion, « ne comptait pas 30 adhérents » et, sur 27 conseillers municipaux, il n’y avait que 9 communistes (Le Cri du peuple, 4 janvier 1930). Les élus municipaux du Chambon se solidarisèrent avec leur maire.

Pétrus Faure participa, en 1931, à la création du Parti d’unité prolétarienne (PUP) dont les dirigeants, dans la Loire, furent tous, sauf à Saint-Étienne, des élus locaux, maires ou conseillers municipaux. Il resta membre du PUP jusqu’à sa fusion avec la SFIO en 1938.

Il s’érigeait alors, à l’instar de son adversaire Antoine Durafour, qui, disait-il, « s’est acquis une très grande réputation dans le milieu ouvrier, et en particulier chez les mineurs où il est très difficile de pénétrer » (Conseil général, Loire, séance ordinaire du 4 octobre 1967), en médiateur entre ce monde clos et la société globale.

Pétrus Faure fut élu conseiller général du Chambon-Feugerolles au premier tour des élections cantonales de 1931, par 3 583 voix contre 1 598 au réactionnaire Servanton, 902 au socialiste Terrasson et seulement 548 au candidat communiste Civet*. C’était, commentaient les observateurs, « un pas en avant vers la députation ». De fait, Pétrus Faure fut élu député de la 4e circonscription de Saint-Étienne dès le premier tour des élections de 1932, contre le député sortant Taurines et le candidat communiste Thibaud : ce dernier n’avait recueilli que 1 500 voix contre 11 500 à Pétrus Faure, sur 27 673 inscrits et 22 917 votants.

Quelques mois après, le nouveau député créa un hebdomadaire local, Le Courrier de l’Ondaine, dont il fut le directeur politique. Il fut réélu conseiller général en 1934. Pétrus Faure n’a cessé depuis cette époque, à l’exception de la période 1940-1952, de siéger à l’Assemblée départementale, dont il est devenu le doyen d’âge et d’ancienneté.

Il fut réélu député de la 4e circonscription de Saint-Étienne en 1936, avec 12 963 voix : c’était la sanction attendue des progrès du PUP dans la vallée de l’Ondaine depuis 1932, progrès qu’avaient déjà démontrés les élections municipales de 1935. Pétrus Faure se vantait de n’avoir pas fait appel au concours des communistes pour battre l’URD. Bouteille au second tour : il n’en avait pas moins bénéficié du désistement de leur candidat, Buard, comme de celui du candidat socialiste Roiron*. Mais le député-maire du Chambon gardait toujours ses distances avec son ancien parti.

Pétrus Faure n’en déploya pas moins une activité remarquée en faveur de la politique sociale du gouvernement Blum. Il avait accompagné à Saint-Chamond le ministre du Travail Roger Salengro* venu arbitrer, en 1936, le long conflit des Forges et Aciéries de la Marine : cette grève avait d’ailleurs fourni au député de la Loire l’occasion d’une intervention retentissante dans laquelle il évoquait les mânes de Fourier, sinon de Proudhon, pour justifier les occupations d’usines (La Tribune, 18 août 1936). Élu vice-président de la commission des mines, Faure dirigea, en 1936, une commission d’enquête sur les mesures d’hygiène et de sécurité dans les mines de France et d’Afrique du Nord. Il fut à l’origine de la création du fonds national de chômage et de l’officialisation de la fête du Travail. Il se préoccupa particulièrement de la défense des vieux travailleurs, et la loi sur la retraite des vieux porte son nom. La municipalité du Chambon avait d’ailleurs donné l’exemple en distribuant une allocation à tous les vieux travailleurs âgés de 60 ans et habitant la ville depuis cinq ans, compte tenu de leurs ressources (La Tribune, 2 novembre 1938). C’est au nom de Gallet (peut-ètre Johannès Gallet), fondateur vers 1932 de « L’Association Nationale des Vieux Travailleurs exclus des assurances sociales » que Pétrus Faure avait déposé à la Chambre des députés, en 1937, le projet de loi sur la retraite des Vieux Travailleurs qui fut adopté en 1938. Il fallut toutefois attendre l’arrivée au pouvoir du Maréchal Pétain pour le voir appliquer.

Pétrus Faure, après son adhésion au Parti socialiste SFIO, fut délégué au congrès national de cette formation en décembre 1938 (La Tribune, 20 décembre 1938). Pétrus Faure s’y rangea dans le camp de Blum, alors que la majorité des mandats de la Loire se prononçait pour la motion Paul Faure (Voix populaire, 23 décembre 1938).

En revanche, il resta fidèle à son pacifisme originel. C’est ainsi qu’il approuva les négociations qui devaient aboutir à la révision du traité de Versailles à Munich : « discuter un traité, ce n’est pas capituler, en tout cas, cela vaut mieux que se suicider » (Courrier de l’Ondaine, 15 septembre 1938).

Après la signature du Pacte germano-soviétique, Le Courrier de l’Ondaine approuvait les mesures d’emprisonnement qui étaient appliquées aux communistes.

Pétrus Faure n’en est pas moins intervenu à plusieurs reprises en faveur d’ouvriers radiés de l’affectation spéciale et assignés à résidence. Il signalait au Conseil général que les poursuites dont il admettait le bien-fondé lorsqu’elles visaient des éléments dangereux, frappaient non seulement les « lampistes », mais aussi des militants auxquels on ne pouvait reprocher que de manquer de révérence à l’égard de leurs patrons. On retrouvait en effet parmi les internés non seulement des licenciés à la suite de décembre 1938, mais encore des grévistes de 1934-1936 qui n’avaient pas participé à la grève du 30 novembre 1938.

En 1940, Pétrus Faure, qui s’était abstenu lors du vote sur la délégation du pouvoir constituant au maréchal Pétain, fut révoqué par ordre de Peyrouton, avec les autres maires et conseillers municipaux « républicains ».

À la suite de cette révocation, Pétrus Faure mit immédiatement fin à la parution de son journal, Le Courrier de l’Ondaine.

En revanche, Pétrus Faure bénéficia du répit accordé, sous Darlan, par l’arrivée dans la Loire du préfet Georges Potut qui gardait de son passage au Parlement de liens d’amitié avec certains hommes politiques de gauche. C’est ainsi que Georges Potut fit placer Pétrus Faure « dont l’autorité sur les masses ouvrières reste considérable bien qu’il se soit cantonné depuis deux ans dans une réserve correcte », écrivait Georges Potut à Laval, sur les listes de la Commission administrative qui remplaçait le Conseil général. La candidature de Pétrus Faure fut néanmoins écartée, ce dernier ayant refusé tout mandat non électif.

Pétrus Faure forma dans la Loire un groupe de résistance politique réunissant des représentants des Partis socialiste, radical-socialiste et démocrate-chrétien. Il travailla également avec Édouard Froment, député socialiste de l’Ardèche, pour les services de renseignements de la France libre en 1941-1942, effectuant des enquêtes sur les usines travaillant pour l’armée allemande. Menacé d’arrestation pour cette activité résistante, il fut sauvé à deux reprises par les préfets de la Loire, son ancien collègue député Georges Potut et André Boutemy. Il fut délégué politique des Mouvements unis de Résistance de la Loire au début 1943 et, à la Libération, il était membre du bureau fédéral du Parti socialiste de la Loire et de sa commission de presse.

Pétrus Faure dirigeait alors les œuvres sociales de la corporation du Bâtiment, en particulier sa coopérative d’alimentation.

Cependant, à la Libération, le Parti socialiste lui interdit d’exercer un mandat politique pendant quatre ans à cause de son abstention, le 10 juillet 1940. Pétrus Faure n’accepta pas cette sanction. Le congrès fédéral de la Loire réuni le 17 mars 1945 affirma à l’unanimité moins deux voix sa « confiance totale au camarade Pétrus Faure » et demanda qu’il soit relevé de sa suspension. Le Comité directeur réuni le 19 mai 1945 refusa de suivre la Fédération de la Loire, n’accepta pas la démission de P. Faure et le déféra devant la commission nationale des conflits. D’autre part, le Parti communiste qui, allié aux « équipes chrétiennes », s’était emparé de la mairie du Chambon en 1944, refusa de la lui restituer, le taxant de « pétainisme » et de « collaboration ».

Il invoquait notamment la tonalité vichyste du journal de Pétrus Faure, Le Courrier de l’Ondaine. Aussi le Comité départemental de Libération, en dépit de l’opposition du radical Vernay et du socialiste Robert, entérina-t-il, le 18 octobre 1944, le refus du Comité local de Libération du Chambonb-Feugerolles de réexaminer le cas de Pétrus Faure.

Le Parti communiste tenta même de le faire arrêter. Comme d’autres « antistaliniens » (Pétrus Faure, La Terreur Rouge, Dumas, Saint-Étienne, 1975, p. 143) notoires, son ami l’instituteur Urbain Thévenon et Louis Lheureux, secrétaire du syndicat des mineurs de Roche-la-Molière, Pétrus Faure fut même menacé de subir le même sort que le secrétaire fédéral du syndicat des mineurs de la Loire, Pierre Arnaud, abattu probablement par des résistants communistes en 1943.

Cette éviction suscita un réflexe de solidarité parmi les anciens conseillers qui refusèrent de faire partie du nouveau conseil.

Le 29 mars 1945, le Comité de Libération de la Loire s’efforça de faire étendre aux Parlementaires comme Pétrus Faure qui s’étaient abstenus lors du vote des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain le 10 juillet 1940 l’application de l’ordonnance du 21 avril 1944 qui interdisait à ceux qui les avaient votés de se présenter aux élections municipales et cantonales.

Pétrus faure n’en fut pas moins réélu maire en 1947, 1953 et 1959 : à ce dernier scrutin, sa liste obtint 60 % des voix au premier tour. Il réintégra également le conseil général aux élections cantonales d’octobre 1951 où il obtint au premier tour, sous l’étiquette de Républicain Indépendant, 4 987 voix sur 20 986 inscrits, 12 033 votants et 11 945 suffrages exprimés, contre 3 709 au communiste Argaud et 2 282 au MRP Thouilleux, et fut élu au deuxième tour, après avoir bénéficié du désistement du candidat du MRP, 7 929 voix sur 12 197 votants et 11 980 suffrages exprimés, contre 4 051 au candidat communiste. Il se présenta à l’élection législative partielle du 4 mai 1952 en candidat « indépendant » – il n’avait pas été réintégré par le parti socialiste – « de gauche », mais partisan de la politique « courageuse » de « défense du franc » d’Antoine Pinay (Arch. Dép. Loire, 2 W 99. Commissaire de police, Saint-Chamond, 26 avril 1952). Il mettait en avant ses réalisations municipales au Chambon-Feugerolles, face à la crise du logement. Sa candidature avait le soutien des Radicaux et de l’UDSR. Il eut au premier tour 35 897 voix sur 382 397 inscrits et 220 512 suffrages exprimés, contre 59 402 au communiste Masson, 57 469 à l’indépendant (nuance Pinay) Jacquet, 37 857 au MRP Mont et 22 117 au RPF Brouillet, Pétrus Faure ayant réussi à rallier autour de sa personne les éléments de gauche qu’avait séduit un moment le RPF, notamment dans la vallée de l’Ondaine et à Saint-Étienne, où il avait bénéficié de l’appui du maire Alexandre de Fraissinette. Il se retira entre les deux tours après avoir lancé un vibrant appel en faveur de la reconstitution d’un grand groupement du centre. Cette « réapparition remarquée sur la scène politique » et son ralliement à Mendès-France depuis son expérience de 1954 valurent à Pétrus Faure d’être un instant pressenti comme tête d’une liste « Républicaine d’Union des Gauches » susceptible de rallier « presque toutes les voix de gauche non communiste du département » aux élections sénatoriales du 19 juin 1955 (Arch. Dép. Loire, 354 VT 2. Renseignements généraux, Saint-Étienne, 7 juin 1955). Il fut candidat du « Centre national des indépendants de gauche, des républicains socialistes et des socialistes indépendants » aux élections législatives du 2 janvier 1956. Cette liste, présidée par Alexandre de Fraissinette, maire ex-RPF de Saint-Étienne, faisait campagne contre les apparentements et pour le rétablissement du scrutin d’arrondissement et militait pour la paix en Afrique du Nord. Pétrus Faure obtint 22 127 voix sur 407 348 inscrits, 338 433 votants et 328 981 suffrages exprimés, contre 77 172 au communiste Marcel Thibaud, 71 110 à Pinay, tête de liste des Indépendants Paysans, 54 169 à l’Union des Gauches, 32 293 au MRP Bidault, 28 633 à la liste Poujade et 21 293 à la liste des « Paysans ». Il se présenta de nouveau aux élections législatives des 23 et 30 novembre 1958, face au communiste Théo Vial-Massat qui se maintint contre lui au deuxième tour.

Juré parlementaire, notamment au procès Pétain, où il avait repoussé la condamnation à mort de l’ancien chef de l’Etat, en 1945, il fut poursuivi, de nombreuses années après, pour les révélations qu’il avait publiées sur ce procès dans son autobiographie, Un témoin raconte…, parue en 1962. Il fut condamné à 500 F d’amende par la Cour d’Appel de Paris, en novembre 1964, « celle-ci ayant estimé qu’il n’était pas permis à ceux qui avaient participé aux délibérations ayant abouti à la condamnation à mort de l’ancien chef de l’État français, d’en violer le secret alors qu’ils avaient fait le serment de le respecter ». Ce jugement devait être confirmé par la Cour de Cassation, en janvier 1968 (Le Monde, 18 février 1970). À l’occasion de ce « second procès Pétain », selon ses propres termes, Pétrus Faure plaida la cause de la réhabilitation du Maréchal, ce qui aboutit à la publication, en 1973, d’un ultime ouvrage de Pétrus Faure, au titre dénué d’équivoque, Un procès inique, que préfaça d’ailleurs Me Jacques Isorni. Faut-il rapprocher cette attitude de la diatribe du doyen d’âge du conseil général de la Loire, en 1967, contre la politique extérieure du général de Gaulle et le régime de la Ve République qu’il rendait responsable du déclin du Parlement et d’une situation économique et sociale explosive, notamment dans la Loire où de nombreuses usines fermaient leurs portes ? C’est dans ce contexte qu’en décembre 1967, Benoît Frachon afficha devant la télévision une réconciliation spectaculaire avec son ami d’enfance et ancien « camarade de lutte » (L’Humanité, 12 décembre 1967) Pétrus Faure.

Devenu aveugle, Pétrus Faure vécut au Chambon-Feugerolles jusqu’à sa mort survenue en 1985.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article23730, notice FAURE Pétrus, Marius, Frédéric par Jean Lorcin, version mise en ligne le 23 novembre 2008, dernière modification le 24 septembre 2019.

Par Jean Lorcin

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936]
Pétrus Faure en 1933
Pétrus Faure en 1933

ŒUVRE : Pétrus Faure, autodidacte a écrit plusieurs ouvrages sur l’histoire du mouvement ouvrier dans la Loire : Le Chambon rouge. Histoire des organisations ouvrières et des grèves au Chambon-Feugerolles, édité par le syndicat unitaire des Métaux du Chambon-Feugerolles en 1929, réédité en 1940. — Histoire de la Métallurgie au Chambon-Feugerolles, publié par le syndicat des ouvriers métallurgistes du Chambon-Feugerolles en 1931, 145 p. — Une enquête parlementaire sur l’hygiène et la sécurité des mineurs dans les mines de France et d’Afrique du Nord. Dix mille kilomètres dans la brousse et le désert. — Histoire du mouvement ouvrier dans le département de la Loire entre les deux guerres mondiales, Saint-Étienne, Imprimerie Dumas, 1956, 503 p. — Un témoin raconte…, Saint-Étienne, Dumas, 1962, 287 p.
Les textes qui suivent concernent plus étroitement la personne de Pétrus Faure : Le Procès Pétrus Faure : juré au procès du Maréchal Pétain, Saint-Étienne, Imprimerie Dumas, 1967, 127 p. — Pétrus Faure, Deux discours de Pétrus Faure au conseil général de la Loire. — Mon action politique au conseil général de la Loire, 1970. — Un procès inique, préface de Jacques Isorni, Flammarion, 1973, 284 p.
Pétrus Faure a collaboré à de nombreux journaux parisiens et locaux, en particulier : La Flamme, hebdomadaire socialiste de Benjamin Ledin, où Pétrus Faure écrivait en 1919 sous le pseudonyme « Marcel Piasson » ; Le Peuple de la Loire, quotidien socialiste fondé par Ferdinand Faure pour les élections de 1919 ; Le Chambon rouge, feuille ronéotée fondée par Pétrus Faure (n° 2, 1er décembre 1929, n° 4, fin décembre 1929 ; cf. Arch. Nat., F7/13116). — Le Courrier de l’Ondaine (1933-1940), hebdomadaire fondé et dirigé par Pétrus Faure, qui en assurait à lui seul « l’éditorial, la rédaction générale et la mise en page ». Il a collaboré également au Cri du peuple (8 décembre 1928), à La Tribune républicaine, à La Loire républicaine, au Mémorial de la Loire, à La République, à La Voix Populaire (SFIO).

SOURCES : Arch. Nat. F7/13035, F7/13105, F7/13113, F7/13116, F7/13121. — Arch. Dép. Loire, 3 M 67, 3 M 70, 3 M 71, 3 M 74, 3 M 75, 3 M 76, 3 M 77, 3 M 240, 3 M 241, 4 M 125, 4 M 127, 4 M 129, 6 M 53, 7 M 103, 10 M 187, 93 M 9, M 539-541 (dossiers politiques 1920-1925), 2 W 19, 2 W 32, 2 W 34, 2 W 85, 2 W 99 , 2 W 119, 2 W 126-127, 85 W 133, 85 W 154, 199 VT 46, 354 VT 2, 633 VT 19, 32 J 45, 37 J 14, 37 J 143. — Arch. OURS, dossier Pétrus Faure. — Pétrus Faure, rapports annuels au conseil général (Conseil général, 3 novembre 1938, 2e session ordinaire, p. 524-525). — Articles et ouvrages précités. — Projet de notice rédigé par U. Thévenon. — Le Mémorial de la Loire, 17 mars 1925, 21 novembre1925, 19, 20, 27 et 29 avril 1932. — Le Cri du Peuple, 18 mai 1929, 19 octobre 1929 (« Épurons »), 26 octobre 1929 (« Le capitulard Pétrus Faure »), 16 novembre 1929, 4 janvier 1930, 5 juillet 1930 (« Pétrus Faure le renégat est l’égal de Claudinon »), 12 septembre 1931, 2 décembre 1937, 15 mai 1945 (M. Patinaud, « Les élus de la réaction »), 23 juillet 1945 (« Va-t-on vers l’étouffement du procès Bazaine-Pétain ? Pétrus Faure qui lâchement s’abstint en juillet 1940 sera juré tandis que nos camarades Demusois et Monmousseau sont récusés par la défense !!! »). — Le Cri de la Loire, 24 avril 1952. — La Tribune républicaine, 24 octobre 1929 (« La conférence de Lyon confirme l’exclusion de M. Pétrus Faure »), 25 octobre 1929 (« L’exclusion de M. Pétrus Faure »), 15, 22 et 23 avril 1932, 30 mars 1935 (« Une lettre de M. Pétrus Faure »), 15 juillet 1935, 3 février 1936 (« Le Congrès de la Fédération du PUP »), 4 janvier 1936, 15 février 1936 (« La question du fonds national de chômage : l’intervention de M. Pétrus Faure »), 12 mars 1936, 21 et 25 avril 1936, 1er mai 1936, 18 août 1936, 30 octobre 1938, 2 novembre 1938 (« La municipalité du Chambon-Feugerolles va instituer la retraite des vieux travailleurs »), 6 novembre 1938, 7 août 1939, 17 octobre 1939, 12 avril 1952, 16 avril 1952 (« Pourquoi je suis candidat »), 17 avril 1952 (« La vie politique de Pétrus Faure »), 18 avril 1932 (« Ce qu’est son programme »), 19 avril 1952 (« La candidature de Pétrus Faure »), 22 avril 1952 (« Les questions agricoles »), 23 avril 1952 (« Le problème du logement »), 24 avril 1952 (« Les partis politiques »), 25 avril 1952 (« Le problème des salaires et des prix »), 26 avril 1952 (« La défense des déshérités »), 29 avril 1952 (« Pétrus Faure et la résistance »), 30 avril 1952 (« Appel aux Républicains du département »), 2 mai 1952 (« Une opinion autorisée »), 3 mai 1952 (« Pourquoi il faut voter Pétrus Faure » ; « Le Chambon-Feugerolles est une commune modèle »), 5 mai 1952, 7 mai 1952 (« Les remerciements de Pétrus Faure aux électeurs »). — La Loire républicaine, 11 septembre 1925, 26 mars 1935. — La République, 22 octobre 1932 (« La fin du « durafourisme » »). — Le Nouvelliste, 10 avril 1940. — Le Patriote, 7 mars 1949 (« Un aveu de taille »), 17 avril 1952 (« De Pétrus Faure à Jean Nocher »), 23 avril et 4 mai 1952. — La Dépêche, 5 mai 1952. — Le Progrès de la Loire, 21 mai 1952, 24 avril 1962 (« “Un témoin raconte” de M. Pétrus Faure est (aussi) le premier essai historique sur la Résistance régionale »). — Le Monde, 18 février 1970. — Interview de Pétrus Faure par J. Lorcin, 1er octobre 1970. — Henry Destour, Les Syndicalistes révolutionnaires et le mouvement syndical dans le département de la Loire, mémoire de maîtrise, Saint-Étienne, s.d. — Salah Chabane-Chaouche, La vie politique à Saint-Étienne (1951-1958) à travers les élections, mémoire de maîtrise, Saint-Étienne, 1989 (Arch. Dép. Loire, 37 J 143). — Hélène Forestier, Les grèves de novembre et décembre 1947 dans le département de la Loire, mémoire de maîtrise, Saint-Étienne, 1971 (Arch. Dép. Loire, 37 J 14). — Jacques Girault, Benoît Frachon Communiste et syndicaliste, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, 1989 ; Sur l’implantation du PCF dans l’entre-deux-guerres, Éd. Sociales, 1977. — Simone Pétrement, La Vie de Simone Weil, Fayard, 1973. — Jean Tibi, Les Houillères de la Loire 1960-1980. La mine foudroyée. Chronique de la conversion, Université de Saint-Étienne/CIERSR, 1980. — Monique Luirard, Le Forez et la Révolution nationale, Saint-Étienne, Centre d’Études Foréziennes, 1972 ; La Région stéphanoise dans la guerre et dans la paix (1936-1951), Centre d’études foréziennes/Centre interdisciplinaire d’études et de recherches sur les structures régionales, 1980. — M. Sadoun, Les Socialistes sous l’Occupation : Résistance et collaboration, préface de Maurice Duverger, Presses FNSP, 1982. — Jean Lorcin, « Une biographie de « militant ». Pétrus Faure ou de l’anarchie à la notabilité », in Les Intermédiaires culturels. Actes du colloque du Centre méridional d’histoire sociale, des mentalités et des cultures. 1978, Publications de l’université de Provence, Aix-en-Provence/ Diffusion : Librairie Honoré Champion, Paris, p. 453-460 ; « Les porte-parole », ibid. , p. 659-662. — Témoignage de Georges Potut, ancien préfet de la Loire sous Vichy, in Le gouvernement de Vichy, 1940-1942 : institutions et politiques, Armand Colin (Fondation nationale des sciences politiques,. travaux et recherches de sciences politique ; 18), 1972. — Notes de J. Girault et de G. Morin. — État civil de La Ricamarie.

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