FUZELLIER Jules, Jean-Baptiste

Par Didier Bigorgne

Né le 12 juillet 1901 à Joigny-sur-Meuse (Ardennes), fusillé comme otage le 14 février 1942 à Caen (Calvados) ; ouvrier métallurgiste ; syndicaliste CGT puis CGTU et militant communiste, secrétaire général de l’UD-CGTU (1934-1936), puis secrétaire adjoint de l’UD-CGT (1936-1939) des Ardennes, membre du bureau de la Région communiste des Ardennes (1933-1939) ; résistant ; maire de Joigny-sur-Meuse (1935-1940), conseiller d’arrondissement (1937-1940).

Fils d’Henri Fuzellier, ouvrier ferronnier, et d’Eugénie Rogissart, sans profession, Jules Fuzellier était l’aîné de quatre enfants. Il fréquenta l’école communale de Joigny-sur-Meuse où il obtint le certificat d’études primaires. Alors âgé de douze ans, il entra à l’usine pour apprendre le métier de forgeron qu’il exerça pendant de nombreuses années dans son village natal. Le 30 juillet 1927, il y épousa Julie Henriette Gérard, sans profession et fille d’un ferronnier ; de cette union naquirent deux garçons.
Jules Fuzellier adhéra au syndicat CGTU de la métallurgie en 1924. Il milita dans diverses localités de la vallée de la Meuse (Charleville, Levrézy, Braux et Nouzon) avant d’être victime de la répression en 1929. Il était secrétaire du syndicat CGTU des métaux de Nouzon en 1931 quand il fut élu à la commission exécutive de l’UD-CGTU des Ardennes. En 1932, Jules Fuzellier devint trésorier adjoint de la 2e Union régionale CGTU avant d’entrer au comité national de la Fédération des métaux CGTU. Après la dissolution de la 2e Union régionale en mai 1934, il fut élu secrétaire général de l’UD-CGTU des Ardennes. Animateur des comités de chômeurs de la vallée de la Meuse avec André Compain, Émile Galatry et Clément Pierlot, il fut à la tête du cortège de la « marche de la faim » organisée les 22 et 23 février 1935 pour exiger l’ouverture de grands chantiers et du fonds de chômage national. La manifestation, qui se termina devant la préfecture des Ardennes, se heurta aux forces de police. Jules Fuzellier, avec les principaux responsables de la marche, fut arrêté ; il fut condamné, le 28 mars suivant, à une peine de deux cents francs d’amende pour avoir fait imprimer sans déclaration un tract qui annonçait la manifestation. Du 24 au 27 septembre 1935, il fut délégué de la Fédération des Métaux au 8e congrès national de la CGTU qui se déroula à Issy-les-Moulineaux.
Le 19 janvier 1936, Jules Fuzellier, qui avait déjà assisté à un meeting d’unité syndicale en septembre 1934, participa au congrès de fusion ardennais CGT-CGTU à Charleville : il fut alors désigné secrétaire adjoint de l’UD-CGT des Ardennes. Il représenta la Fédération des Métaux au congrès de la réunification de la CGT qui se tint à Toulouse du 2 au 5 mars 1936. Avec les grèves de 1936, Jules Fuzellier devint permanent de l’Union départementale avec Camille Génon et Clément Pierlot. Il signa, le 9 juin 1937, les conventions collectives concernant les transports ardennais. Le 13 juin 1938, il devint membre, au titre de la CGT, de la commission départementale paritaire de conciliation des conflits du travail composée d’un nombre égal d’employeurs et d’ouvriers et placée sous la présidence du préfet des Ardennes.
Parallèlement à son engagement et à ses responsabilités syndicales, Jules Fuzellier militait au Parti communiste. En 1932, il était secrétaire de la cellule communiste de Joigny-sur-Meuse et du rayon de Charleville qui comptait une centaine d’adhérents répartis dans dix cellules et deux sections des Jeunesses communistes ; il était secondé par Achille Borgniet qui occupait le poste de trésorier. À partir de 1933, Jules Fuzellier fut membre du bureau de la Région communiste des Ardennes. Il devint responsable de la propagande du journal L’Exploité en novembre 1935, fonction qu’il exerça jusqu’à la dissolution de son parti le 26 septembre 1939.
Jules Fuzellier fut le candidat du Parti communiste à plusieurs reprises. Aux élections législatives d’abord. Le 1er mai 1932, il échoua au premier tour en recueillant 330 suffrages sur 10 235 inscrits et 9 023 votants dans la circonscription de Vouziers. Il améliora nettement son score le 26 avril 1936 avec 1 240 voix sur 9 940 inscrits et 8 613 votants au premier tour dans la même circonscription. Aux élections départementales ensuite. Il se présenta aux élections des 18 et 25 octobre 1931 pour le conseil d’arrondissement dans le canton de Charleville : il obtint 644 voix sur 9 278 inscrits et 5 820 votants au premier tour, 661 voix sur 5 827 votants au scrutin de ballottage. Le 7 octobre 1934, aux élections pour le conseil général, Jules Fuzellier réalisa un excellent résultat (1 679 suffrages sur 9 633 inscrits et 7 061 votants), obligeant le conseiller sortant socialiste SFIO Charles Boutet, député-maire de Charleville, à disputer un deuxième tour qu’il remporta. Enfin, Jules Fuzellier devint le nouveau conseiller d’arrondissement du canton de Charleville le 17 octobre 1937 : arrivé en tête au premier tour avec 2 623 voix sur 9 714 inscrits et 7 746 votants, il devança de 412 voix le secrétaire de la Fédération socialiste SFIO des Ardennes, Aristide Lainel, élu depuis 1919, pour l’emporter au scrutin de ballottage en réunissant 4 012 suffrages sur 7 704 votants. Aux élections municipales enfin. Le 5 mai 1935, Jules Fuzellier conduisit une liste composée de communistes et de socialistes à la victoire dans son village natal : il fut alors élu maire de Joigny-sur-Meuse.
En 1939, après la signature du Pacte germano-soviétique qu’il approuva, Jules Fuzellier fut exclu de la CGT. Il fut ensuite destitué de ses mandats de maire et de conseiller d’arrondissement par le gouvernement en janvier 1940. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Jules Fuzellier fut mobilisé dans une unité de blindés à Vannes (Morbihan). Après sa démobilisation, il rejoignit sa famille réfugiée dans le département de l’Allier. De retour dans les Ardennes en 1941, il entra en contact avec Maurice Deloison, dirigeant communiste du Pas-de-Calais chargé par le comité central du PCF de reconstruire le parti dans le département. Avec les frères Jean et Honorat Lelarge et d’autres militants, il distribua de nombreux tracts et journaux. Le 23 août 1941, Jules Fuzellier fut arrêté avec Deloison qu’il hébergeait à Joigny-sur-Meuse. D’abord incarcéré à Charleville, puis à Sedan, il fut transféré à Nancy (Meurthe-et-Moselle) où une cour spéciale réunie le 12 septembre suivant le condamna à cinq ans de travaux forcés. Il fut alors emprisonné à Fresnes avant d’être envoyé à la prison de Caen où il a été fusillé par les Allemands.
Jules Fuzellier fut inhumé le 8 septembre 1946 à Joigny-sur-Meuse en présence du ministre du Travail, le communiste Ambroise Croizat. Aujourd’hui, des rues de localités des Ardennes, en particulier à Joigny-sur-Meuse, portent le nom de Jules Fuzellier.
Il était marié et père de deux enfants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24009, notice FUZELLIER Jules, Jean-Baptiste par Didier Bigorgne, version mise en ligne le 28 décembre 2008, dernière modification le 16 octobre 2019.

Par Didier Bigorgne

SOURCES : DAVCC, Caen. – Arch. Nat., F7.13130 (année 1932) et F7.13132. – Arch. Dép. Ardennes, 1M15 et 1M21 ; 3M5, 6, 7, 8 et 9. – Les Ardennes syndicales, novembre 1937. – Liberté, septembre 1946. – Notice DBMOF par Henri Manceau. – Renseignements fournis par Christian Fuzellier, fils aîné de l’intéressé. – État civil, Joigny-sur-Meuse.

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