Né en 1908 à Rennes (Ille-et-Vilaine), mort le 2 ou le 4 août 1942 à Melleray-la-Vallée (Mayenne) ; instituteur ; syndicaliste de l’enseignement dans la Mayenne ; écrivain.

Issu d’un père normand, enfant de l’Assistance publique, élevé à Saint-Lambert-du-Lattay (Maine-et-Loire), Marcel Fautrad, après ses études primaires, entra à l’École normale d’instituteurs d’Angers (Maine-et-Loire). À la sortie de l’École normale, il exerça d’abord à Thorigné-d’Anjou (Maine-et-Loire), puis à Ambrières-le-Grand (Mayenne) et enfin à Melleray-la-Vallée où il se fixa définitivement.
Marcel Fautrad a collaboré à la revue belge Anthologie (du Groupe Moderne d’Art de Liège), avec (au moins) un article assez militant sur le jazz et son parfum de bouleversement social - en avril-mai 1932.
En 1938 – il était alors instituteur à Meilleray – Marcel Fautrad était membre de la commission administrative de la section mayennaise du Syndicat national des instituteurs (SNI). Il était également secrétaire de rédaction du bulletin La Voix syndicale et membre du comité de lecture.
La section était alors dirigée par des militants ou des sympathisants du courant « École Émancipée », minoritaires au niveau national. Mais au cours de l’assemblée générale du 30 juin 1938, à laquelle participait le secrétaire général du SNI en personne, la majorité des présents approuva le rapport moral national. À la suite de ce renversement de tendance, opéré en grande partie grâce à Henri Micard*, Marcel Fautrad adressa au secrétaire départemental Rouillet* la lettre de démission suivante :
« Mon cher Rouillet,
« Après l’AG du 30 juin, les “démolisseurs” (cf. Henri Micard) n’ont plus leur place dans l’administration effective du syndicat.
« En conséquence, je donne ma démission de secrétaire du bulletin et de membre de la Commission des jeunes, postes revenant de droit maintenant aux constructivistes, évolutionnistes, arrivistes et autres larbins de Delmas*.
« Bien amicalement. »
Dans un article intitulé « Simples réflexions » et publié par La Voix syndicale de décembre 1938, il revint sur ces événements. Il contesta que la démission des « minoritaires » enregistrée au cours de l’assemblée générale du 6 octobre ait été concertée et s’en prit violemment à Henri Micard* soupçonné de n’avoir « qu’un but : le secrétariat de la section ». Il reprochait au nouveau projet de statuts défendu par ce dernier son caractère antidémocratique. À propos de la rééligibilité immédiate des dirigeants syndicaux prônée par Micard*, il écrivait :
« C’est au nom de ce principe qu’un Jouhaux*, malgré les trahisons répétées, est à la tête de la CGT depuis un quart de siècle.
« C’est au nom de ce principe qu’un Delmas* passera son existence à la tête du Syndicat national, alors que des majoritaires même trouvent que de retourner faire la classe ne lui ferait pas de mal. »
Collaborant à La Revue du Centre et à L’Écho du Maine, il publia ses premiers articles sous le pseudonyme de Jacques Barnery. Adhérent à la Fédération de l’Enseignement (CGTU), Marcel Fautrad était un militant de la tendance « École Émancipée ». Il donna au périodique du même nom de nombreuses chroniques, des livres et des revues, ainsi qu’à La Voix syndicale et à L’Éducateur prolétarien de Célestin Freinet* dont il soutint fermement les méthodes pédagogiques alors très attaquées dans sa région. Bien qu’il n’ait pas été engagé sur le plan politique, Marcel Fautrad fut un sympathisant de la Gauche socialiste de Marceau Pivert*.
Père de quatre enfants, Marcel Fautrad ne fut pas mobilisé en 1939. Dès le début de l’occupation allemande, avec son ami Albert Ravé* comme lui instituteur, il aida efficacement des réfugiés et des prisonniers. « J’avais monté une filière d’évasion, rapporte Albert Ravé, accueilli des prisonniers nord-africains et organisé le ravitaillement de nombreux Parisiens. Marcel Fautrad a toujours été à mes côtés et nous avons toujours mis en commun toutes nos ressources pour lutter contre une occupation qui ne se manifestait guère dans notre région, mais dont nous n’acceptions pas le principe. » Atteint d’une typhoïde en juillet 1942, Marcel Fautrad est mort le 2 ou le 4 août suivant, et « bien qu’athée, il fut enterré religieusement, indique encore A. Ravé. Ce sont des considérations locales qui ont amené sa femme à prendre cette décision, car, avec quatre enfants, elle ne voulait pas courir le risque d’être mise au ban de la population très croyante et sectaire. Pendant dix-huit mois, j’ai élevé deux de ses gosses, les ai remis à la mère lorsque, recherché par la Gestapo, j’ai été obligé de fuir, puis les ai repris à la Libération. »
Au cours des loisirs que lui laissait son travail d’instituteur et de secrétaire de mairie, Marcel Fautrad, outre les rubriques de critique des livres qu’il assumait, écrivit des poèmes, des contes, des études sur l’imprimerie à l’école, le dessin enfantin, et d’autres, plus importantes, sur les Noëls populaires et sur des poètes qui l’avaient influencé à ses débuts – notamment Blaise Cendrars –, textes dispersés dans de nombreux journaux et revues. Certains de ses contes ont été recueillis et publiés par ses amis en 1946 dans le recueil Entre Maine et Normandie.
La mort de Marcel Fautrad fut annoncée dans L’Atelier du 26 septembre 1942. La revue collaborationniste l’appelait « notre camarade ».

ŒUVRE : Entre Maine et Normandie, récits et contes paysans, préface d’Henry Poulaille (Éd. Le Livre et la Vie, Paris, 1946). — Nombreux textes et poèmes inédits.
Collaborations : La Revue du Centre. — L’Écho du MaineLa Gerbe (Freinet). — L’Éducateur prolétarien. — L’École émancipée. — La Voix syndicale. — Les Primaires. — Prolétariat. — Cumul. — La Nouvelle saison. — Les Humbles. — Jeux. — PrémicesLe Petit Bara. — Vendredi. — Le Peuple. — Mirages. — La Hune. — Esprit. — L’Émancipation paysanneCassandre. — Regain. — Anthologie. — L’Équerre.

SOURCES : La Voix syndicale, février et décembre 1938. — L’Atelier, 26 septembre 1942. — Henry Poulaille, préface à Entre Maine et Normandie. — Correspondance Albert Ravé-J. Prugnot. — État civil de Lassay-les-Châteaux.

Jacques Omnès, Jean Prugnot

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