Né le 29 janvier 1910 à Paris (Xe arr.), mort le 8 décembre 1991 à Paris ; ouvrier mécanicien puis libraire, enfin expéditionnaire à l’Union interprofessionnelle pour l’emploi dans l’industrie et le commerce (UNEDIC) ; militant anarchiste de la Seine, reconstitue la Fédération anarchiste ; syndicaliste Force ouvrière.

Georges Brassens et Maurice Joyeux à la Librairie des Brouillards
Fils d’un vendeur dans un magasin d’ameublement, militant socialiste, tué au début de la Première Guerre mondiale, Maurice Joyeux fut élevé à Levallois-Perret par sa mère et son beau-père, franc-maçon et socialiste. En rupture avec sa famille, il exerça en province diverses professions et, en 1927, touché par la campagne en faveur de Sacco et Vanzetti, il prit un premier contact avec les anarchistes et adhéra au syndicat CGTU des serruriers. Mais, pendant plusieurs années, il ne choisit pas définitivement entre ses sympathies anarchistes et son estime pour la majorité communiste de la CGTU.
En 1933, Maurice Joyeux appartenait au groupe anarchiste du XVIIe arr. de Paris. Arrêté le 16 février 1933, au cours d’une manifestation organisée au consulat polonais à Levallois-Perret (Seine), il fut incarcéré à la prison de la Santé et comparut le 12 avril devant la 13e Chambre correctionnelle qui le condamna à trois mois de prison et à 25 F d’amende pour bris de clôture, violation de domicile et vagabondage. À sa sortie de prison, en mai, il adhéra au Secours Rouge International, au Comité de lutte contre la guerre et au Comité de chômeurs. Le 14 juin, il était de nouveau arrêté et, les 17, 18, 20 juin, des réunions furent organisées par le SRI pour protester contre cette arrestation. Condamné pour mendicité le 9 septembre 1937 à quinze jours de prison, il fut, à sa sortie, hospitalisé à la maison départementale de Nanterre (Seine).
Maurice Joyeux déserta pendant la Seconde Guerre mondiale et fut condamné, le 23 janvier 1942, par le tribunal militaire de Lyon, à trois ans de prison ; il fut incarcéré au fort de Montluc à Lyon d’où il réussit à s’évader.
Après la Libération, Maurice Joyeux assista au congrès libertaire de juillet 1945. Membre du comité national de la Fédération anarchiste, il entreprit à maintes reprises des tournées de conférences ; collaborateur du Libertaire, il en assuma la gérance à partir du 21 août 1947 et conserva ce poste jusqu’au 5 août 1949. Pour un article paru dans le journal le 3 avril 1947 et intitulé « Préparation militaire », il fut condamné, le 17 février 1948, à 5 000 F d’amende par la 17e Chambre correctionnelle et, le 4 novembre 1950, pour apologie de meurtre, à propos d’un article paru dans le Libertaire du 17 février, à 40 000 F d’amende. En décembre 1950, il perdit ses postes de responsabilité à la FA et au journal à la suite de dissensions qui tenaient plus aux personnes qu’à l’idéologie. C’est vers cette époque — 1952 — qu’il exploita une librairie-papeterie 53 bis rue Lamarck dans le XVIIIe arr. ; il devait la revendre en juin 1958.
Maurice Joyeux fut, ainsi que d’autres militants, notamment Aristide et Paul Lapeyre, Fayolle, Arru*, Vincey, exclu de la Fédération anarchiste après la tenue du congrès de Bordeaux des 31 mai, Ier et 2 juin 1952, pour s’être opposé à la politique où s’était engagée la fédération sous la direction de son secrétaire général Fontenis*. L’année suivante, il prit part à la reconstitution de la Fédération anarchiste qui avait disparu après le congrès de Paris des 23, 24 et 25 mai 1953, pour faire place à la Fédération communiste libertaire. Lors du congrès de la Fédération anarchiste qui eut lieu à Vichy les 19, 20, 21 mai 1956, il entra au comité de rédaction du Monde libertaire, organe de la fédération ; le congrès, qui eut lieu à Trélazé (Maine et Loire) les 4, 5, et 6 juin 1960, le maintint dans ces fonctions. Maurice Joyeux est membre de « l’Association pour l’étude et la diffusion des philosophies rationalistes » constituée en vue d’éviter une nouvelle prise en main de la Fédération par des éléments favorables à une organisation de type autoritaire.
Hostiles à la guerre d’Algérie, les anarchistes le furent également, dans leur ensemble, à celle d’indépendance que menaient les Algériens. Maurice Joyeux, dans le Bulletin Intérieur de la Fédération de février 1961, déclarait que le nationalisme algérien « pas plus que tout autre nationalisme ne saurait avoir l’agrément des libertaires » et, citant Le Monde libertaire dans son livre L’Anarchie et la révolte de la jeunesse (Paris, 1970, pp. 70-71), il écrivait : notre prise de position « contre la guerre d’Algérie ne peut être, en aucun cas, une approbation du FLN. En Algérie, les hommes ne luttent pas pour leur libération mais pour se donner de nouveaux maîtres ».
Au point de vue syndical, Maurice Joyeux milite aujourd’hui activement à la CGT-Force ouvrière où se retrouvent la majorité des anarchistes syndiqués et il intervient dans les congrès. Il a mis l’accent depuis 1947 sur la « grève gestionnaire » dont il est possible de résumer ainsi le contenu : seule l’égalité économique supprime les classes au sein de l’entreprise ; elle justifie donc la prise en main par les travailleurs des moyens de production et d’échange. Lorsqu’une grève éclate dans une ou plusieurs grandes entreprises, voire à l’échelon régional ou national, les exemples historiques de 1936 et 1968 permettent d’affirmer que c’est seulement durant une courte période de deux à trois semaines que tout est possible. « C’est l’instant où, de grève revendicative, de grève de refus, la grève doit devenir expropriatrice puis gestionnaire. C’est l’instant où les usines doivent se remettre à tourner sans leur direction et sous le contrôle des organisations syndicales, des comités d’entreprises, des conseils d’ouvriers, la manière importe peu. C’est l’instance de la chance révolutionnaire » (Le Monde libertaire, février 1972).
Au sein de la Fédération anarchiste, Maurice Joyeux animait le groupe libertaire « Louise Michel » qui publiait La Rue, revue trimestrielle culturelle.

ŒUVRE : Périodiques et ouvrages cités. — Le Consulat polonais, Calman-Lévy, 1975. — Mutinerie à Montluc, La Rue, 1971. — Souvenirs d’un anarchiste, Paris, 1986. Dans ses ouvrages Le Consulat polonais et Mutinerie à Montluc, M. Joyeux aurait conté de façon « rigoureusement exacte » sa vie en 1932 et en 1941 (Lettre à l’auteur 24 avril 1980). — Autogestion, gestion directe, gestion ouvrière, La Rue, 1972. — Les Anarchistes et la guerre en Palestine, 64 p., 1974. — L’Anarchie et la société moderne, Paris, 1969.

SOURCES : Jean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, op. cit. et Archives personnelles. — Le Monde, 12 décembre 1991. — État civil de Paris, recherches infructueuses. — Roland Bosdeveix, Maurice Joyeux, préface de Michel Ragon, 2005, Éditions du Monde libertaire, collection "Graine d’ananar".

Jean Maitron

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