FOURRIER Jules, Charles, Émile, Marie

Par Guillaume Bourgeois

Né le 17 août 1906 à Angrie (Maine-et-Loire), mort le 31 juillet 1999 à Toulouse (Haute-Garonne) ; ouvrier du bâtiment ; syndicaliste CGTU ; député communiste du XVe arr. de Paris de 1936 à la guerre ; résistant, déporté ; militant de la Nouvelle gauche, de l’UGS, du PSU, puis de la Ligue communiste.

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936]

Fils d’un ouvrier carrier et d’une blanchisseuse, Jules Fourrier vécut une enfance de misère, dans ce pays de contraste où se côtoient châteaux et mines d’ardoises. Jules Fourrier avait trois ans quand il perdit son père, quatorze à la mort de sa mère. Élevé par une grand-tante dans l’esprit de la Révolution française, il fut très tôt conscient de l’injustice d’une société qui, en Anjou, gardait à cette époque bien des traits de l’Ancien Régime. Écolier jusqu’à quatorze ans, il travaillait également dans une corderie, pendant ses loisirs. À la mort de sa mère, il quitta son village pour Segré (sous-préfecture du Maine-et-Loire). Apprenti peintre, il trouva immédiatement un emploi dans une petite entreprise. À seize ans, invité par un ami cheminot, il assista pour la première fois à un meeting du Parti communiste. À partir de la fin de 1922, il participa régulièrement à des réunions syndicales sans être toutefois adhérent.

En janvier 1923, Jules Fourrier partit travailler à Nantes. Spécialiste de cross-country, il était membre de l’Association sportive ouvrière nantaise, club affilié à la Fédération sportive du travail. Il adhéra alors au syndicat du Bâtiment de Nantes (CGT-SR), de tendance anarcho-syndicaliste, parce qu’il comptait les meilleurs militants. Pourtant Jules Fourrier se considérait déjà comme proche du PC et de la CGTU.

En janvier 1925, Jules Fourrier quitta Nantes pour Paris. Il trouva un emploi le jour même de son arrivée, et se rendit plus tard impasse Chausson, rue de la Grange-aux-Belles où il adhéra au syndicat du Bâtiment (CGTU). Membre de la section technique des peintres en bâtiment, il poursuivit ses activités sportives et adhéra au club sportif ouvrier du Nord-Est. Il milita activement à partir de 1925, devint collecteur de cotisations, avant d’être licencié pour cette raison début 1926. Il partit pour Dreux, puis pour Verneuil-sur-Avre, dans l’Eure, saisissant les occasions qui se présentaient. Mobilisé, en octobre 1926, au 151e régiment d’infanterie stationné à Coblence en Rhénanie, il mena à bien une active propagande antimilitariste.

Après sa démobilisation, en avril 1928, Jules Fourrier adhéra au comité de Bloc ouvrier et paysan, chargé de soutenir le candidat communiste René Gicquel, dans la circonscription de Segré. Il prit pour la première fois la parole en public au cours de plusieurs meetings, en particulier dans son village natal. Pendant l’été 1928, il revint à Paris et recommença à militer au syndicat unitaire du Bâtiment, et adhéra au comité local du Secours rouge international du XVe arr., où il habitait, 64 rue de Cambronne. Jules Fourrier épousa le 6 avril 1929, à Paris, XIVe, Berthe Chatel, originaire de Plumieux (Côtes-du-Nord).

Jules Fourrier, qui était aussi secrétaire de la quinzième section de la Libre Pensée révolutionnaire, membre de la commission exécutive de la quinzième section des Amis de l’URSS et membre des Comités de défense de l’Humanité, adhéra au Parti communiste le 1er août 1929, à l’occasion de la « journée internationale de lutte contre la guerre ». Délégué en décembre de la même année à la conférence de sous-rayon du XVe, il se vit très rapidement proposé à des postes de responsabilité : membre de la C.E. parisienne du syndicat des peintres en janvier 1930, membre du comité de sous-rayon du XVe arr., membre du bureau du SRI, Jules Fourrier était devenu l’un des agitateurs du Parti les plus en vue dans son arrondissement et ses apparitions successives, aux côtés de Jean-Pierre Timbaud*, à la porte de la plupart des entreprises du quartier, lui valurent les foudres de la police. Fourrier était membre du bureau de la cellule de la rue Frémicourt, dont la tâche essentielle consistait dans la préparation de l’intervention du PC dans l’entreprise des taxis « G 7 ».

Au mois de février 1930, Jules Fourrier fut embauché à la Régie de peinture de l’Assistance publique de Paris. Il y fonda presque immédiatement une section syndicale de plus de soixante adhérents, rattachée à la Fédération unitaire des services publics, section dont il fut élu secrétaire.

Arrêté le 29 avril 1930, alors qu’il collait des affiches antimilitaristes sur les piles du métro aérien, aux coins du boulevard de Grenelle et de la rue Lecourbe, il fut incarcéré à la Santé, après un court séjour au commissariat de la rue Lacordaire. En prison, Jules Fourrier fréquenta régulièrement les nombreux membres de la direction du parti qui se trouvaient enfermés comme lui : André Marty, Pierre Semard, Benoît Frachon, Alfred Costes, René Arrachard, Gaston Monmousseau, Gourdeaux*, Raoul Calas, Gabriel Péri, etc. C’est là qu’il fit sa première école de formation, suivant attentivement les cours dispensés par un membre du comité central, Varagnat*, prisonnier comme lui.

Après sa libération, le 13 mai, Fourrier fut convoqué par la direction de la Régie qui l’employait et apprit sa révocation. Faisant valoir ses droits, il obtint de pouvoir reprendre son travail. Condamné par défaut le 20 juin 1930 à deux ans de prison et à 2 000 francs d’amende, il fut emprisonné de nouveau au mois d’octobre, puis libéré pour avoir fait opposition au jugement.

Au mois de janvier 1931, il rencontra Robert Alloyer, le docteur Galpérine et Jean Baby qui lui proposèrent de participer à la mise sur pied d’une organisation anticléricale : l’Association des travailleurs sans Dieu. Il participa au congrès de cette organisation en mars 1931 et fut élu au Comité central.

Jugé une nouvelle fois le 19 mai 1931 par la XIIe Chambre correctionnelle, défendu par Georges Pitard, avocat du Parti, Jules Fourrier vit sa peine réduite à six mois fermes mais décida de faire appel. Il fut donc rejugé le 31 octobre et finalement condamné à trois mois de prison et 3 000 francs d’amende. Cette fois, Jules Fourrier était bel et bien licencié de l’Assistance publique...

Jules Fourrier fut à nouveau emprisonné du 30 mars au 15 juin 1932. Pendant son incarcération, il fut présenté comme candidat aux élections législatives dans la première circonscription du XVIe arr. de Paris contre Emmanuel Evain député « républicain » sortant. Jules Fourrier obtint 1 230 voix contre 7 679 à son adversaire (20 037 inscrits) mais décida de se maintenir au second tour au nom de la tactique « classe contre classe ». Sa candidature d’ » emprisonné d’État » ne recueillit que 799 suffrages (contre 1 379 à Pierre Accard, SFIO et 8 156 à Evain).
Élu secrétaire du Syndicat des peintres de la Seine (unitaire) à sa sortie de prison, puis membre du bureau du Syndicat général du Bâtiment, il devint également membre du bureau du sixième rayon du PC (XIVe, XVe et XVIe arr. de Paris). Le 2 décembre 1932, il fit une déclaration de gérance pour le journal L’Ouvrier-peintre (qui cessa de paraître en juin 1933).

Jules Fourrier milita dans les organisations de défense des chômeurs avant d’être engagé par la régie de peinture de la municipalité d’Ivry-sur-Seine que dirigeait le communiste Georges Marranne. Il se présenta le 18 juin 1933 à une élection municipale complémentaire dans le quartier Dauphine. Il obtint 101 voix contre 846 à Bellet (U. Nat.) 604 à Besançon (Féd. Nat. des Contribuables), 111 à Accard (SFIO)... Comme il persistait à ne pas vouloir payer son amende, Jules Fourrier subit la contrainte par corps et fut à nouveau emprisonné du 17 octobre au 13 novembre 1933.

Le 6 février 1934, Fourrier faisait partie d’un groupe de contre-manifestants, stationné sur les Champs-Élysées, à la hauteur de la statue de Clemenceau.

Lorsqu’il fut élu en mars au bureau de rayon du XVe arr., Jules Fourrier quitta, pour un an, le bureau du syndicat du Bâtiment. Ce fut également en mars 1934 que Fourrier accéda au comité régional de Paris-Ville.

Nommé secrétaire, en avril 1935, d’un rayon qui regroupait à nouveau le XVe et le XVIe arrondissements, Jules Fourrier fut présenté aux élections municipales dans le quartier Saint-Lambert (XVe). En lice aux côtés d’ Adolphe Chérioux (Rad. Soc., 1 894 voix), Armand Leroux (SFIO, 1 495 voix), il obtint 1 278 voix et se désista au deuxième tour pour le candidat socialiste qui fut élu avec 3 020 voix contre 1 710 à Chérioux. Comme Jules Fourrier persistait à ne pas vouloir payer l’amende et les frais de justice de son procès d’octobre 1931, la justice ordonna de saisir ses biens. Cette nouvelle donna lieu à une importante mobilisation dans le quartier ainsi qu’à plusieurs meetings. Le 20 août 1935, plusieurs centaines de sympathisants communistes se regroupèrent devant le 79, rue Lecourbe, domicile que Fourrier occupait depuis le mois d’avril 1934. La saisie n’eut pas lieu. En octobre 1935, Jules Fourrier quitta le Comité de la région Paris-Ville.

Au début de l’année 1936, une conférence de rayon décida de présenter Jules Fourrier aux élections législatives dans la 2e circonscription du XVe arr.

De même, Augustin Dobel et Charles Michels furent respectivement désignés pour les première et troisième circonscriptions de l’arrondissement. Après une vigoureuse campagne, au cours de laquelle se multiplièrent les incidents entre partisans du Front populaire et hommes de main du candidat sortant, le Marquis Lionel de Tastes, Fourrier parvint en tête de la gauche à l’issue du premier tour. Il précédait, avec ses 4 273 voix, Cahn (SFIO, 3 824 voix), Perségol (Rép. de gauche, 1 005 voix) tandis que son adversaire en comptait 7 058 (21 319 inscrits, 18 985 votants). Cahn se désista pour Fourrier tandis que Perségol se maintenait, ce qui n’empêcha pas de Tastes d’être battu de plus de 500 voix (Fourrier 9 065, de Tastes 8 551 sur 18 885 votants). L’élection de Fourrier confirma une poussée spectaculaire du PC dans l’arrondissement car Michels était lui aussi élu et Dobel échouait de quelques voix, battu par le Comte d’Aramon.

Député de Grenelle-Necker, Jules Fourrier se trouva aux premières loges lorsqu’éclatèrent les grèves de juin 1936. Le XVe arr. était, à ce moment-là, le quartier de Paris où la concentration industrielle était la plus importante : on y trouvait des entreprises telles que Citroën, La Précision moderne, Sauter Harlé, Les Pavés de bois...

En compagnie de Charles Michels, Jules Fourrier se rendit en particulier aux Usines Citroën afin de soutenir les revendications.

De forts mouvements sociaux se dessinant dans l’ouest du pays, Jules Fourrier y fut envoyé afin de consolider la structuration du Parti. Il séjourna en particulier à Cholet avant de partir en tournée en Vendée, dans les Deux-Sèvres et le Maine-et-Loire.

À l’automne 1936, Jules Fourrier suivit un cycle de formation politique à l’École de Montreuil avant d’être déchargé de ses fonctions de secrétaire du rayon du XVe arr., pour être intégré à la section centrale d’agitation et de propagande (Agit/prop centrale). Cette nouvelle responsabilité lui fit parcourir les routes de l’Ouest avec pour tâche de tenir un grand nombre de réunions publiques, ce qu’il fit essentiellement en Bretagne et en Normandie. Membre du Comité d’aide à l’Espagne républicaine, Jules Fourrier anima également de nombreuses réunions publiques aux côtés d’Octave Rabaté, au début de l’année 1937. Militant révolutionnaire accompli, il était également devenu élément de très grande confiance. L’extension de la guerre civile en Espagne et l’envoi de Brigades internationales lui fournirent l’occasion de régulières missions dans la péninsule ibérique. En mars d’abord, Fourrier aida au convoyage de chars et d’avions vers la frontière espagnole. Puis il se rendit à Albacete où André Marty le chargea de différentes missions. En fait, il devint rapidement courrier des Brigades internationales, transportant à plusieurs reprises la correspondance des directions entre Perpignan et Albacete. Lors de l’un de ces passages, il accompagna Togliatti, secrétaire de l’Internationale communiste. Ces activités, qui durèrent jusqu’en février 1939, lui permirent de nombreuses rencontres, et d’être en contact avec une réalité complexe et qui prêtait à réflexion. À son enthousiasme pour la lutte des peuples d’Espagne et sa rage impuissante devant la politique de non-intervention des gouvernements français et anglais, s’ajoutaient les doutes suscités par la politique de l’Internationale communiste sur le terrain : pratiques douteuses d’André Marty, chasse aux anarchistes et aux trotskystes, disparitions mystérieuses. C’est aussi en Espagne que Jules Fourrier fit la connaissance de celle qui allait devenir sa compagne pour la vie : Petra Murillo, militante du PCE exclue à cause de sa sympathie pour le POUM.

Courrier de l’Internationale communiste (comme René Colin*, Jean Catelas et André Mercier*), Jules Fourrier trouvait, entre chaque voyage, le temps de s’occuper des questions relatives à son arrondissement et de son travail parlementaire. Siégeant à la Commission d’administration générale, départementale et communale, ainsi qu’à celle de l’Algérie et des pays de protectorat, il présenta également plusieurs amendements à des projets de loi et demanda la modification de la loi sur les loyers.

Poursuivi pour avoir, en août 1937, traité le docteur Langeron, militant du Parti populaire français de Jacques Doriot, d’« hitlérien français », Jules Fourrier fut condamné à 16 francs d’amende et 500 francs de dommages et intérêts. L’été 1939 voyait Jules Fourrier multiplier les meetings et réunions publiques. Il se trouvait à Aubusson lorsque survint la nouvelle du Pacte germano-soviétique signé le 23 août. Déconcerté par l’événement, comme la plupart de ses camarades, Jules Fourrier chercha d’abord à trouver des explications auprès des responsables communistes qui lui répondirent le plus souvent : « Si Staline a fait cela, c’est qu’il a raison »... Hésitant, inquiet de cette rhétorique sommaire, il fut bouleversé par l’entrée des troupes soviétiques en Pologne le 17 septembre 1939 et décida de rompre avec le Parti communiste français. Il devait plus tard déclarer, dans une sorte de lettre ouverte adressée à Jacques Duclos : « Je suis resté fidèle à la politique contre les fauteurs de guerre. Le Parti communiste français a, pendant des années et des années, traité Hitler comme le dernier des derniers, et aujourd’hui est-il possible de dire que le Pacte germano-soviétique, c’est la paix ? »

Le Parti communiste fut par la suite interdit et vigoureusement réprimé. Jules Fourrier tenta de regrouper quelques camarades, démissionnaires comme lui, et essaya de sauver ce qu’il était possible de sauver dans une CGT en proie à de violents débats. Mais ses tentatives furent d’autant plus vaines qu’il était lui-même l’objet de poursuites policières et suspecté d’être un faux démissionnaire, agent du PCF.

Au mois de décembre 1939, alors qu’il avait changé de domicile et habitait à Malakoff, 8 rue Jean-Jacques-Rousseau, il participa à la création du groupe parlementaire de l’Union populaire française, formé de dissidents communistes parmi lesquels Saussot*, Loubradou*, Nicod*, Marcel Brout et Marcel Capron. Au sein de ce groupe, il combattit aux côtés de Saussot* et Loubradou* les points de vue de Marcel Capron, favorable à une rupture plus franche avec le communisme et à l’intégration de Marcel Gitton*, ex-secrétaire à l’organisation du PCF, suspect de liaisons avec la police...

Mobilisé, au début de l’année 1940, dans les rangs du 93e régiment d’infanterie à Châteauroux, Jules Fourrier fut orienté vers une compagnie « d’exclus » en raison de ses condamnations pour antimilitarisme. Objet de brimades successives pour ses opinions politiques, il partagea son temps entre les corvées et le cachot. Jules Fourrier fut démobilisé au mois de juillet 1940. C’est ce militant désorienté depuis sa rupture avec le PCF, et son séjour sous les drapeaux, qui se rendit à Vichy lors de la convocation des Chambres. On sait dans quelle confusion se décida alors le sort de la République : pris dans le tourbillon et influencé par l’atmosphère du moment, Jules Fourrier vota pour les pleins pouvoirs au gouvernement de la République, placé sous la présidence du Maréchal Pétain, dans le but de promulguer une nouvelle Constitution, ratifiable ensuite par la nation. Il devait s’en expliquer plus tard : « C’est une grosse erreur et je l’ai reconnue. Mais qui n’en a pas fait ? Ceux qui ont voté contre n’ont été ni inquiétés ni poursuivis. Et par la suite, ils en ont profité. S’il fallait dire ce que je sais de ceux qui ont voté contre, cela permettrait de bien comprendre en quoi un tel vote n’engageait en rien les individus pour les années à venir. » (G. Bourgeois, op. cit., p. A66).

Jules Fourrier prit alors la décision de s’installer en zone non occupée, 92 rue Vaveix à Aubusson. D’autant plus déterminé à lutter contre Vichy et le nazisme qu’il se sentait lui-même culpabilisé par son vote du 10 juillet, il participa, dès la fin de 1940, à la création d’un réseau de Résistance. Le groupe « Libération » d’Aubusson, formé à l’initiative de militants de la tendance « Action socialiste » participa, dans toute la région, à de nombreuses actions contre les collaborateurs et l’occupant, en particulier à la manifestation du 11 novembre 1942 qui rassembla près de 2 000 personnes au monument aux morts.

Le chef de Bataillon Fossey, « Colonel François », commandant FFI Creuse et Cher zone sud, décrit ainsi le rôle de Fourrier dans la Résistance : « Responsable de la diffusion de la presse clandestine pour Aubusson, assure la liaison avec Montluçon. Dénoncé par les chefs légionnaires de la Creuse, est perquisitionné et interrogé le 22 novembre 1942, mis en résidence surveillée. Rentré aux Mouvements unis de la Résistance (MUR) au mois d’août 1943, sous l’immatriculation 2701 : chargé de créer des groupes de sizaines pour le secteur d’Aubusson. Nommé par la suite, par le capitaine FFI Joseph Mérignat, chef de l’A.S. pour le secteur, comme le responsable direct de tous les groupes de sizaines. Agent recruteur principal, pour la région d’Aubusson, pour l’organisation des réfractaires. Nommé par le commandant Marcel, maintenu par le colonel François, son chef de maquis MUR. Membre d’un corps franc sous le commandant Marcel, membre du bureau local de la Résistance, rechercha des terrains de parachutage. Le jour de son arrestation, a réussi à soustraire des mains de la Gestapo des plans militaires, des noms de résistants et réfractaires maquisards organisés. Dénoncé et arrêté par la Gestapo le 9 janvier 1944, conduit à la prison de Limoges, puis au camp de Compiègne... » (Attestation du chef de Bataillon Fossey, remise par M. Chambonnet, président d’honneur des Internés Déportés Résistants de la Creuse, à Jules Fourrier.)

Ce combat valut à Jules Fourrier de connaître l’enfer des bagnes nazis. Après avoir été torturé en France, Jules Fourrier fut déporté vers le camp de Buchenwald où il séjourna de fin janvier jusqu’au 24 février 1944. Dirigé ensuite sur Mauthausen, il fut affecté à la construction de l’usine souterraine de Gusen II, le chantier le plus meurtrier du camp. Il survécut là par miracle, grâce à l’organisation de la solidarité et à sa robuste constitution. Jules Fourrier participa au soulèvement du camp, le 5 mai 1945. Le 19 mai, il fut, avec 1 200 autres bagnards, rapatrié vers la France, à bord d’une forteresse volante. Pesant quarante kilogrammes, il revint finalement à Aubusson, après un court séjour dans la région parisienne. Deux cents personnes l’attendaient devant son domicile.

Jules Fourrier fut relevé de l’inéligibilité dont il était frappé depuis le 10 juillet 1940 (décision du jury d’honneur n° 422, 3 octobre 1945). Il fut également lavé des calomnies qui le faisaient passer pour un membre du Parti ouvrier et paysan français de Marcel Capron, compromis avec le régime de Vichy : il fut établi que sa signature au bas de la « Lettre ouverte aux ouvriers communistes », publiée en septembre 1941, avait été frauduleusement utilisée, comme ce fut le cas pour beaucoup d’autres signataires (Jardon, Loubradou, Fouchard, Dewez, par exemple). Il prit part, dès les premiers jours de juin 1945, à un grand meeting de commémoration des faits de la Résistance à Aubusson, qui regroupait plus de 1 500 personnes. Jules Fourrier anima, jusqu’au mois d’avril 1949, réunions, meetings et campagnes autour du journal Le MUR d’Auvergne. C’est à cette date qu’il s’installa à Toulouse, 58 Grande-Rue-Saint-Michel et qu’il épousa Petra Murillo le 29 avril 1949 à Colomiers (Haute-Garonne) après avoir divorcé de Berthe Chatel en novembre 1943.

Adhérent à la Fédération nationale des déportés, internés, résistants (scission de la FNDIRP, formée de ceux qui avaient refusé d’envoyer à Staline un télégramme de félicitations pour son anniversaire), Jules Fourrier était membre du bureau de la fédération de Haute-Garonne. Il reprit le combat politique en 1953, en faisant sienne la cause de l’indépendance du peuple algérien. En avril 1956, à la suite des discussions qu’il avait eues avec ses vieux amis Marcel Thourel et Jean-René Chauvin, il décida d’adhérer à la Nouvelle gauche. D’abord membre de la section de Montauban, il fut ensuite muté à celle de Toulouse forte de 130 adhérents. Après la fusion, en janvier 1958, de la Nouvelle gauche avec le Mouvement de libération du peuple, d’origine chrétienne, naquit l’Union de la gauche socialiste, très implantée dans la région toulousaine. À la mi-mai 1958, face à l’agitation des milieux d’extrême droite, Jules Fourrier fut en première ligne pour riposter. Collaborateur de L’Action socialiste, organe de l’Union de la gauche socialiste, délégué au congrès de fondation du Parti socialiste unifié (Issy-les-Moulineaux, avril 1960), initiateur des GAR (Groupes d’action de la Résistance), destinés à organiser la jeunesse réfractaire à la guerre d’Algérie, Jules Fourrier était resté un orateur de grande envergure, capable de faire vibrer les milliers de participants au meeting de l’Union des forces démocratiques, au Palais des Sports de Toulouse. De 1960 à 1964, Jules Fourrier fut membre du Comité politique national du PSU, où il représentait la tendance socialiste-révolutionnaire, d’inspiration trotskyste, aux côtés de Pennetier, Bleibtreu, Benoist, Lequenne, Calvès et Flambel. Au congrès de Lyon (novembre 1964), il fut mandaté par la majorité de sa Fédération pour rompre avec le PSU, auquel elle reprochait de retarder l’unification des forces révolutionnaires. Fondateur du cercle Germinal, qui regroupait à Toulouse quelques dizaines de sympathisants, Jules Fourrier aida ses camarades étudiants à la création de la Jeunesse communiste révolutionnaire. Toujours actif après les événements de mai 1968, responsable toulousain du Secours rouge à partir de 1971, il adhéra à la Ligue communiste en 1973.

Jules Fourrier resta un militant actif de la Ligue communiste révolutionnaire et de la Libre pensée jusqu’à la veille de sa mort survenue à l’hôpital de Toulouse le 31 juillet 1999. Ses obsèques eurent lieu à Cazals en présence de 150 personnes avec des drapeaux rouges, le chant de L’Internationale et des discours de responsables de la LCR et de la Libre pensée.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24847, notice FOURRIER Jules, Charles, Émile, Marie par Guillaume Bourgeois, version mise en ligne le 6 mars 2009, dernière modification le 13 juillet 2017.

Par Guillaume Bourgeois

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936]
Maurice Thorez ">Jules Fourrier à la tribune en 1936
Jules Fourrier à la tribune en 1936
En arrière plan à droite, Maurice Thorez

ŒUVRE : Graine rouge, souvenirs suivis d’un entretien avec Gabriel Cardinal, Jean-René Chauvin et Marcel Pennetier, Paris, Éditions La Brèche, 1983.

SOURCES : Arch. J. Maitron, fiche J. Fourrier. — Arch. Ass. Nat., résultats électoraux. — J. Jolly, Dictionnaire des parlementaires français, t. 5, Paris, 1968. — G. Bourgeois, Le Groupe parlementaire communiste d’août 1939 à janvier 1940 : la question des démissionnaires, mémoire de maîtrise, Lille III, 1980, et thèse de IIIe cycle, 1983. — Jules Fourrier, Une vie, un combat, souvenirs, s.d. (vers 1976), repris en grande partie dans Graine rouge. — Adrien Minard, Jules Fourrier (1906-1999) : identité et mémoire d’un militant, mémoire IEP, 1999. — Jules Fourrier participa, en 1991, au film de Mosco, Mémoire d’ex avec Adrien Langumier et Lucien Hérard.

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