ALBOUISSE John ou Jean dit Saint-Domingue

Né vers 1793 à Saint-Domingue. Charpentier. Compagnon du Devoir, animateur de coalitions et divers mouvements.

Compagnon charpentier du Devoir, ou Bon Drille, très instruit, Albouisse présida en 1832 la réunion des deux Devoirs rivaux, l’autre étant le Devoir de Liberté. Cette réunion organisa une grève générale en novembre qui concerna plusieurs milliers de charpentiers de Paris et de banlieue, cinq mille peut-être. Il fut considéré comme le « principal moteur » de la coalition des charpentiers parisiens de septembre 1833, au cours de laquelle une centaine de charpentiers firent irruption dans le commissariat de police où venaient d’être amenés une vingtaine de leurs compagnons. Il rédigea un règlement qui demandait 4 F. par jour aux entrepreneurs et maîtres charpentiers, 6 F. par jour aux particuliers, l’adhésion écrite au tarif des entrepreneurs et maîtres charpentiers sous peine d’être mis en « damnation », et la fin du tâcheronnat. Un dernier article de ce règlement disait : « Tous les ouvriers qui travailleront seront tenus de donner (pendant un certain temps) un franc par jour pour les pères de famille et les charpentiers sans ouvrage. » On reprocha encore à Albouisse d’avoir rédigé une sorte d’appel à la Coterie contre les compagnons qui ne veilleraient pas à faire observer le règlement par le patronat.
De ce second document, l’accusation retint surtout les phrases suivantes : « Devons-nous perdre le fruit de nos travaux par l’abandon de ceux qui se disaient nos amis, et qui ont juré de maintenir avec nous ce que nous pouvons nommer notre « Charte » ? Il est temps que nous battions en brèche ; l’assaut va se donner. » Il avait aussi qualifié dans un discours les non-grévistes de « Beaumont » ou de « Raguse ». Condamné à la plus forte peine, un mois de prison, pour coalition, par le tribunal correctionnel de Paris le 12 octobre 1833, Albouisse fit appel. La Cour confirma le jugement correctionnel, malgré le repentir d’Albouisse qui invoqua contre la vraisemblance son ignorance, son manque d’instruction et finit par dire : « Je n’ai pas su ce que j’écrivais. » Huit autres condamnations de trois jours à huit jours de prison avaient été prononcées également par le tribunal correctionnel le 12 octobre. (Gazette des Tribunaux, 13 octobre et 17 novembre 1833.) Voir Blanchot*, Courville*, Morel*, Pasquier*, Penigaud*, Poullot*, Rapier*, Renaudet*. — Cf. Michelle Perrot sur Les coalitions ouvrières en France (1815-1834). Voir en outre pour les autres grèves des charpentiers de Paris sous la monarchie de Juillet, surtout : Batant J.* (Saint-Denis, septembre 1833), David B.* (septembre 1832), Devaux* (1843), Drouillet* (1846), Guérin* (1824), Langevin* (1837), Morin J.-B.* (1846), Vincent J.* (1845).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article24995, notice ALBOUISSE John ou Jean dit Saint-Domingue , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

SOURCES : Arch. Nat. F 7/3866 et BB 24 136-54, dossier S8-9579. — Arch. Dép. Paris (Seine), registres d’écrou, DY4/18-2006. — Bulletin de police des 6 et 7 novembre 1832. — Gazette des Tribunaux, 24 et 25 décembre 1832, 13 octobre 1833. — Michelle Perrot, Les coalitions ouvrières en France (1815-1834), diplôme d’études supérieures dactylographié, Paris, 1951. — A. Faure, Conflits politiques et sociaux au début de la monarchie de Juillet, 1830-1834, mémoire de maîtrise, Paris X 1974, p. 62. — Notes de J. Risacher et de M. Sibalis.

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