Ouvrier tailleur, poète, auteur dramatique et rédacteur de brochure « maratistes » ; auteur d’un placard affiché dans Paris, appelant le peuple à se méfier d’une dérive bourgeoise de la république.

Originaire de Normandie, il était ouvrier tailleur. En 1837, il habitait au Havre (Seine-Inférieure).
L’année suivante, il partit s’installer à Paris et trouva un emploi chez un patron-tailleur. Poète et dramaturge à ses heures de loisirs, il chercha à faire publier des extraits et des comptes rendus de ses œuvres dans les principaux journaux. Mais il se heurta à l’indifférence de la presse et des grandes figures du monde des lettres. En 1842, il habitait 23, rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois.
Ayant fait un héritage, il put néanmoins parvenir à se faire connaître en payant divers journalistes pour qu’ils insèrent des critiques favorables, en particulier à l’occasion de la parution en 1843 de son volume de poésie intitulé Un courroux de poëte.
En 1845, il dénonça la perversité du système en publiant reçus et pièces justificatives dans un petit opuscule qui fit l’effet d’un coup de tonnerre.
Il fit paraître des feuilles maratistes éphémères sous la Seconde République. Connu comme auteur de brochures maratistes, où il se défendait d’être communiste, et aussi comme poète et comme auteur dramatique.
Aussitôt après la révolution de Février, il fit placarder sur les murs de Paris l’avis suivant :
CONSTANT HILBEY
_ au
_ Peuple français
_ « Je sors de Sainte-Pélagie où j’étais incarcéré pour avoir démasqué l’infâme traître Lamartine que je trouve à la tête de votre nouveau gouvernement, lui qui, l’autre hiver (dans son discours sur les subsistances), excitait le gouvernement à réprimer le peuple qui avait faim. Les traîtres seront traîtres éternellement. Si vous remettez votre sort en de pareilles mains, vous êtes perdus, une nouvelle révolution sera inévitable et le sang de vos frères aura coulé inutilement. Déjà, la Garde nationale et les écoles prennent la direction du mouvement que le peuple seul a opéré. La bourgeoisie veut nous escamoter encore cette révolution. Au nom du ciel, restez debout, défiez-vous de la Garde nationale. L’aristocratie des riches, disait Marat, est pire que l’aristocratie des nobles. Auriez-vous versé votre sang pour ces hommes qui se sont engraissés de vos sueurs et qui n’ont d’autres mérites que leurs écus ?
_ « Vive l’égalité ! Vive la République ! mais À bas les faux républicains ! Français, point de petites réformes ! Vous avez entre vos mains votre bonheur et celui des générations à venir, il faut jeter par terre l’édifice entier de vos lois : elles ont été faites par des scélérats et ne protègent que les scélérats.
_ « Établissez des clubs, exigez une Convention nationale, et que la salle soit assez vaste pour contenir au moins quatre mille spectateurs, afin que vous puissiez avoir toujours les yeux sur vos représentants ; ce point est le plus important, et celui par conséquent qu’on tâchera de ne vous point accorder.
_ « Point d’amnistie ! la punition de tous les traîtres ! »

(Jean Prugnot, « Écrivains ouvriers », dans Maintenant, n° 9-10, 1948,)
Il était toujours vivant en 1880. Il résidait alors en Suisse

ŒUVRES : Un courroux de poëte, Paris, Martinon, 1844, in-12, III-224 p. — Vénalité des journaux. Révélations accompagnées de preuves par Constant Hilbey, ouvrier, Paris, chez tous les libraires, 1845, in-12, 80 p. — Les Grands orateurs de 1830 et un imbécile de 93, précédé de : Un nouveau procès de l’auteur devant la cour d’assises, Paris, chez tous les liraires, 1847, in-8°, 16 p. — Réfutation de « L’histoire des Girondins », Paris, chez tous les libraires, 1847, in-8°, 86 p. — Profession de foi du citoyen Constant Hilbey, prononcée au Club de la Jeune Montagne dans la séance du 27 mars 1848, Paris, Boutruche, 1848, 1 folio plano. — Journal des Sans-culottes, 7 nos parus entre le 28 mai 1848 et mars 1849. — Le Socialisme et la Révolution française, Paris, impr. de Beaulé et Maignand, 1er novembre 1848, in-folio, 2 pp. — Au peuple de Genève [17 mars 1880], Genève, impr. de J. Carey, in-8°, 8 p.

SOURCES : Arch. PPo., A a/427. — A. Lucas, Les Clubs et les clubistes, Paris, Dentu, 1851. — Note de M. Cordillot. — Jean Prugnot, Des voix ouvrières, Plein chant, 2016.

Jean Prugnot

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